‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1464 sur 1577 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

JEAN D'OXFORD, Séjgheors, puis IUCUMOND.

Au lever du rideau, «un Itornmedonl le corps. esl enveloppé Lins un large manteau, entre mystérieusement : c'est l'espion: il examine de tous les côtés du théâtre, s'ap-

proche de la i.i v, i ne pout en lire l'enseigne, et dès qu'il

entend pour la seconde fois la proclamation, dès qu'il

\ « > i i les seigneurs sortir de la lavi rne, il s'enfuit.

De suite au lever du rideau, la voix du eonslahle dans le

Iqintain :

■ Jugement ei exécution d'Anne tlfi ftoulnu ,

VIAG \>1N THEATRAL.

» accuBée et convaincue du crime d'adultère. »

Une seconde lois bien plu prè». Entre il premier* el la

seconde proclamation, Jean d'Oxford el les seigneurs sortent de la taverne, ils écoutent ; murmures dan; l.i . oulisfe

jkan d'oxford, &'avançani.

Infamio !.. si belle, si bonne et si pure!... richmond, entrain vivement.

Oui, wjus avez dit vrai, mylords, c'est une juste indignation.. Infamie! mille fois infamie sur celui qui accuse cl sur ceux qui condamnent. Quelle effroyable partie se joue sous nos yeux! hier, ce sont des têtes de nobles seigneurs pour enjeu, t'est Henri Norris, premier gentilhomme, c'est Weston, c'est Breaton, aujourd'hui c'est une léte plus'llustreencore ; et toujours le bourreau pour partner. Mylords, mylords, si les mers qui nous entourent sont bien houleuses, et si leurs tempêtes épouvantent nos matelots, Henri VIII, qui nous gouverne, avec un siège d'inquisiteur pour trône et une hache pour sceptre , doit épouvanter les nobles et le peuple, les plus dignes et les plus braves; car tout est en souffrance; et pour combler la mesure, Anne de Boulen , la cousine de lord Howard , comte de Surrey ; la vôtre à vous, Jean d'Oxford ; ma parente à moi, Henri Fitzroy, duc de Richmond; Anne de Boulen... la vertu «l'une sainte, la pureté d'un ange, la beauté d'une vierge, est traîtreusement décapitée dans la tour de Londres, pour un prétendu crime d'adultère. Oh '. cela passe toute croyance!... Rien n'est donc plus respectable en ce royaume, ni loi, ni vertu, ni noblesse; rien n'est donc plus fort en cette cité , ni la lame de nos épées, ni les bras des bourgeois! Assez, mylords, assez de ces sanglantes saturnales ! Qu'Henri VIII fasse tout à son aise le bel esprit avec François Ier , le fin politique avec Charles-Quint, le théologien pour ou contre Luther, peu nous importe; mais ne lui permettons pas de faire le tigre comme Néron ! Il y a trop d'écussons brisés déjà et trop de billots debout.

JEAN D'OXFORD

Duc, en ce triste jour toutes les plaintes sont stériles, toutes les imprécations dangereuses.

RICHMOND

Non, laissez-moi maudire, laissez-moi pleurer! n'est-ce donc point une honte de savoir que la Tour de Londres se tend de deuil, qu'on y répèle des chants de mort, qu'on y tranche une innocente tcte?quand Westminster est brillant et illuminé, quand on y chante des hymnesd'allégresse; quand, le même jour, Anne de Boulen se couche sur les planches du cercueil, et Jeanne Seymour est assise sur le damas du trône.

u\k voix en dedans et en haut de la Tour, (entêtement.

Sir lieutenant, il est trois heures.

richmond , remontant.

Trois heures! Prions, mylords, l'infortunée va mourir.

jkan d'oxford.

A genoux! Ils s'agenouillent, nu </las funèbrt

u)ime ; ils se relèvent. A Richmond .) Vous aver promis à chacun de nous un lambeau du mouchoir dont on a couvert tes yeux au moment du supplice.

RICIIMOND.

Kt vous l'aurez, mylord, si, comme je l'espèr -, le bourreau se souvient de sa parole. (On entend dans le lointain les cris de Vive la reine ! vive Jeanne Seymour : Remontant la scène.) Écoulez, mylords, les courtisans d'Anne de Boulen saluent le passage de Jeanne Seymour, qui va recevoir l'anneau royal, à Westminster, leurs vivat sont payés a prix d'or.

JEAN d'oxford.

Et les courtisans sont trop vils pour refuser le salaire.

La petite porte de la Tour s'ouvre, un homme en son, il i celie quelque chose sous son pourpoint, el se dirige m i , la droite avec la préoccupation d'un homme qui cherche.

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