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SCÈNE IV

Les Mêmes, CANDIDE et COLOMBE.

bouche-d'or, allant les prendre par la main. Prince, j'ai l'honneur de vous présenter mes filles. Voici Candide, trésor de pureté et d'innocence , et voici Colombe, autre trésor de douceur et de sensibilité.

hassan. Quel air timide et modeste!... et vous voulez que je fasse un choix?... Mais toutes les deux, vous êtes si séduisantes, princesses, que U préférence pour l'une serait une injustice pour l'autre.

CANDIDE. Ah! seigneur, n'ayez pas cette crainte... et choisissez ma sœur.

colombe. Ne l'écoutez pas, seigneur, elle mérite bien mieux vos hommages.

LE SAC A MALICES

CANDIDE. Ah! seigneur, elle essaye de mentir, massa bouche n'y est pas habituée.

COLOMBE. Ou plutôt c'est sa modestie qui l'empêche d'avouer sa supériorité.

hassan. Quel combat de générosité!

FARIBOUSSODL. Ça durerait bien comme ça jusqu'à demain.

BOUCBE-D'OB. Assez, assez, Allés trop chéries, épargnez la sensibilité paternelle.

iixssan , à Candide. Ainsi, princesse, si ce n'était pas \ous que je préférais...

candide. Je serais heureuse en pensant au bonheur de ma sœur.

hassan. Ceite parole me décide, Princesse Candide , c'est à vous que j'offre mon cœur et mon trône.

candide. Ah ! prince !

bouche-d'or. Touchez là, mon gendre...

hassan. Qu'on m'apporte les plus riches présents. [Des enclaves apportent des cassettes et desécrins sur des coussins de velours.)

HASSAN, à Candide. Eh bien princesse, n'êtes-vous pas tentée de regarder ces parures ?

candide. Hélas! prince, à quoi bon tant de magnificence? On vous aime pour vousmême et non pour votre rang. Me pensezvous pas comme moi, et m'aimeriez-vous mieux si j'étais revêtue de ces riches étoffes ?

bouche-d'ob. Je ne lui fais pas dire.

hassan. Oh! non, non, toujours ainsi...

[Au roi.) Elle est ravissante.

fabiboussoul. Délirante!

bouche- d'or. Cela tient à l'éducation que je leur ai donnée. Je viens de rendre un décret pour bannir le luxe de mes états ; si bien que mon grand ordre du Mouton-Blanc, qui autrefois était enrichi de diamants, n'est plus aujourd'hui qu'un simple morceau de fer; j'ai l'honneur de vous en offrir deux exemplaires.

i aiuboussoul, à part. Il aurait bien dû nous le donner avant son décret.

HASSAN, pren an t Aminaà part. Eh bien, Zélim, nous voilà au bout de notre voyage. Cette jeune princesse Candide est belle, gracieuse, aucun défaut ; elle est parfaite.

amina. Oui, parfaite, si à tant de vertus elle joint encore...

hassan. Quoi donc?

AMINA. La sincérité.

hassan. La sincérité? [Riant) Eh ! justement, c'est ici son royaume.

AMINA. Ah ! maître, prenez garde.

hassan. Au fait, je veux me convaincre. Laisse-moi.

bouche-d'or. Prince, je ne veux pas dif-

férer le bonheur de mon peuple. Qu'il apprenne aujourd'hui cette illustre allianc ■.

hassan. Atlen lez; il manque à nos fiançailles un important préliminaire. Dans le royaume de Cachemire, les flancs, pour gage de leurs promesses , ont l'habitude d'échanger un toast à leur bonheur futur.

bouche-d'or. Les coutumes paternelles, c'est sacré... c'est touchant, cela m'émeut... Que l'on m'apporte du xérès.

hassan, à part. Maintenant, l'épreuve.

Air de la Treille de Sincérité.

Suivant une vieille légende, La Treille de Sincérité Possède un charrue qui commande La franchise et la vérité.

C'est la source de vérité.

Je veux qu'en goûtant ce breuvage, Sans le vouloir, sans le savoir, Chacun trahisse en son langage Et sa pensée et son espoir.

Que ce vin soit pour leur usage Un talisman de vérité, Et vienne la sincérité, La Treille de Sincérité.

[Il tire le n° 88 qui paraît au fond.) Permettez-moi de vous servir moi-même. .. A notre bonheur ! à vous, d'abord. Eh bien, chère Candide, ai-je réussi à vous plaire ?

candide, disant la vérité après avoir bu. Oui et non.

bouche-d'or. Hein?

hassan. Comment?

bouche-d'ob. Elle a dit oui.

hassan. Et non.

bouche-d'or. Non, non.

hassan. Si fait, non.

bouche-d'ob. Eh bien non... Nous sommes d'accord.

hassan. Expliquez-vous, princesse.

bouche-d'ob. Oui , explique-toi , chère petite.

candide. Vous êtes assez bien, c'est vrai ; mais je dois vous déclarer que mon cœur Li'a pour vous que de l'antipathie.

HASSAN. Plaît il?

bouche-d'ob. Delà sympathie, vous l'entendez.

hassan. J'ai entendu de l'antipathie.

bouche-d'ob. C'est un lapsus hnguae...

Qu'est-ce qu'elle a donc !

hassan. Quel est donc le sentiment qui vous porte à m'épouser?

caindide. L'ambition et la crainte de rester vieille fille. Il faut que j'épouse un prince.

bouche-d'ob. Hum l hum ! veux-tu te taire ?

LE SAC A MALICES

candide. Laissez-moi donc parler, mon père ; voyez-vous, mon pète ne voudrait jamais me marier à mon petit cousin Youssoulî. C'est lui seul que j'aime et que j'aimerai toujours.

hassan. Eh bien, c'est gentil.

bouche-d'or. Oui, c'est gentil. .. elle plaisante... Voyez-vous... C'est très-drôle!... Ah ! ah !

hassan. Et cela ne vous empêche pas de m' épouser ?

bouche-d'or. Oh ! non, parce que, comme vous ne savez rien, vous me laisserez voir mon cousin en toute liberté.

hassan. J'en apprends de belles.

bouche-d'or. La plaisanterie continue...

Ah ! ah ! buvons à votre santé !

hassan , à part. La treille de sincérité. [Haut.) Ainsi, vous pensez que je ne dois pas m'inquiéter ?

bouche-d'or, disant la vérité après avoir bu. La petite vous a dit la vérité, et quant à moi, je dis... je dis qu'il était temps... j'étais à sec. . . je n'avais plus le sou dans mes coffres, et vos richesses vont joliment me remettre à flot.

hassan. Ah !

candide, àpart. Eh bien ! qu'est-ce qu'il dit là, mon père?

bouche-d'or. Je ne suis guère qu'un roi de contrebande ; le fait est que je commande ici à un ramassis de flibustiers et de vauriens. .. Ah ! ah 1 ah !

hassan. Juste ciel !

candide, à son père. Y pensez-vous? prenez donc garde.

hassan. Ainsi, je suis venu à propos?

bouche-d'or. Oh! bien à propos. Vous avez donné dedans tout de suite, on ne peut pas mieux. .. Ah ! ah ! ah !

candide. Mon père, mais vous dites des sottises.

bouche- d'or. Qu'est-ce que c'est que ça ! vous osez me manquer de respect ? Vous devriez être trop heureuse, petite sournoise ! quel mari ! c'est de l'or en barre.

hassan. Oh! assez... assez de vérités!

J'aime encore mieux leurs mensonges !

bouche-d'or, revenant à lui. Nous vous avons fait voir, seigneur, le fond de nos cœurs. Vous savez de quels sentiments nous sommes pénétrés pour vous,

hassan. Oui, je le sais, je les apprécie... Allez donner vos soins aux préparatifs du mariage.

bouche-d'or. Tout de suite... Venez avec moi.

Hassan. Mais...

bouche- d'or. Oh ! il le faut, on ne vous a pas encore vu. .. Donnez la main à la princesse. Venez, cher prince; ne sommes-nous pas en famille ?

hassan. Où suis-je tombé ? Ah ! Zélim ! Zélim ! tu n'avais que trop raison !

SCÈ?Œ V.

LE GÉNIE, FARIBOUSSOUL.

fariboussoul. Hassan ! Hassan !

le génie, le suivant. Je m'attache à vous, seigneur, je ne vous quitte pas.

fariboussoul. C'est trop de persévérance, homme vénérable !

le génie. Ah ! seigneur, une vive sympathie nous attire l'un vers l'autre! Ne vous en apercevez-vous pas ?

fariboussoul. Oh ! faiblement.

le génie. Si fait, nous devons être amis... Soyons amis.

fariboussoul. Alors, donnez -moi une preuve de votre amitié.

le génie. Laquelle ?

fariboussoul. Conduisez-moi à la salle à manger, je la cherche depuis une heure. [Apercevant le flacon sur la table.) Eh mais, en attendant , voici de quoi prendre patience... Voulez vous me faire l'honneur de vous rafraîchir avec moi ?

LE Génie, s'asteyant. Bien volontiers. (A part.) Si je pouvais le griser ! pendant ce temps-là, je...

fariboussoul, assis. Ainsi donc, seigneur, vous êtes aussi un grand monarque ?

LE génie. A votre santé ! (Il boit.)

fariboussoul. A la recherche de l'audacieux qui vous a dérobé vos trésors !

le génie, disant la vérité. Oui, je poursuis un drôle, un coquin, un filou qui m'a volé ma plus magnifique parure. (Affectueusement.) Mais tu vas me la rendre, scélérat.

fariboussoul. Hein?

le génie, lui faisant des mamours. Triple brigand ! c'est après toi que je cours sous toutes sortes de déguisements, mais je te tiens, infâme gueux que tu es, il faudra bien que tu restitues.

fariboussoul. Comment, vieux cafard , c'est encore toi ?

LE GÉNIE, à part. Oh ! il m'a deviné !

fariboussoul. Ah ! tu cours toujours api es l'objet en question?

LE génie. Eh bien, oui, là, guerre ouverte, je l'aurai.

fariboussoul. Tu ne l'auras pas. [Le Génie lire la queue d'un côté et Fariboussoul de Vautre.)

LE SAC A MALÏCI S.

An» : Tu n'auras pas, petit polisson.

Ta n'auras pas l'objet précieux, l.'( IjJ -t '|ii>' j'aime IMus que moi-même ; Tu n'auras pas l'objet précieux, L'objet qui charme et mon cœur et mos yeux. (La nucue se partage en deux ; chacun en a un marteau à la main.)

le (.énie. J'en ai la moitié!

FARIBOUSSOUL, frappant avec la moitié qui lui reste. A moi !

LE PETIT GÉNIE. Me voilà , maître.

LE VIEUX GÉNIE, A moi !

LE PETIT GÉNIE. Me voilà, maître.

fariboussoul. Je t'ordonne... [Le petit Génie i a vers Fariboussoul.)

le grand génie. Je te commande... (Le petit dénie va vers le grand Génie. )

FARUiOUSSOUL. Viens ici.

LE GRAND GÉNIE. Viens là. (Même jeu.)

le petit génie. Mais à qui faut-il que j'obéisse ?

fariboussoul. A moi.

LE gkand gEnie. A moi. (Même jeu.)

farihoussoul. Viteunchcval ! (La moitié d'un cheval paraît , côté de la tête.) Hein? qu'est-ce que tu veux que je fasse de çaï — L'autre moitié ! (Une autre moitié de cheval paraît, toujours côté de la tête.) Comment, deux tètes?

le grandgénie. Je veux un cheval. (L'awtre moitié d'un cheval paraît, côté de la queue.) L'autre moitié ! ( tin autre moitié de cheval parait, toujours du côté de la queue.) Il n'y a pas de raison pour que ça finisse...

LE petit Génie. Eh ! puisque tu n'as que la moitié du talisman.

le grand géme. C'est vrai... la moitié postérieure.

fariboussoul. Eh bien, à nous deux, maudit sorcier; donne-moi de ce que tu as, je te donnerai ce que j'ai.

le grand génie. C'est ça... troquons.

(Chacun des deux prend une tête et une queue, et monte sur le cheval qui se sépare m deux. Fariboussoul et legénie tombent par terre. )

Quatorzième Tableau.

l'île du repentir.

Des jardins , avec des saules pleureurs et un mausolée.

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