SCENE VIII
TOM, SURREY, RICHMOND, en costume de batelier de la Tamise.
surrey, se jetant dans les bras de Tom. Tom Wood !
TOM
Lord Surrey !
SURREY
Oh! c'est Dieu qui nous réunit.
RICHMOND
Oh! nous avons donc encore un ami dans ces murs !
tom, à Richmond.
Bien, mylord, vous l'avez sauvé !... merci, oh ! merci !
Il le fallait, ou mourir.
SURREY
Avec de tels amis on défie toutes les haines.
TOM
Mais, mylord, votre évasion est connue, dans une heure elle sera le bruit de Londres entier, et lord Clinton commande ici.
SURREY
Oh! laisse là Clinton et ses vengeances, Henri VIII et sou tribunal, et parlons de notre réunion bienheureuse et inespérée, de ma Géraldine pour laquelle j'ai tout bravé, pour laquelle ie
braverais tout encore... oh! si tu savais, Tom Wood, quel fut mon bonheur lorsque après cinq mois d'une pénible attente Richmond pénétra enfin dans la citadelle de l'Aigle!
TOM
Et par quel moyen?
SURREY
Sous la robe d'un moine de l'ordre de Saint- François. Soucieux et le front courbé sous de tristes souvenirs, je me promenais un soir sur les remparts; au loin, en mer, je distinguai un vaisseau portant pavillon anglais... et je disais plaintivement : 0 ma belle Angleterre , je rêve encore pour toi des jours libres et des deslins glorieux. La retraite était battue... j'allais rentrer dans la citadelte, lorsqu'un moine s'agenouilla devant moi, me demandant une aumône.... c'était l»i< hmond !... à sa vue, je faillis me trahir... quelques minutes après , nous étions seuls dans la sombre salle qu'ils m'avaient donnée pour prison. Oh! je ne maudissais plus, j'avais la joie au cœur... mon ami était dans mes bras... il venait me sauver ! tom , à Richmond.
Oh ! que j'aurais envié votre place ! ( A Surrey. ) Continuez, mylord, continuez.
SURREY
Il portait ce costume sous sa robe; nous soulevâmes une dalle de ma prison ; le costume fut caché sous la dalle; et, comme la nuit tombait, on nous sépara... à deux heures du matin tout était silence et ténèbres autour de moi... seulement, d'instant en instant j'entendais les vagues qui battaient doucement les murailles de la citadelle et semblaient m'apporter le mot si doux au cœur du prisonnier : Délivrance! délivrance! Tout-àcoup la porte s'ouvre, une main gantée de fer saisit la mienne... me conduit à travers mille détours; enfin j'ar've sur la plate-forme; une sentinelle veut cr*er alerte; elle est poignardée sans prononcer un seul mot... Le garde qui me guidait m'indiqua une corde solidement fixée à un anneau; je m'y suspendis... je glissai rapidement jusqu'au bas du rempart, où mes pieds louchèrent le fond d'une barque... j'étais libre!... Au point du jour, Richmond et moi, nous entrions dans les eaux de la Tamise... oh ! comme je respirais avec délices l'air de ma vieille patrie... je pleurais... et je m'écriais avec ivresse : Vogue, heureuse barque, vogue, le bonheur est où tu vas. Enfin! enfiu! j'ai salué les cotes de l'Angleterre... je suis au milieu de vous... plus do douleurs... plus d'exil... je vauia revoir... la serrer dans mes bras... Sois bénie, liberté... soisbénie ! 11 tombe à genoux.
TOM
Votre fuite est un miracle.
RICHMOND
Tous les dangers ne sont pas encore évites, tous tes ennemis t'entourent.
iUgJord.. . oh ! songez à votre salut I
LORD SURREY
SURREY
Oui, mes amis, oui, la revoir et partir, voilà ce que je demande : qu'elle sache que pour elle j'ai brisé leurs chaînes. Je sais qu'elle est ici ; je veux, la voir. Tom, toi qui es libre, fais-la venir... ami... et le comte de Surrey n'acquittera jamais sa dette de reconnaissance envers toi.
TOM
J'y vais, mylord, j'y vais; mais par amour pour elle, par amitié pour nous, soyez prudent, je vous en prie, soyez prudent.
Il sort à gauche.
SCRRKY.
Oui, mon ami, mais va, va...
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