SCÈNE II
SANS-SOUCI, FARIBOUSSOUL , et tous le* autres arrivant.
sans-souci. Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce qu'il y a? On rit ici!... Quelle gaieté intempestive!...
guillerette. 31e reconnaissez-vous ?
sans-souci. Quelle est cette jeune folle?...
gltllfrette. C'est moi, votre sœur, votre propre sœur...
sans-souci. Ma sœur?
guillerette. Rajeunie' rajeunie! j'ai vingt ans ; l'âge de celte nymphe qui répand autour d'elle la jeunesse et la beauté... Ah ! prince ! que de reconnaissance !
sans-souci. Quoi ! c'est lui qui a fait ce rodige? Ah! prince!
tous les autres. Ah ! prince !
sans-souci. Rajeunissez-moi.
tous. Moi, moi, moi!...
Hassan. Eh bien, oui, soyez tous heureux; passez sous cette fontaine.
TOUS. Ah! (Ils se précipitent et passent. Sans-S'niei, qui était grog et lourd, redevient unj, une homme maigre et agile. Les vieillards et les vieilles femmes redeviennent tous jeunes. )
CHOEUR
Air du Pré aux Clercs.
C'est moi, c'est moi, faites-moi place.
De rajeunir, ah! quelle est mon ardeur 1 A mon tour, il faut que je passe ,
Voici la source du bonheur.
D9 1MMME.
Dépêchez-vous, dépêchez-vous, 11 n'en restera plus pour nous.
Ah 1 quel malheur, quel sort affreux Si nous allions demeurer vieuxl
UNE femme. Je suis belle!
un autre. Comme le cœur me bat !
sans-souci. Allons, mes amis, plus de vallée de larmes! à bas les saules pleureurs! à bas les mausolées ! réjouissons-nous. .. Venez, prince, venez... Vive la jeunesse !...
tous. Vive la jeunesse !
reprise du choeur.
Nous avons la jeunesse, Nous avons la beauté, Et vive la tendresse, La joie et la santé !
(Ils sortent tous en sautant et en dansant.)
■ LE vieux Génie. Qu'est-ce que j'apprends? il paraît qu'on rajeunit ici... Quelle bonne occasion!... La fontaine coule encore... Un peu d'eau pour un, s'il vous plaît. ( Il passe sous la fontaine qui s'arrête. ) Oh ! mais ce n'est pas ça ; je ne suis rajeuni qued'un côté. .. (Il est jeune à droite et vieux à gauche.) C'est très-gênant. A l'aide!... au secours! Donnez-moi une jeunesse, ou rendez-moi ma vieillesse tout entière. ( Il sort en courant et boitant. )
Seizième Tableau.
Le théâtre représente un vieux salon sombre et enfumé. De vieux portraits de famille en pied sont suspendus aux murs. Sur une grande et vieille cheminée une vieille horloge à coucou et deux magots de la Chine. — Une grande fenêtre.
GUILLERETTE, entrant très-agitée, HAS- SAN la suit.
guillerette. Ah! je suis indignée!
Hassan. Qu'avez-vous donc, princesse?
guillerette. Tenez , il faut que je vous le dise, je suis furieuse contre vous.
Hassan. Contre moi?
guillerette. Eh! sans doute!... Où avez-vous eu l'idée de rajeunir tous ces genslà... des égoïstes, des ingrats, des fous !... Voilà déjà qu ils ont repris tous leurs anciens défauts. Croyez bien que je suis désolée de vous faire des reproches; mais, en vérité, il semble que tout se réumese contre moi... J'ai mal aux nerfs, tout me contrarie, tout m'agace, et j'ai envie de pleurer.
hassan. Eh quoi ! princesse, au lieu d'être heureuse et gaie...
LE SAC A MALICES
guillerette. Gaie, ici, dans ce palais qui a l'air d'une prison !. .
Air :
De noirs lambris, des murailles obscures, De vieux meuble?, de vieux miroirs Accoutumés à de vieilles figures, Qui devant moi reviendront tous les soirs. Ah ! c'est vraiment à périr de tristesse. Vos premiers dons deviennent superflus ; Ah ! reprenez la beauté, la jeunesse Et ce cœur qui bat de tendresse.
Si vous n ajoutez rien de plus,
Tous vos bienfaits seront perdus.
Si vous n'ajoutez rien de plus
Vos premiers bienfaits sont perdus.
hassan. Allons , soyez satisfaite , princesse, et que tout rajeunisse avec vous! (// tire le n° 9.)
Dix -septième TaMeau.
Le salon change et devient brillant ; les portraits sont rajeunis, et les meubles redeviennent neufs.