‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 158 sur 1577 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

Le Payeur général BUGNET, dsonbureau,

ji noi , entrant. Bonjour, mon cher payeur général... .Mais que vois-je? bon Dieu! que de richesses! des diamans, de l'or! des tableaux précieux !

BCGÊKfc. Nos curieux de Paris seraient bien étonnés s'ils nous voyaient aussi riches.

bugnet. Le généra) Bonaparte fait la guerre à la minière des Romains : non seulement son armée vit dans l'abondance, mais elle enrichit encore la patrie. Voilà un bel exemple à Suivre pour nos généraux.

junot. Il y en a peu qui le suivront.

BUGSET. Tant pis pour eux ; car à côté des belles pages (Je leurs c mpagnes il y aura de honteuses marges. Victoires et dilapidations, tout se sait, tout se dit, et la p istérilé n'est que l'écho des contemporains. Ah ta ! qui vons amène, jeunes gens? Je parie que Junot vient me demander quelques avances; il s'adresse mal, pour que je le refuse.

junot, riant. En bien ! vous vous trompez, li néral nous envoie ici pour recevoir les ambassadeurs étrangers.

BUGKÏT, Ici! au milieu de leurs dépouilles? il veut di ne les punir deux fois? (Aux commis.] Dépêchez-vous, mettez toutes ces caisses en ordre. Les bordereaux sont-ils prêis? donnez, (juc je les vérifie et que je les signe... Vous permettez...

junot. Comment donc! (A Eugène.) Ah çâ : que dis-tu de l'idée de ton père, qui métamorphose des aides de camp en diplomates?

eugene. C'est qu'il n'a pas de grands secrets à cacher.

JUHOT. Dis plutôt qu'il a peut-être de bonnes vérités a faire connaître. Si ces vieux fous m'interrogent , je ne pèserai guère mes paroles... gare la bombe!

Les Precédens, Le COMMANDEUR D'EST, L'ENVOYÉ de Venise.

le commandeur. Monsieur le colonel Junot, enchanté de vous rencontrer. (A Eugène.)

Mille pardons, je ne vous voyais pas; j'espère que monsieur le vicomte Reauharnais me pardonnera ma distraction.

i m.i m.. Monsieur le commandeur d'Est, la république française est une mère qui traite tous ses enfuis avec égalité, je suis le citoyen l'.eauliaruais.

L'ENVOYÉ. Moi aussi, je suis républicain... à ma manière, à la vérité... D'honneur, je ne vous croyais pas si purs: on nous avait parlé d'une si singulière façon de plusieurs de vos généraux, de votre Directoire luimême.. Recevez , je vous prie , mes regrets, mes félicitations.

le commandeur. Mes excuses, mon admiration !

l'enyoyi •:. .Nuis pouvons compter sur quel qtfes égards; car ni Venise , ni le duc de Mo dène n'ont point armé contre les Français.

junot. Aussi conserverez-vôus vos états.

l'envoyé. Oh ! Venise ne craint rien.

le commandeur. Mais mon frère le duc de Modène craint tout; je ne me fais pas illusion sur notre faiblesse : aussi que demandé- je :J la neutralité. Je ne vous cache point-, messieurs, que j'ai le plus grand intérêt à voir son excellence le marquis de Bonaparte... car on m'a bien assuré qu'il était marquis avant la révolution...

jokot, à Eugène. S'il croit le séduire avec ces qualités-là !

le commandeur. Je disais donc que j'avais le plus grand intérêt à voir son excellence avant ce fourbedecardinalliusca.. .cet hommelà sacrifierait l'Italie sans scrupule.

l'envoyé. Mais non sans indulgence.

junot. Bas mal , pour un Italien.

l'envoyé, fièrement. Colonel ! Venise a toujours été indépendante du Vatican, et dans le temps où la France elle-même frémissait devant la tiare , le lion de Saint-Marc bravait Rome et ses foudres.

eogëne. Vous asservissiez alors une partie de l'Italie , aujourd'hui nous l'appelons tout entière à la liberté et à l'indépendance.

l'envoyé. Venise est prête à vous se onder, et nous osons espérer que vous ne refuserez pas votre concours à celle noble tâche. Permettez-nous de voir votre général avant les envoyés des cours étrangères.

EUGÈHE. Ma foi, je n'y vois pas d'obstacle... et toi , Junot?

junot. Ni moi non plus; au reste, je suis enchanté de trouver l'occasion de faire une campagne diplomatique contre le cardinal Busca et les plénipotcniiaiies de Naplcs et de Sardaigne... Le général va se rendre ici, profilez des dix minutes pendant lesquelles nous allons retenir le cardinal et ses alliés.

Junot et Eugène se retirent.

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