FARIBOUSSOUL , LE VIEUX GÉ^IE
le vieux génie. Bonne nuit, c'est bon à dire. (// regarde autour de lui.) En fait de Ut, je ne vois qu'une commode, et ça ne l'est guère pour se coucher.
fariboussoul. Mais puisque tu as le talisman...
le vieux génie. Tiens, c'est vrai !... (Il frappe avec la queue, la commode se change en un tout petit lit.)
fariboussoul. Qu'est-ce que c'est que ça?... un lit de poupée?... tape donc. (Le vieux Génie frappe, le lit s'allonge.) À la bonniî heure, couchons-nous. (Ils se couchent.)
fariboussoul. On est très-bien ici. — Je vais me dépêcher de dormir pour rattraper mon jour de talisman. (Le lit se rapetisse, et tons tes deux viennent se heurter Vun contre l'autre.)
fariboussoul. Eh bien! Qu'est-ce que tu fais?
le vieux génie. Tiens-toi donc tranquille.
fariboussoul. Vous me poussez, cher ami.
le vieux génie. C'est vous qui me jetez dans la ruelle...
fariboussoul. C'est vous.
le vieux génie. C'est vous.. .
fariboussoul. Ah ! (Ils tombent tous les deux par terre, le lit redevient grand.)
le vieux génie. C'est qu'aussi notre lit est si court !
fariboussoul.
non... regardez.*.
LE VIEUX GÉNIE
FARIBOUSSOUL.
mauvais coucheur..
le vieux génie. C'est que j'ai des inquiétudes.
fariboussoul. Des inquiétudes ?
le génie. Oui.. . Avant de me coucher, je veux savoir si l'on est en sûreté dans cette auberge... et s'il n'y a pas de voleurs... c'est pourquoi je vais \isiter... les réduits les plus secrets.
fariboussoul. Compris... Va à tes petites affaires, je ne te retiens pas. Ainsi... Ali ça, dis donc, n'emporte pas le talisman...
Comment si court ! mais il y a dt la place.
Ah ça, j'ai donc rêvé ?
Apparemment quel
le vieux génie. Soupçonner l'amitié!
Ah !... pour te prouver, en revanche, ma confiance, ma confiance absolue, je te lais>e l'objet, je te le confie pour quelquesinstants... là... (// le lui donne.)
fariboussoul. Ah ! cher ami ! c'est un beau trait.
le vieux génie. Voilà comme je suis. (// sort, et ferme la porte à double tour.)
fariboussoul. II m'enferme à double tour!... En voilà une confiance !... attendons qu'il soit endormi... et alors, moi et le trésor, -nous décamp rons si loin qu'il lui faudra de bonnes jambes pour nous rattraper. (Il se recouche.) Commençons par éteindre la bougie... cette veilleuse suffira. (Le lit se dédouble et monte )
le vieux génie, rentrant. Il m'est venu une idée!... Fendant que le sommeil clora les paupières de ce cher ami, j'aurai le temps de filer d'ici av^ le précieux talisman.. . C'est mon bien, après tout, et je ne vois pas pourquoi je prendrais un associé... il doit être couché. (Regardant dans le lit d'en bas.)
Tiens, il n'est pas là... où est-il donc?
Ah! mon Di'-u!... serait- il décampé?... Je l'avais pourtant bien enfermé. (Appelant.) Fariboussoul ! Fariboussoul.
fariboussoul, en haut. Eh bien, quoi?
le vieux GÉNIE. Tiens ! eh bien, où es-tu donc ?
fariboussoul. Je suis couché !
LE VIEUX GÉNIE. Couché?... OÙ doilC ?
fariboussoul. Dans le lit.
le vieux GÉNIE, regardant le lit, en bas. Farceur!... ne joue donc pas à cache-cache.
fariboussoul. Je te dis que je suis couché. Je t'attends.
le vieux génie. Que c'est joli !... Je vois bien que tu n'y es pas, puisque m'y voilà. (// se met dans le lit en bas.)
fariboussoul, en haut. Où es-tu donc?
je \ieu\ génie. Dans le lit.
fariboussoul. C'est un peu fort !...
le vieux génie. Mais viens donc me trouver. (Le lit de Fariboussoul descendsur le dénie et l'écrase. Le Génie p ntêse un profond gémissement.)
fariihji SSOUL. Qu'est-ce que j'entends?... qu'est-ce que c'est que ça... Holà... de la lumière!... (La servante rentre arec ma: l 'unticr e.)
la servante. Qu'y a-t-il, seigneur?...
Ali ! qu'est-ce que je vois...
FARIBOUSSOUL Ah!... le malheureux!...
comme il est aplati!... (// retire le Génie tout plat.) Voilà Ba dépouille!... quel dommage ? . . . C'était un bien brave homme. . ,
LE SAC A MALICES
quoiqu'il fût bien insupportable... et un fameux génie, quoiqu'il fût bien bête. .. Honneur à sa mémoire!. . et conservons son souvenir. (// le plie et le met dans *a poche, essuie une larme arec son mouchoir, et remet le mouchoir par-dessus la dépouille du Ciénie.) Allons, j'ai le talisman à moi tout seul, ca me console.
Vingt-nolcrne Tableau.
Un site agreste, à l'entrée d'une ville de Tartarie.