SI ELLA
la nuit de mon arrivée ici... et depuis ce temps j'ai vainement demandé à vous voir , à vous écrire...
d'osborn. Les ordres que j'avais reçus étaient tellement sévères, tellement précis, qu'il ne m'était possible d'apporter aucun adoucissement à votre situation ; dès lors toute entrevue , toute correspondance était inutile. Burl, examinez bien tout ici*.
burl. La visite ne sera ni longue ni difficile.
Burl fait la visite du cachot, examine le conduit de la cheminée, sonde les murailles et secoue les barreaux.
d'osborn. Vous allez changer de gardien, monsieur.
ERNEST. Firbach...
d'osborn. Attaché particulièrement à votre personne, séparé de tous les autres habitants de la citadelle, Firbach ne devait sortir d'ici qu'avec vous si le roi vous daignait faire grâce, ou derrière votre cercueil si Dieu vous rappelait. La patience lui a manqué, il a voulu en finir avec cette captivité à laquelle il s'était autrefois et volontairement condamné ; de plus, il a songé à mettre à profit son projet d'évasion et vous a proposé de fuir avec lui , certain que vous payeriez sa trahison plus chèrementqueje ne payais, moi, sa fidélité.
ernest. Firbach est innocent !
d'osborn. Surpris au milieu de ses préparatifs , Firbach a tout avoué.
ernest. Oh ! monsieur, ne rendez que moi responsable de ce projet d'évasion, que seul j'avais conçu. Ordonnez qu'on me charge de chaînes, faites-moi descendre plus avant encore dans les entrailles de la terre, mais n'empoisonnez pas de remords les derniers jours qui me restent à vivre, ne faites pas rejaillir sur moi le sang du malheureux que j'ai perdu : s'il vous faut ma vie pour racheter la sienne , dites un mot , et là , sous vos yeux, je me briserai le front contre ces murailles. . . Pour moi je n'aurais jamais demandé ni grâce ni pitié, mais pour Firbach, monsieur, je vous prie, je vous prie à genoux...
d'osborn. Gardez vos prières, monsieur, pour le repos de l'âme du condamné ; c'est aujourd'hui que doit s'exécuter son arrêt !
ernest. Aujourd'hui?...
d'osborn. A deux heures.
ernest. Oh ! c'est horrible ! la mort ne viendra-t-elle donc pas aussi pour moi !
Il tombe sur le vieux fauteuil près de la cheminée.
d'osborn , à Burl. Eh bien !
burl. Pas le plus petit trou tous les
barreaux sont à leur place. [A mi-voix. ) Firbach comptait prendre le grand escalier du donjon.
d'osborn, à/)arf. Mais le haut de cet escalier
' Burl, d'OïLuru, Ernest. I
gardé par un poste. Ce Firbach avait-il donc des intelligences dans la garnison? Oh ! je le verrai encore une fois, et je saurai bien lui arracher la vérité tout entière. ( A Burl. ) Va maintenant.
burl. Oui , gouverneur. ( A part. ) Décidément, c'est ici que je voudrais voir Clakmanu.
Il sort.
d'osborn. Ne vous en prenez qu'à vous, monsieur de Fridberg, du surcroît de précautions que je vais ordonner. Toutes les serrures vont être changées, les postes doublés ; il ne vous sera plus donné de feu ni de lumière, votre nouveau geôlier sera surveillé tout autant que vous-même. Son idiotisme presque sauvage ne comprendra d'ailleurs ni vos plaintes ni vos supplications. Enfin, s'il peut vous entendre il ne pourra pas vous répondre, car il est mute.
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