‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1292 sur 1577 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

GUILLAUME, MATHIEU, GALOU, AGA- THE, LOUISON, Femmes, Enfants, Ouvriers, puis BAHU.

Différents groupes se forment, et les ouvriers commencent aussitôt à manger".

galou. Onl-ils de la chance ces oiseauxlà qu'on leur apporte la béquée !

COTTERET. Eli bco... et toi?... je n] vois pas venir ton fricot.

GALOU. Ma légale m'aura oublié !

Mathieu. Que non... mais elle aura envoyé ton moutard , et il flâne...

Guillaume. T'impatiente pas Galou , le v*là ton rejeton**.

bahu, accourant. Bonjour, pal

tous. Ah ! c' gamin!

galou. Messieurs et dames, je vous présente le général Tom Pouce.

bahu. J' veux pas qu'on m'appelle Tom Pouce... J' suis-t'un homme et j' m'appelle Bahu.

Guillaume. Eh ben, voyons, monsieur Bahu, esi-on sage?

bahu. Tiens, c'te bêtise 1

Guillaume sort.

GALOU***. Viens ici, drôle, et mangez proprement... (Bahu met ses mains dans le fricot. Guillaume disparaît par la droite.) Voyons, 'es tourtereaux... qui qui payera un litre pour arroger les légumes?

les ouvriers. C'est pas moi; ni moi'...

cotteret. Faut toujours payer avec lui.

' Mathieu, Guillaume, Galou, Cotteret.

" Mathieu, Bahu, Galon, Cotteret.

Mathieu, Agathe, Cotteret, Louison, Galou assis, Bahu.

Mathieu. T'en as donc pas assez?

galou. J'en ai jamais assez!... (A Bahu.) Où que tu vas donc, toi?

bahu. Je vas porter ça à MéJor, le chien du chantier.

galou. Médor, il n'a plus besoin de rien; il a claqué il y a deux jours.

louison. Comment! c'ie pauv' bète est morte...

Mathieu. Oui, il a at trappe une boulette.

galou Je propose de faire un tour aux Barreaux-Verts*.

louison, avec colère. N'entraînez pas nos hommes au cabare'.

agathe. Oui, n' dérangez pas mon oncle.

galou. Excusez! rémeute en jupons ... Vous r'fusez un coup de piqueton !

BAHU. Moi j'en veux bien du piqueton !...

Mathieu. Veux-tu te taiie, moutard!

galou. Tenez!... vous n'êtes que des canards1... c'est vrai, ils se laissent mener à la lisière !... des hommes qui a de la barbe ! ça fait monter !

cotteret. Tu sais ben comme Guillaume nous a saboulés tout à l'heure.

galou. Guillaume! ça m'est bien

égal !. . . Et si on s'entendait un peu. . .

Mathieu. Eh ben, après?

galou. J' voudrais pas qu'il fasse son sultan comme ça , et quand j'aurais envie de canonner, j' canonnerais !

Mathieu. Pendant l'ouvrage?. ..

galou. Pendant l'ouvrage ! parce que c'est un caffard vot' Guillaume, voilà!

Mathieu. Lui !.. c'est un brave homme!

galou, se levant. Ah! qu' t'es setin!... si tu savais sur lui c' que j' sais

MATHIEU. Quoi donc?...

GALOU. Lui qui fait [son moral... j' l'ai connu dans les temps jadis... il y a vingt ans... et j' voudrais pas avoir sur la conscience... des choses comme il en a...

Mathieu. Tiens, Galou... quand on accuse un homme faut parler clairement.. . mais tu

n'oserais pas

galou. Moi j'oserais pas!... J'y dirais à lui!...

Mathieu. Eh ben, dis-y donc... le v'ià ! Guillaume** , s' avançant. Il tient à la main un gros morceau de pain et de fromage ; il mange tranquillement. Qu'est-ce qu'il y a?

galou. C'est rien... on jasait de choses et d'autres.

Mathieu. Ah! lu cannes à présent.

Guillaume. Gageons que j* devine

c'est Galou qui fai.-ait jouer sa langue comme toujours... et sur les absents.

Mathieu. Dam... y a de ça...

" Mathieu, Galou, Cotteret, Bahu.

" Mathieu, Guillaume, Galou, Cotleret,Loison, Agathe.

MAdASJIS THFaTKAL.

GALOU, à part. Est-y bête c' Mathieu !

GUILLAUME. Tu m'en vcu\ d' lavoir empêché d'aller au caharet et d'y entraîner Picard , Jacques, des hommes qui n'ont pas comme toi la suif éternelle.

igAthe. Et vous avez bien fait, monsieur Guillaume.

i.ouison. Vous avez bien fait, monsieur Guillaume !

MATHIEU, liens, Galon , faut en avoir le cœur net; t'as t'attaque Guillaume, faut qu'il puisse se défendre!

GUILLAUME. Tu m'as attaqué?... sur quoi, voyons?

jGALOU. Eh! ben , qtioi!...j' parlais de jadis .. des farces... [A part.) Est-y bête c' Mathieu !

Mathieu. 11 allait nous conter une histoire de vous d'il y a vingt ans !

Guillaume. Vingt ans! ah! c'est juste!... il la connaît lui !. .. ah ! tu rappelles ces sôuvenirs-ià! Eh ben... va ton train... j' t'empêche pas... Parle donc, vipère!...

galou. Guillaume, j' t'assure...

GUILLAUME. Ah ! ça te gène; attends un peu... j' vas parler pour toi. Approchez, vous autres!

Mathieu. Après ça, Guillaume, si c'est un secret à vous.. .

GUILLAUME, avec une colère concentrée* .

Oui... c'était un secret!... mais maintenant que cet homme a jeté le soupçon dans votre cœur... il faut bien le dire ce secret!... et vous verrez alors si j'ai raison quand j' vous dit : N' buvez pas!., restez dans \os ménages, n'allez pas vous griser avec un tas de chenapans qui vous perdraient !

GALOU, allant s'asseoir, à part, d'est end) tant les compliments; ça ni' fait rougir.

Guillaume, il va vingt ans, j'étais comme vous v'Jà presque tous... j'avais femme et et enfant... une belle petite fille de dixhuit mois!... C'était le moment où l'on creusait 1' canal , et j' travaillais comme terrassier à raison de quarante sous par jour... Ma femme avait un peu d'ouvrage de son côté... iN'oiis aurions pu être heureux... mais j'avais un défaut... un vice qui nous a perdus! J' pouvais pas résister à un »er<e de vin, et c'pendantl1 vin me faisais mal ..il me rendait furieux! Un soir, je rencontre des camarades, des pas grand choses comme j'en connais... (// regarde du côté de Galou, qui ôte sa casquette. ) On m'offre de payer une tournée... d'abord j' voulais pas... mais l' diable me pousse, j'accepte, et nous entrons' au cabaret les meilleurs amis du monde... c'est toujours comme ça... au bout de dix minutes c'était une dispute, une batterie... pour un rien... une bêtise... mais on avait Mathieu. Guillaume, Cotteret, Galou

bu... le sang m' brûlait les veinex. . j'avais la tête perdue... et justement c'était à moi qu'on en voulait V plus... J'avais beau leur crier : Allez vous-en !... laissez-moi!... laissez-moi!... rien n'y faisait. Enfin un d'eux, 1' plus acharné, s'avance, me frappe à la tête!. . moi... je saisis on couteau et je retends mort à mes pieds!

TOUS, avec effroi en reculant*. Ah!...

Guillaume est en proie à une violente agitation; il vient s'asseoir à droite sur un tas de bois. Il tache sa tète dans ses mains.

GALOU, se levant. Hein!... quand j' vous disais...

MATHIEU. Possible!... mais puisque tu savais ça, fallait pas en parler ; c'est mal !

Guillaume. JNou... non .. il a bien fait si ça peut vous servir de leçon... et vous guérir des mauvaises connaissances. Les miennes m'ont conduit à subir une condamnation de cinq ans et à perdre c' que j'avais d' plus cher au monde.

Mathieu, avec intérêt. Comment! ta pajuv' femme...

Guillaume. Morte à Saint-Louis pendant qu'on me jugeait.

AGATHE. Et vot' petite fille?

Guillaume, se JevanL Ma fillel... ma fille!... ( // s'arrête , puis se laisse retomber. ) Je n'en ai plus!... je n'ai plus d'enfant .. Je suis seul... seul !...

H remonte avec les ouvriers et les femmes. On tourne le dos à Galou

Mathieu. Quel malheur !

Agathe. Elle est morte aussi!

Guillaume, à part, après un temps et avec un sourire. Morte pour tous, mais pas pour moi!...

Clarisse, dans l'intérieur. Guillaume!

GUILLAUME, vivement**. Cette voix!

[Aux ouvriers.) Mathieu, mes amis... pas un mot devant... devant mamselle Clarisse... elle aurait peut-être peur de moi... elle ne voudrait plus me \oir!...

MATHIEU. Soyez tranquille, je réponds de nous... et de lui!

Il désigne Galou.

TOUS. Oui... oui...

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