CAPITAUX EN PÈLERINS
CHOEUR arrivant du fond, côté cour.
Air nouveau de M. Béancourt.
Du courage En voyage ; Au village Nous attend Un bon gîte Qui bien vite Nous abrite Saintement.
régaillette. Tiens, qu'est-ce que c'est que ces gens-là ? Qui êtes-vous , s'il vous plaît ?
satan. Nous sommes de pauvres diables... des pèlerins.
Ursule. Que désirez-vous?
satan. Une pierre pour reposer un instant notre tête.
canuche. Des pierres! mais je vous ferai observer, pèlerin , qu'il y en a bien plus sur la route que dans les maisons.
l'envie. Un peu d'eau pour étancher notre soif.
canuche. De l'eau... L'étang étant en face, vous pouvez vous étancher dans l'étang.
Ursule. Entrez, et soyez les bienvenus.
Puissent tous ceux que mes pauvres nièces vont rencontrer sur leur route, les recevoir aussi bien que je vous reçois !
Satan. Ces deux jeunes filles vont partir.
Ursule, llélas! oui, comme vous un vœu cruel...
RAYMOND, à Satan. De grâce, aidez-nous à les détourner de re projet; dites-leur que Dieu ne saurait exiger qu'elles s'éloignent de leurs parents... de leurs amis.
CANUCHE. Dites à Régaillette que sa place est auprès de Cannche, que Canuche ne peut vivre sans Régaillette; <|ue si Régaillette part, Canuche est capable d'en mourir , et que si Canuche meurt, il ne s'en consolera jamais.
SATAN. Je ne demande pas mieux.
canuche. Que je meure?
satan. Non, que de leur donner de sages et bons conseils.
CANUCHE A la bonne heure. .. Allez, parlez, digne pèlerin.
satan. Oui, mes filles, souvenez-vous du serment que vous avez fait.
canuche. Plaît-il?
satan. Rien ne peut vous en affranchir.
canuche. Mais qu'est-ce qu'il dit donc?
satan. El s'il vous faut un exemple pour raffermir votre foi, regardez, moi, qui viens de bien plus loin qu'on ne pense...
canuche. Et tu ferais bien d'y retourner.
SATAN. Je suis vieux, faible, mais rien ne saurait m'empêcher d'accomplir la tâche que je me suis imposée.
azêlie. Ni moi !
régaillette. Ni moi non plus.
Satan, à Canuche. Eh bien, êtes-vous content, mon jeune ami ?
canuche, exaspéré. Content?... il demande si je suis content!... Vieux pèlerin, je vous souhaite une mort prompte, mais très douloureuse... voilà comme je suis content.
SATAN. C'est très-bien, très-bien... mais le temps passe, cl nous sommes encore loin de l'ermitage de Bon-Secours.
URSULE. L'ermitage de Bon-Secours! mais c'est aussi le but du voyage de mes nièces, et si vous permettez qu'elles vous accompagnent... Le temps de passer le costume qu'elles ont apprêié.... Suivez-moi, saint homme, vous vous rafraîchirez eu attendant.
SATAN, à fart. Elles sont à nous.
canuche. Comment! c'est donc bien décidé?... il faut nous séparer.
régaillette. Hélas , oui , nous allons partir.
canuche. Rien qu'à cette idée-là, voyezvous, mes jambes s'amollissent, mes yeux s'éblouissent, et je sens le nez qui me picotte... Ah! je vas pleurer, c'est sûr.
régaillette, fleurant. Voyons... pas de bêtises, Canuche ; v'ià que ça me picotte aussi, moi, là!
RAYMOND. Adieu donc, Azélie.
azêlie. Au revoir, et bon courage.
AlR : C'est Fernand qu'on préfère. (Diable à Paris.) Nul danger n'est à craindre, Nul ne peut nous atteindre.
Ah ! cessez de nous plaindre , Vous pourrez nous revoir.
Dieu , qui punit le sacrilège , Nous a dicté notre devoir, C'est en ce Dieu qui nous protège Que je mets mon espoir.
ENSEMBLE
REr.AlLLE.TTE et AZÉLIE.
Ah! cessez, etc.
SATAN, LES PÉCHÉS, DBSL'LE, RAÏMOND et CANICHE.
Nul danger n'est à craindre, Nul ne peut les atteindre.
Ah ! c"~sons de "0,,s plaindre, cessez vous r
les revoir.
Nous pourrons ■ Vous pourrez
Ils entrent tous, guidés par Ursule, dans la chambre, côté jardin.
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