LA REINE , LE GRAND-DUC
le grand-duc. Vous ici , madame? Je vous avais cependant priée...
la reine. Je n'ai pu modérer mon impatience. Eh bien?
le grand-duc. Tout semble nous servir \ soit amitié, soit politique; Napoléon paraît recevoir favorablement nos insinuations. Je lui ai parlé du désir qu'aurait eu l'empereur Alexandre de nouer d'une manière indissoluble les liens d'une alliance durable. 11 m'a. aussitôt interrogé sur ma sieur, sur le carac tère de l'impératrice douairière.
la reine , vivement. Et que lui avez-vous répondu ?
le grand-duc. Que ma mère , de qui la jeune princesse dépend, avait encore certaines préventions contre la France.
la reine, il a dû comprendre que c'était contre lui.
le grand-duc. Sans nul doute ! cela nous donnera le temps de la réflexion.
la reine. L'empereur Alexandre consentirait-il à un tel mariage?
le grand-duc. Peut-être.
la reine. Prenez garde, prince, ne vous jouez pas à cet homme; il est effrayant de gloire et de puissance.
le grand-duc. J'en conviens ; mais j'espère prouver au conquérant, au héros, à l'aventurier, que, s'il nous a donné des leçons de guerre, il peut en recevoir de politique de ces Russes ignorans et barbares , qu'il dépréciait si bien dans son Moniteur.
la reine. Que dit-il de la Prusse?
le grand-duc. Il est toujours furieux contre vous; mais j'espère beaucoup de l'influence de mon frère et de la mienne. Les expressions de sa colère sont toujours les mêmes , mais le ton est déjà changé.
la reine. Le moment de me présenter à lui est arrivé.
le grand-dïc. Je réclame auprès de Votre Majesté l'honneur de lui donner la main; mais avant je désire que mon frère vous fasse part des dernières lumières qu'il aura pu recueillir. Venez , madame, les salons se remplissent déjà de monde... relirons-nous par cette galerie.
Ils s'éloignent.