‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 165 sur 1577 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Précédées, LARREY.

BORAPARTB. Docteur, j'ai voulu vous voir, parce que vous êtes un homme de tète et de bon conseil. Vous connaissez la position de l'armée ; l'ennemi nous suit comme une proie que les fatigues, les maladies et le désert doivent lui livrer. De notre prompt retour au Caire dépend donc notre salut ; mais comment franchir l'espace qui nous sépare? Parmi nos soldats, beaucoup sont malades, un plus grand nombre craint l'épidémie, tous sont découragés. Dans cet'e position cruelle , plusieurs de nos généraux et des principaux employés de l'armée sont venus me trouver; ils m'onl donné le conseil, les uns d'abandonner nos malades, les autres de hâter la fin de leurs souffrances avec le secours de l'opium : que pensez-vous que je doive faire ?

larrey. Général, je ne jouerai point avec vous le sentiment ni la philanthropie, mais je vous dirai "out simplement que je pense absolument sur cet article comme Dégenettes, qui vous a déjà répondu qu'il était médecin pour 'iiérir et non p mr tuer.

Bonaparte. Mon cher l.arrey, je vous avais toujours regardé comme un homme de talent , vous êtes maintenant à mes yeux le premier chirurgien et le plus honnètehomme du monde. Non , nous n'abandonnerons pas ceux de nos malades qui pourront être transportés sans djnger de mort. Que dites-vous d'eux ?

larret. Quelques-uns sont en péril, mais tous craignent...

boxapaiite. Oui , ils se croient frappés sans ressource, l'armée partage leur terreur panique; c'est pour la détruire en partie que j'ai ordonné d'établir ici mon quartier général ; je veux faire plus, je veux voir bs pestiférés , je respirerai le même air qu'eux , je toucherai leurs plaies, non pour les guérir, comme les anciens rois de France (mon cher, ce soin vous regarde ), mais poui convaincre tout le monde du danger des préventions.

jinot. Quoi ! mon général , vous voulez...

1 1 serait uw témérité, et elle

pourrait nftus conter chéri tous. Au nom de

l'armée, général , au nom de votre famille, de ma mère...

i:w\ \i-\i.te Mon fils, ne plaçons pas nos affections au travers de nos devoirs: il faut aujourd'hui que nous soyons hommes et soldats , demain nous serons époux et p.

EUGÈNE. N'oubliez pas qu'une imprudence enleva Alexandre à la gloire et à la puissance à trente-trois ans.

Bonaparte. Oui, mon jeune philosophe, mais Alexandre avait rempli sa carrière, la mienne commence ; le monde était plein de lui , il ouvre à peine les yeux sur moi. Je ne terminerai point ici mes destinées , je sens en moi un avenir immense; je dois vivre pour la gloire de mon pays , et , j'o«e le dire , pour la postérité. Rassnrez-vous donc, mes amis, je ne mourrai point sur la terre d'Egypte... Docteur, faites transporter ici tous nos malades... Junot, que l'armée se tienne prête à. marcher... Eugène, que les portes soient ouvertes , afin que les soldats qui le désirent puissent pénétrer ici.

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