SCÈNE PREMIERE
G ALOU, MATHIEU, ARMAND, CLARISSE, iM",e GERVAIS, Ouvriers.
Au lever du rideau Clarisse et Mme Gervais sont assises auprès de la porte de la maison. Clarisse brode; Mme Gervais tricotte ; Armand dirige les travaux, donne des ordres. Des ouvriers chargés de grosses bûches viennent du fond et montent sur les piles de bois. D'autres vont chercher leur charge sur le port; d'autres enfin sont occupés à mesurer du bois.
armand, aux ouvriers. Allons, mes amis, dépêchez-vous de rentrer le bois qui est sur le port.
MATHIEU. Soyez tranquille, monsieur Armand, nous chauffons l'article.
Ils montent sur le bois.
cotteret , il pas*e au fond. Ça sera fait en un clin d'oed!
galou , à fart et assis. Oui . tâche que j' me foule la rate.
armand. Eh bien, mademoiselle Clarisse, êles-vous contente ? trouvez-vous que les travaux marchent bien?
CLARISSE. Oh ! il n'y a rien à dire... et à voir l'activité qui règne dans le chantier, on ne croirait pas que mon père est absent depuis plus d'un mois.
GALOU , venant se reposer et s éventant avec son chapeau. S'il pouvait être absent à perpétuité, c'est pas moi que j' m'en plaindrais.
Mathieu. Tais-toi, donc Galou; tu n' vois donc pas qu' tu parles devant mamselle î
galou, il se lève*. Oh ! mamselle !... c'est une aut' chanson... on l'idole à cause qu'elle traite pas les ouvriers comme des esclaves... mais avec monsieur Laroche c'est pas un chantier... c'est une galère!
Clarisse. Allons, silence, Galou ; je ne puis permettre qu'on parle ainsi de mon père!...
Mme gervais. C'est voire faute. .. vous êtes trop bonne avec ces gens-là... et surtout avec leur contre-maître monsieur Guillaume.
galou. Encore quéqu' chose de beau qu' monsieur Guillaume... au moins monsieur Laroche il a le droit d' bougonner. .. c'est 1' bourgeois, c'est lui qu'a les noyaux... Mais vot' Guillaume...
' Mathieu, Galou, Armand, Clarisse, Mme Gervais
CLARISSE. Vous lui devez obéissance, c'est votre contre-maître.
galou. Un contre-maître ? c'est un ouvrier comme nous... et enrageant d'obéir à son semblable.
Clarisse, sévèrement. WWi à votre ouvrage*. .. (il M"'e Gervais.) Guillaume est un brave homme, actif, dévoué...
ARMAPJL». Le plus bel éloge que l'on puisse faire de lui c'est que monsieur Laroche l'occupe depuis quinze ans!
M"'e GERVAIS. Si c'était moi, je ne l'aurais pas gardé quinze jours... il est colère, violent!... il a des querelles avec tous les ouvriers.
CLARISSE. Avec ceux qui ne font pis leur devoir.
M" gervais. Il manque aux égards que l'on doit à certaines personnes!...
Clarisse. Allons, vous êtes un peu sévère pour lui , ma bonne madame Gervais.
Mn,e gervais. Et vous un peu trop indulgente.
MATHIEU , revenant du fond. Monsieur Armand, le charreiier attend sa facture pour partir.
Clarisse , se levant. C'est bien je vais la faire. Vous avez vos notes, monsieur Armand? **
armand. Oui, mademoiselle , 1 1 je vais vous dicter, si vous le voulez bien.
Clarisse va dans le petit bureau et se met à écrire. Armand, appuyé sur la planche extérieure, dicte bas à Clarisse.
Mme gervais , les observant et à part.
'Encore un qui se croit tout permis et qu'il
faudrait remettre un peu à sa place. S'il
croit que c'est pour lui que le papa amasse
une dot...
armand, à part, pendant que Clarisse écrit. Comme elle est jolie!... oh!... si j'osais lui dire combien je l'aime !... mais non, attendons encore... aujourd'hui peut-être ma position changera, et alors...
Clarisse. Total deux cent vingt francs!
armand. C'est cela !***
GALOU, descendant de dessus une pile de bois avec deux autres ouvriers. Eh ! Ma-
* Armand, Clarisse, Mme Gervais.
*' Clarisse dans le bureau, Armand, Mrae Gervais. *** Clarisse, Armand. Mathieu, Galou, Colteret Mme Gervais.
LE CANAL SAINT-MARTIN
thieu!... viens-tu boire un canon avec nous?
COTTERET. C'est Galou qui m'a engagé à le régaler.
Mathieu. Encore !... tu quittes donc l'ouvrage à tout moment?... si Guillaume te voit, tu ne risques rien.
galou. Bah ! il ne nous verra pas ton Guillaume.
Mathieu. Oui, lâche; il est là qui travaille sur le port.. .
galou. Et puis api es?... Par une chaleur pareille on n'est donc pas libre d'arroser le jardin ?
Mathieu. Va... va... je te retiens pas.
galou. Merci de la permission, bêtât!... Venez donc, vous autres !
Ils remontent jusqu'au fond.
COTTERET. Nous trinquerons sans lui, v'ià tout.
Armand. Tenez, Mathieu, remettez la facture au charretier.
Mathieu. Oui, monsieur Armand.
Bruit à la porte du chantier. C'est Guillaume qui arrête Galou et les deux autres ouvriers.
Mathieu , il remonte. Bon !... j'étais sûr qu'ils se feraient moucher !
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