‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 230 sur 1577 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes la Duchesse, un Écuyer de la Duchesse, Chasseurs.

La Duchesse paraît montée sur une haquence blanche. Toute sa suite est à cheval.

D. Quichotte, à Sancho. Ami Sancho cours de ma part saluer cette belle dame , et dis-lui que le chevalier de la Triste Figure lui baise les mains.

sancho. Je crois la chose naturelle...

c'est ma foi une belle dame et bien habillée. A la bonne heure, voilà une bonne aventure ! (77 retire son bonnet, s'approche de la Duchesse et se meta genoux.) Belle dame, le chevalier que vous voyez là-bas dans ce coin s'appelle le chevalier de la Triste Figure. . Et moi je suis son écuyer Sancho Pança.

LA duchesse. Levez-vous, mon ami; il n'est pas juste que l'écuyer d'un chevalier tel que celui de la Triste Figure demeure ainsi à g< noux. Levez-vous, et allez dire à votre maître qu'il me fera beaucoup d'honneur et de plaisir, s'il veut venir à un château que j'ai près d'ici. (A son écuyer.) Tout ce qu'a projeté Bazile est-il prêt?

DON QUICHOTTE ET SANCHO PANCA

l'écuyer. Oui, madame la duchesse.

sancho, qui est retourné près de son maître. A la bonne heure, voilà comme j'entends les princesses... Elle n'a rien de faux celle-là ; du reste, monsieur, elle m'a chargé de vous dire qu'elle vous invitait, vous , Rossinante, le Grison et moi à dîner pour quelques jours de suite dans son château.

D. Quichotte. Je vais aller saluer cette dame. (Il s'avance auprès de la duchesse, met le pied à rétrier pour descendre. Sancho qui tient l'autre étrier, le quitte au moment joù don Quichotte s'appuie. La selle tourne, donQuic hotte tombe êntreRossinante et la haquenée de la duchesse; des chasseurs s'empressent de le relever. Sancho qui était tout à son âne n'a rien vu) Sancho ! Sancho ! sancho. Attendez-moi pour descendre monsieur... (Se retournant) Tiens! vous êtes par terre.

d. Quichotte. Butor!... pourquoi ne m'as-tu pas tenu l'étrier?...

sancho. 11 faut que je tienne l'étrier, il faut je tienne mon âne, il n'y a pas moyen d'y tenir.

la duchesse, à don Quichotte, qui s'est relevé. J'ai bien du déplaisir, chevalier, que pour la première fois votre seigneurie ait ainsi mis le pied sur mes terres.

sancho , à part. La princesse appelle ça mettre le pied!... le seigneur don Quichotte s'est assis sur ses terres.

la duchesse. Si vous voulez, seigneur chevalier, me suivre à mon château, vous y recevrez l'accueil qui attend toujours les chevaliers errants qui me font l'honneur de visiter ma petite cour.

sancho. Et moi, madame, suis-je de la société?...

la duchesse. Oui certainement, ami Sancho.

sancho. Je commence à me faire au métier; une princesse!... ça doit avoir une bonne cuisine.

la duchesse. Seigneur chevalier, veuillez vous placer près de moi...

D. Quichotte. Madame...

Ici un grand bruit se fait entendre.

sancho. Qu'est-ce qu'il y a encore ?

la duchesse. Que me veut mon page, et d'où vient son effroi ?. . .

le page. Madame ! madame ! tout est prodige et enchantement dans cette forêt. .. la route que vous voulez suivre est couverte d'êtres fantastiques entourant un char que défendent des démons, et dans ce char est une dame voilée que ces démons semblent tenir en leur pouvoir malgré sa volonté.

sancho. Comme l'heure du dîner approche, si nous prenions un autre chemin ? d. Quichotte. Y penses-tu?...

sancho. Je ne pense qu'à ça; et je vais passer devant, si on veut.

d. Quichotte. Madame, une infortunée est là qui réclame l'appui de mon courage, et je me dois à elle avant tout.

la duchesse. Je vois, chevalier, que vous êtes digne de la réputation que vos exploits vous ont faite!... mais le bruit approche, et tout nous annonce une terrible aventure.

d. Quichotte. A moi la première place !

sancho. Je ne demande qu'un petit coin.

On entend dans la forêt un bruit de clairons, des roulements de tambours et des cris sinistres. La nuit est arrivée. Des diables montés sur des chevaux traversent le théâtre en sens divers; des flammes brillent et s'éteignent. Don Quichotte s'est placé la lance en arrêt pour protéger la Duchesse. Sancho se cache sous son âne. Bientôt on voit paraître un char traîné par deux mules noires couvertes de caparaçons d'or. Sur ce char est Quitterie sous les traits de Dulcinée du Toboso couverte d'un long voile. Auprès d'elle, à sa gauche, est Bazile sous la' figure d'un vieillard à barbe blanche, vêtu d'une grande robe noire; à sa droite est une grande et belle dame portant une baguette d'or. Sur les autres parties du char on voit des Démons agitant leurs torches.

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