‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 182 sur 1577 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Prëcëdens, NAPOLÉON, État-Majou brillant.

napoléon. Soldats! c'est aujourd'hui la fête des braves, la fête de l'honneur, vous y êtes tous invités.

miscot. Oui, mais il n'y en a pas mal qui ne tàteront guère de la cuisine.

napoléon. C'est ta faute, ou plutôt celle de ta fortune : car tues un brave, toi, je te reconnais pour un homme d'Egypte... Comment se fait-il que tu n'aies pas obtenu une arme d'honneur?

miscot. Ah! dam! la fabrique allait peu de mon temps, et puis, comme vient de le dire votre Majesté , ce coquin de sort m'a toujours été contraire.

napoléon. Sois tranquille , le diable n'est pas toujours à la porte d'un pauvre homme.

miscot. Oh ! je l'espère bien ; d'ailleurs , j'ai encore plus d'une campagne dans le ventre.

napoléon. Et moi, plus d'une croix à donner. Va, tout s'arrangera, nous sommes gens de revue.

miscot. Et de parole, sire.

Musique militaire : les officiers portant des aigles montent sur l'estrade. Le ebancelier de la I.epion-d'IIonneur s'v place, tenant en main le casque de Bayàrd ; l'Empereur s'asseid sur son trône.

le chancelier. Au nom de' l'Empereur Napoléon , je proclame membres de la Légion-d'Honneur les généraux, officiers, soldats et citoyens dont je vais appeler les noms. Voici le serment que les légionaires doivent répéter après moi... Je jure fidélité aux lois de l'empire , à la patrie à l'honneur. Masséna, maréchal d'empire.

napoléon". Vainqueur de Zurich et de Rivoli, enfant chéri de la victoire, recevez le grand aigle que vous avez si bien conquis.

le chancelier. Michel Ney, maréchal d'empire.

napoléon. Je suis certain que l'ennemi verra de bien près la devise delà légion.

LE CHANCELIER. David, peintre!

napoléon, (.'est à l'Italie, la reine des arts, à nous < nvier maintenant. {Un voltigeur sort des rangs etioienX s'agenouiller sur l'estrade.) Quel est ton nom ?

L HOMME DU SIECLE

le soldat. Edouard Marcel.

le chancelier. Il n'est pas sur la liste.

napoléon. Que veux-tu ?

le soldat. Je veux la croix. On dit qu'on la donne à tout le monde.

napoléon. Moi, je ne la donne qu'à ceux qui l'ont méritée. L'as-tu gagnée, toi ?

le soldat. Non , sire , mais je la gagnerai.

napoléon. Je t'en fais l'avance. Songe que Masséna a commencé comme toi.

le chancelier. Lannes , maréchal d'empire !

napoléon. Les soldats t'ont surnommé le Roland de l'armée, sois toujours digne d'un si beau nom.

le chancelier. Eugène Beauharnais , colonel des guides !

napoléon. Celui que j'ai nommé mon fils sera toujours , j'en suis certain , également fidèle à la France et à l'honneur. (Au chance lier.) Au nom de tous ces braves , ajoutez celui d'un vieux soldat... Chancelier, appelez Pierre Miscot, grenadier de la garde impériale.

le chancelier. Pierre Miscot , grenadier.

miscot. Présent.

napoléon. Approche... mets-toi à genoux.

(Il lui donne la croix.) Tu vois que j'ai de la mémoire. Tu serviras d'exemple aux jeunes conscrits.

miscot. Et je vous promets, sire , d'en faire tuer plus d'un.

On entend le canon.

napoléon. L'Angleterre nous appelle! soldats , l'entendez-vous ?

tous. En avant!

napoléon. Faites avancer les porte-aigles. (Les officiers qui doivent porter les aigles s'approchent; l'Empereur les leur remet.) Soldats! vous venez de recevoir vos aigles, songez à les illustrer!

tous. Nous le jurons.

Un aide de camp arrive et remet des dépêches 'a l'Empereur.

napoléon. Soldats! l'or de l'Angleterre a triomphé encore une fois; l'Autriche vient de courir aux armes, et a envahi la Bavière. Les Russes s'avancent à marches forcées; courons à eux, il faut que cette campagne se termine par un coup de Tonnerre, et que la grande nation , libre d'entraves et desoins , puisse enfin glorieusemeut parcourir les nobles destinées qui lui sont réservées.

tous. En Allemagne !

Les officiers qui ont reçu les aigles les agitent, tous les regards se portent vers l'Angleterre. Tableau.

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