‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 207 sur 1577 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

LE DOCTEUR, le bachelier SAMSON CARASCO, NICOLAS LE BARBIER, DOW RODRIGUEZ, la gouvernante NICETTA , la NIÈCE.

Ils sont assis et tiennent une sorte de conseil.

LA GOUVERNANTE. Décidément, monsieur le Docteur , le seigneur don Quichotte a le cerveau fêlé.

le barbier. Hier, quand j'ai eu fini de le raser, il m'a fait une belle frayeur, allez... H m'a dit que j'étais le Maure Abendaraëz; il a prétendu que mon rasoir était un cimeterre, et que je venais lui couper le cou... Là-dessus il a pris sa grande épée , et ma foi j'ai bien fait d'avoir de bonnes jambes.

nicetta. Mon pauvre oncle ! il est bien à plaindre!...

le babbier. Je le plaindrai , mais je ne le raserai plus.

le bachelier. Dans cet état d'esprit, sera-t-il disposé à entendre la proposition que je vous ai prié de lui faire , monsieur le Docteur , pour mon mariage avec la signora Nicetta, sa charmante nièce?

le docteur. Je crains que le moment soit mal choisi.

le bachelier. Le seigneur Don Quichotte était autrefois si sage , si sensé.

la nièce , au bachelier. Hélas ! pendant cette année que vous avez passée à Salamanque pour finir vos études , il a tout à fait perdu la raison.

la GOUVERNANTE. Et ce sont ces maudits livres de chevalerie qui lui ont brouillé la cervelle.

LA nièce. Dame Ilodriguez a raison... il est souvent arrivé à mon oncle de passer deux jours et deux nuits de suite à lire ces dangereux livres, et au bout de ce temps-là, il mettait l'épée à la main, et frappait à grands coups contre les murailles; il disait qu'il combattait contre quatre géants plus grands que des tours; alors, quand il était bien las, il buvait une grande tasse d'eau froide, disant que c'était une liqueur précieuse que lui avait apporté le sage Merlin , uu enchanteur de ses amis.

le bachelier. Voilà une singulière folie. le DOCTEUR. D'autant plus extraordinaire que sur toute autre ch i il est parfaitement sage.

LA GOUVERNANTE. Quel moyen croyezvous qu'il faudrait emploi er pour guérir mon digne maître?

le barbier. Moi , je le saignerais tous les matins. Évidemment c'ei I le sang qui lui monte au cerveau: ôtez le sang, il ne montera plus; le seigneur don Quichotte en mourra peut-être... mais il mourra raisonnablement.

le bachelier. Je crois qu'il faudrait dabord lui retirer tous des romans cjui lui ont dérangé la tête.

le docteur. J'y pensais depuis longtemps , mais comment faire ?. . .

la gouvernante. Jour de Dieu !. .. c'est bien facile!... il fa ut brûler tous ces excommuniés de livres comme autant d'hérétiques.

le bachelier. Le moyeu est violent, mais il est sûr...

le barbier. C'est mon opinion... le feu d'abord , puis après la saignée.

le docteur. A quel jour fixez-vous l'expédition ?

la gouvernante. Aujourd'hui, à l'instant même.

le docteur. Si don Quichotte rentrait.

la gouvernante. Il est allé chez Saucho Pança... Je ne sais ce qu'il peut dire à ce gros butor... mais il reste toujours des heures entières avec lui.

le bachelier. Les livres sont dans cette bibliothèque.

le barbier. Et ceux-là?...

nicetta. Ceux-là sont des livres de science, il ne les regarde plus. Oui... entrez là , mon ami , avec M. le Docteur , il y a du feu dans la cheminée, brûlez tout ce que vous trouverez. Dame Ilodriguez , Nicolas et moi nous ferons sentinelle.'

le docteur. Venez , il n'y a pas une minute à perdre , si nous ne voulons pas être surpris par don Quichotte.

LA GOUVERNANTE. Brûlez bien vite tout, monsieur le Docteur.

le bachelier. Oh! nous ne ferons grâce à personne.

DON QUICHOTTE

ENSEMBLE

Aiu : L'été, l'été, (des Lilas.)

Au feu, au feu,

Vite eu ce lieu

Il faut qu'on brûie,

Et sans scrupule, Les livres n'auront pas beau jeu, Sans pitié jetons tout au feu.

Le Docteur et le Bachelier entrent dans la bibliothèque.

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NICETTA

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