STELLA, HERMANN
Stella tient à la main le flacon où est renfermé le cordial. Elle n'a pas entendu venir Hermann, celui-ci, qui avait déjà franchi le seuil, aperçoit Stella , et s'éloigne avec la terreur d'un mendiant qu'on chasse d'ordinaire. Mais il s'arrête pour mieux examiner celui qui l'a effrayé; reconnaissant qu'il a affaire à plus faible que lui, il reprend courage, s'approche de Stella, et voyant dans sa main un flacon, qu'il suppose rempli d'eau-de-vie, il le lui arrache.
STELLA, poussant un cri. Ah !.. Elle selève effrayée*. (Hermann prend sa place et porte vivement le flacon à sa bouche. Regardant Hermann.) Quel est cet homme?... le maître de cette masure, peut-être... Oui... c'est cela, j'ai eu tortde m'effrayer. . . (Elle se rapproche, puis s'arrête encore.) Quel affreux regard... (Timidement.) Habitez-vous cette chaumière? ou n'êtes-vous , comme moi, qu'un pauvre voyageur? (Hermann la regarde sans répondre. ) Si cette chaumière est à vous, consentez-vous à m'y laisser reposer cette nuit?... (Hermann rit d'un rire sauvage. Stella est effrayée.) Pourquoi ne me répondez-vous pas? (Hermann se lève et cherche à lui faire comprendre qu'il est muet.) Muet!... (Elle se rapproche.) Oh ! le malheureux! ( Hermann luiraconte qu'il s'est battu, que son adversaire lui a coupé
' Hermann, Stalln,
STELLA
la langue et que lui l'a tué. ) Horreur ! ( riermann rit de la terreur de Stella. ) Vous voyagez aussi... vous devez connaître le pays? (lier matin fait signe qu'il le connaît. ) Suis-je encore loin de la forteresse du Mont-des-Géants? y pourrai-je arriver demain? (Hermann prenant Stella, lui montre les tours de la forteresse que l'horizon, moins chargé de nuages, laisse apercevoir.) làl- . . c'est là?... si prèsde moi !... O mon père ! .. mon père !. . . ( Hermann lui fait signe que c'est à la citadelle qu'il doit se rendre.) Vous aussi, vous allez à la citadelle. OU ! sans doute vous avez là quelque parent qui souffre, et que vous allez voir et consoler?... {Hermann rit encore, et dit qu'il va à la forteresse pour être geôlier) Vous allez là pour être geôlier!... ( Hermann paraît fitr de cet emploi; il fouille dans le sac de toile qu'il porte , en tire une lettre qu'il montre à Stella, puis il ôte ce sac et le pose sur la table.) Stella prend la lettre et lit. ) » Envoyez-moi mon filleul... ses mauvaises qualités lui ont fait obtenir d'avance la faveur de M le gouverneur, et la première place vacante sera pour lui. Comme il doit être changé, laissez-lui cette lettre, qu'il me présentera en arrivant. « ( Hermann reprend la lettre qu'il va remettre dans son sac. ) Je savais bien que la Providence veillerait sur moi... ce guide que je lui demandais, le voilà... car devant vous les portes de cette citadelle inabordable pour tous vont s'ouvrir.... et vous me laisserez vous suivre, entrer avec vous. .. vous direz que je suis votre parent, votre ami. (Refus d' Hermann.) Oh! vous ne me refuserez pas... quand vous saurez que j'ai faii seule, à pied , plus de cent lieues pour voir mon père... entendez-vous... mon père, qui est là prisonnier depuis quinze ans... Mon pauvre père, il a été condamné injustement... mais jeté, sans avoir été entendu, ilansun noir cachot; il n'a pu donner de son innocence des preuves qui existent peut-être, et que j'irai chercher, moi , fussent-elles au bout du monde... Il faut, avant tout, que je parvienne jusqu'à lui... aidez-moi seulement à pénétrer dans la citadelle... une fois là... je trouverai des prières et des larmes pour toucher les gardiens de mon père... Dieu m'inspirera, car il ne voudra pas laisser inachevée l'œuvre que j'ai commencée. {Hermann refuse.) Oh! je vous supplie, au nom de l'humanité .. au nom de votre mère. .. (Hermann lui répond quelle est morte. ) Eh bien, moi aussi, j'ai perdu ma mère... moi aussi, je suis seule au monde. . . voyez, je suis à vos genoux... n'aurez-vous pas pitié de moi!. . (Hermann rit envoyant Stella pleurer à ses genoux, nuis tout à couv se?
traits changent d'expression , il montre à Stella une croix d'or qu'elle porte au cou et quil vient d'apercevoir. Cette croix... c'est le seul bien que ma mère m'ait laissé... depuis mon enfance cette croix ne m'a pas quittée... le froid, la misère, la faim, j'ai tout supporté plutôt que de la vendre... je vous la donnerai si vous me faites entrer dans la citadelle .. (Hermann hésite d'abord, puis il parait concevoir un projet; il tend la main à Stella en signe de consentement) Vous consentez?... Eh bien, partons. (Hermann lui répond quelle est fatiguée. ) La fatigue... je ne la sens plus... venez. (Hermann l'arrête encore en lui montrant que la nuit vient.) Attendre!... attendre encore... mais demain, au point du jour, nous partirons, n'est-ce pas ?. .. (Hermann, joyeux, ramène Stella à sa place ; il ranime le feu, puis l'engage à dormir. ) Dormir? ( Hermann insiste : il lui faudra des forces pour le lendemain. ) Et vous? ( Hermann prend son manteau qu'il jette à terre dans un coin à l'autre extrémité du théâtre et se jette dessus, en feignant bientôt de s'endormir.) Il a raison... j'aurai besoin de forces pour demain. ( S'aaenouillant devant le petit escabeau, et baisant sa croix d'or.) Dernier souvenir de ma pauvre mère... je ne prierai plus avec toi... que deviendrai-je quand tu ne seras plus sur mon cœur ? O mon saint talisman , pour cette nuit encore protège-moi ! ( Elle porte sa croix à ses lèvres, prie à voix basse, puis laisse tomber sa tête sur V escabeau et s endort; à ce moment Hermann se lève doucement, s'approche de Stella, et s assure qu'elle est endormie. Il veut lui prendre sa croix, mais elle est attachée à son cou par une chaîne de cheveux... Comment faire?... à la lueur du feu qui brille toujours, il aperçoit un couteau sur la table, il le prend et s'apprête à couper le cordon. À ce moment l'ouragan devient très-fort, le vent souffle; éclairs, tonnerre; un. coup de vent plus violent que les autres fait battre avec violence le volet d'une fenêtre; au bruit, Stella s'éveille, elle voit Hermann, debout devant elle et un couteau à la main. Stella jette un* cri, Hermann résolu à tout avance la main pour saisir lu croix.) Misérable!... tu me trompais... tu voulais m'assassiner. (Hermann veut la croix. ) Mon Dieu ! secourez-moi !
Elle veut fuir, Heruiaim la poursuit; elle se dirige par la droite, vers le pont, Ilerruann gravit les rochers de gauche et arrive également sur le pont pour barrer le passage à Stella , elle l'aperçoit et cherche à fuir, Hermann va la saisir, mais la foudre tombe, brise le pont, Hermann tombe dans U> torrent. Stella épouva)*. tée, vient tomber à genoux à l'entrée de la cabane.
* Stellai Hermann.
Scconîi tableau.
La fliambrc occupée par Ernest dans la citadelle. On voit la muraille humide cl oae. I fauche, dans un pan coupé, ■ne fenêtre étroite, fermée par d'épais barreaux, et à laquelle on arrive en BO marche*. .\ droite aussi,
dnn^ un cari coupé, la port.' d'entrée, garnie de larges bandée de f"r. Au rond, entre ' i fenêtre et U port-, um' de nialcove et an lit; au fond 'I" l'alcôve, une tapisserie e.iche le mur; près de cette alcôre, une chaîne «le fer pend à la muraille. Prèeoela fenêtre, à gauche du spectateur, à l'avant-scènê, un bahut: prés du bahut, un siège en b"i-. A droite, en face du bahut, une cheminée ; prés de la cheminée, un vieux fauteuil ; tout cet intérieur est sombre et