‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 175 sur 1577 · LE GRAND-JUGE, MOREAU · texte numérisé non relu

LE GRAND-JUGE, MOREAU

L#E grand-juge. Asseyez-vous, général, j'ai cru devoir à votre nom, à votre gloire, à vos services, une instruction plus libre qu'on ne l'accorde à un accusé vulgaire. Une grave accusation pèse sur vous, veuillez me donner les moyens de la détruire.

moreau. Je pourrais répondre à mes ennemis comme ce consul romain : Citoyens! à cette époque je sauvai la patrie, venez avec moi au Ca pi tôle, et allons rendre grâces aux dieux... Quelles sont les preuves de mes prétendus crimes?

le grand-juge. Des émissaires du gouvernement assurent que vous avez envoyé votre aide de camp 1 aj lais auprès du prétendant réfugié en Angleterre.

moreau. Quand la police accuse, la justice doit absoudre.

le grand-juge. Des personnes plus dignes de foi assurent que vous avez vu et reçu chez vous l'ex - général Pichegru , notoirement connu comme proscrit et conspirateur.

moreau. Dans nos discordes civiles, chacun a été à son tour au faite et au bas de la roue. Dumouriez, Carnot , Barthélémy, Lafayetle lui même, ont commandé les armées, gouverné la France, puis se sont vus exilés et bannis; les sentimens d'un honnête .homme ne peuvent être aussi variables que la politique. Je conviendrai donc que j'ai vu Pichegru, mais comme un ancien compagnon d'armes malheureux, et qui méritait ma pitié. Depuis quand est-ce un crime de voir et de secourir un proscrit ?

le grand-juge. C'est souvent une faute, et toujours une grande imprudence , il n'en faut pas davantage pour alarmer justement l'autorité.

moreau. L'autorité d'aujourd'hui pouvant être demain l'ennemie de l'autorité qui lui succède, comment puis-je éviter de blesser l'une ou l'autre?

le grand-juge. Des chefs royalistes , je citerai liouvel et I.ozier, ont dépi se de votre connivence avec Georges Cadou.lal, Jules et Armand de Polignac, Rivière et autres.

moreau. Tous ces noms me sont inconnus; parlez-moi de Souvarow, de .Mêlas, de l'archiduc Charles, et je pouirai répondre.

le grand-juge. Pouvez-vous pr ciser les diverses occupations qui ont employé votre temps les 4, 5, G pluviôse et jours suivans?

moreau. Ma vie intérieure est trop insignifiante pour que je garde le souvenir de ce que j'ai pu faire.

le grand-juge. C'est malheureux : vous comprenez, général, que tout accusé se tirerait facilement d'embarras, si des réponses comme les vôtres étaient admises Toutefois, quelles que soient celles que vous puissiez f.iire entendre devant le tribunal, veuillez les signer.

moreau , à part. Cet homme est un vrai juge; je craignais de trouver ici un Jelfries ou un Laubardt mont. Voyons, examinons ces papiers... Dans quel délaie me suis-je plongé! nulle issue pour en sortir! Ah! j'ai eu tort d'ouvrir mon aine à une jalousie si peu digne de moi : la gloire de Bonaparte ne détruisait pas la mienne!... Maudits soient mes amis et leurs imprudens conseils !

le grand-juge. Eh bien! général.

MOREAU. Monsieur, voici nies réponses écrites et signées.

le GRAND-JUGE. Avez- vous quelques demandes à faire ?

moreau. Je demande mes juges.

le secrétaire, entrant. Le tribunal est assemblé.

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