‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1481 sur 1577 · CLINTON, CORNÉLIUS · texte numérisé non relu

CLINTON, CORNÉLIUS

cornélics, humblement.

Je suis à vos ordres, mylord, et m'incline hum blement devant votre seigneurie. (A part.) Sontils partis ?

clinton, avec insolence.

Sommes-nous bien seuls dans cette succursale de l'enfer ?

CORNÉLICS.

Comme nous le serons un jour dans la tombe clinton, jetant une bourse sur la table.

Voilà vingt-cinq guinées... si tu devines l'inquiétude qui m'obsède, le tourment qui m'assiège et le remède utile à leur guérison, tu auras le double.

CORNÉLIUS

Mon zèle est plus grand que ma science, pourtant j'essaierai. (Lui désignant un fauteuil.) Asseyez-vous dans ce fauteuil, mylord, la main droite sur ce livre; c'est celui de Picatrix, l'enchanteur du treizième siècle, la lumière de l'Arabie; tournez votre visage vers ce miroir. (Il touche un panneau avec sa baguette; aussitôt un miroir long et peu large, caché sous le panneau, tourne sur son pivot et se trouve en face du fauteuil sur lequel Clinton est assis. A part.) Pauvre fou!

CLINTON

Tu as prédit de glorieuses destinées au connétable de Bourbon, et le connétable de Bourbon a été traître à son pays. Prends garde d'être un devin aussi malencontreux pour moi que pour lui. Parle.

cornélics, regardant dans le miroir.

Picatrix, mon maître, inspire-moi 1 Je vois une tache noire, bien noire, marquée de rouge au milieu.

clinton, avec épouvante.

Eh bien ! explique ces signes !

LORD SURREY

CORNÉLIUS

Un outrage est tombé sur vous , c'est la tache noire; il faut, pour la laver, des épées qui brillent au soleil, il faut du sang, c'est la marque rouge.

Tu ne dis que trop vrai. 0 mon Dieu! il m'effraie.

Cornélius, à part.

Surrey l'a provoqué. {Haut.) Faut-il continuer?

Clinton, tremblant, à part.

Aurai -je asseede force pour l'entendre 1 (Haut.) Oui, oui, continue.

CORNÉLIUS

Je vois deux vautours, le premier a l'œil en feu, il plane au-dessus du second, il va l'assaillir; mais celui-ci cache sa tête sous son aile en poussant un cri sourd, puis s'envole avec épouvante.

CLINTON

Et où va-t-il se cacher?

Cornélius, à part.

Il a refusé le combat. (Haut.) Dans l'aire d'un aigle.

CLINTON

Et l'aigle le reçoit-il dans son aire?

CORNÉLIUS

Je ne distingue plus rien... une nuée obscure, chargée d'orage et sillonnée de rares éclairs, a passé devant le rocher où est bâti le nid d'aigle. Attendez, la nuée s'éclaircit, un rayon de soleil la traverse.

CLINTON

Que distingues-tu maintenant?

CORNÉLIUS

Un billot! et à côté un homme vêtu de rouge, une hache à la main.

Cornélius touche le miroir avec sa baguette, et aussitôt il tourne de nouveau sur son pivot et disparaît.

Clinton, se levant avec effroi.

Et pour quelle tête ce billot et cette hache?

CORNÉLIUS

Votre honneur sait comme moi que les billots ne se dressent que pour les grands seigneurs, et la potence pour le peuple.

CLINTON

Bien, Cornélius, bien! ton savoir est surhumain! Va, je te le jure, si ta prédiction s'accomplit au gré de mes désirs, je couvrirai ton miroir avec de l'or, je te donnerai le diamant de ma jarretière et la plus brillante perle de ma couronne de comte. Adieu, maître Cornélius, j'ai besoin de penser à votre prophétie pour assurer ma vengeance. Cornélius, l'arrêtant.

11 pourrait rencontrer Surrey. {A part.) Par ici. (Hau<.)Vous le savez, mylord, cet escalier donne sur une rue déserte, par ici ! par ici !

CLINTON

Ohl oui, par ce chemin j'arriverai plus vite aux pieds du trône.

Il sort à droite.

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