SCÈNE II
Les Mêmes, JEANNE MARTENS.
ULRICK
Juste ciel! manière!..
CLAES, à llrlck.
Ne te trahis pas !
(Il impose silence à Fridoîin.)
BAUDOUIN
Relevez-vous , bonne femme, et parlez-nous sans crainte.
JEANNE
Sire comte, je viens vous demander justice d'un lâche et infâme ravisseur.
ULRICK
Que dit-elle?
BAUDOUIN
Justice sera faite. Expliquez-vous.
JEANNE, d'une voix entrecoupée.
Ulrick, mon /ils bien aimé, venait de partir pour aller combattre en terre sainte. VoulanU appeler les bénédictions du ciel sur lui, Niocelle, sa douce et belle fiancée, Richard... mon autre fils, et moi, nous nous rendions, à travers bois, à l'hermitage de Sainte-Catherine. Le jour baissait, nous touchions au but de notre pieux voyage, quand tout-à-coup, un chevalier et deux hommes d'armes se présentent et nous barrent la route. Où donc vas-tu porter cette blanche couronne, ma gente jouvencelle, dit le chevalier àNiocelle tremblante?
ulrick, à part.
L'insolent !
JEANNE
A l'hermitage de Sainte-Catherine, répond la pauvre enfant, en se serrant près de moi. De si belles et si fraîches fleurs pour un vieil hermite, allons donc, c'est folie, dit alors le blasphémateur, et il s'en empare,
Misérable !
ulrick, avec rage.
claes, bas.
Prends garde !
JEANNE
Richard, le brave Richard, veut nous défendre... Il est accablé par le nombie et tombe blessé... Enfin, malgré mes cris, malgré mes larmes, Niocelle est arrachée de ir.es bras... ses ravisseurs ^entraînent et disparaissent bientôt à ma vue... Je me semais mourir... Et Richard... mon enfant... noble et digne jeune homme, il était là... perdant son sang, et sansforce... Que faire?., à qui courir?.. Où trou ver du secours?.. Ah! c'était à devenir folle!.. Enfin, le ciel eut pitié de mes angoisses... De bonnes gens qui revenaient de l'hermitage, m'offrirent leur aide, et porlft; ent Richard dans une chaumière voisine... F.t moi, alors... pleurant toujours... le désespoir dans lïiine... je courus brisée, haletante, vers ce palais, espoir et refuge des infortunés... J'arrive enfin!.. Oh! je puis espérer justice, maintenant, car Baudouin de Flandre m'a entendue.
BAUDOUIN
Oui, oui, je t'ai entendue, et malheur au fé-
lon !.. Il n'échappera pas au châtiment qu'il mé" rite, je le jure!., sais-tu le nom de ce misérable... l'as-tu reconnu?
JEANNE
Non, sire comte, la visière de son casque était '• et il faisait presque nuit... cependant., la tournure... la taille... la voix... peut-être, s'il était là, devant moi... Mais je me rappelle, ce doit être un des chevaliers réunis ici pour le tournoi... les bonnes gens qui ont secouru Richard me l'ont dit... oui, ils l'ont vu, après un ordre donné à voix basse à ses complices se diriger seul vers la route de Bruges... oui, oui, il doit être ici... il y est, sire Comte.
BAUDOUIN
Il suffit. Chevaliers, que ceux d'entre vous qui ne nous ont pas accompagné à notre retour de la chasse s'avancent, et se rangent devant notre trône. (Ce mouvement s'exécute.) C'est bien... maintenant, baissez vos visières. Cette femme va passer devant vous, et chacun à son tour lui dira : Est-ce moi?..
(Jeanne passe lentement devant les chevaliers, dont . chacun à son tour lui dit : Est-ce moi ? Ulrick, toujours retenu par Claes, suit cependant ce mouvement avec une vive anxiété.)
ulrick , quand sa mère a dépassé le dernier chevalier.
Que va-t-elle dire?
Baudouin, à Jeanne.
Eh! bien?..
JEANNE, avec accablement.
Je ne l'ai pas reconnu.
ULRICK, prenant le mors magique.
Oh ! mais, il faut pourtant que je le connaisse» moi : je le veux !
NMWWMiiiWNwMMetMaWWMMeiiNMNNNMilNI*
Les MÊMES, ZAMBA, un Ecnyer, ZISCO.
(La fenêtre s'ouvre avec fracas et Zisco saute dan* la salle, monté par Zamba qui crie et se tient i> sa crinière. Arrivé au milieu du théâtre, Ziscc fait une ruade et jette à terre Zamba. Etonnement général.)
BAUDOUIN, à Zamba qui s'est relevé confus. Bouffon, prends garde ! tu abuses du privilège de folie! (Al'Ecuyer.) Que sVsl-il passé, voyons?
l'écuyer.
Le page de sire Arundel, en faisant devant Zamba l'éloge du merveilleux instinct de ce cheval, avait dit que si quelqu'autre que son maître essayait de le monter, il supposait qu'on voulait le voler et il emportait aussitôt le voleur devant le chevalier. Zamba a voulu savoir si cela était vrai, et maintenant il n'en peut plus douter.
(Zamba appuie celte explication par ses sigues.)