‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 332 sur 1577 · ULRICK, FRIDOLIN · texte numérisé non relu

ULRICK, FRIDOLIN

ULRICK

Mon bon maître !

FRIDOLIN

Votre bon maître... Oui, prenez voire petit air câlin, à présent!., ça vous va bien, après' le tour affreux que vous m'avez joué !.. Je n'ai rien voulu dire devant votre mère, pour ne pas la chagriner... mais oubliez-vous que je reviens de la lune, mauvais sujet?

ulrick, souriant.

Non, certes, je ne l'oublie pas... votre voyage me coûte assez pour cela ! Mais comment êtesvousre\enu ?

FRIDOLIN

Parbleu ! comme j'étais parti, avec ces oies du Diable.

ulrick.

Il y a donc déjà vingt-quatre heures que mon vœu fatal?.. 4

Non, en revenant, nous avons gagné une heure sur la route... en descendant, tu conçois, on va toujours plus vite.

ulrick.

Et ou êtes vous descendu, enfin ?

fridolin.

Tu ne t'eq douterais jamais!,, fmagiue-toi

que mon attelage emplumé, après avoir tournaillé de toits en toits pendant quelques minutes, m'a lâché juste au-dessus d'une énorme cheminée, et je suis tombé... où?., chez la bohémienne Djina.

ULRICK

Chez Djina?

FRIDOLIN

Juste... Une très digne femme, que j'avais mal jugée dans le temps... car elle ne veut que ton bien et t'aime beaucoup, la pauvre créature, j'en suis sûr maintenant.

ULRICK

Comment cela?

FRIDOLIN

D'abord c'est elle qui m'a annoncé que ta avais rompu ton pacte diabolique.

Ah! c'est elle?

FRIDOLIN

Oui... et puis elle m'a donné encore, à ton sujet, d'autres bonnes nouvelles, dont elle paraissait toute joyeuse, à cause de toi.

ULRICK

Qu'est-ce donc?

FRIDOLIN

La première, c'est que Richard...

DLRICK.

Richard?

FRIDOLIN

Est décidément reconnu et proclamé Gis et héritier de notre redouté comte de Flandre.

TJLRICK.

Je sais cela.

FRIDOLIN

Ah! tu le sais... Et sais-tu aussi qu'il a demandé ta grâce à son père ?

ULRICK

Lui?.. C'est donc lui ?..

FRIDOLIN

Sans doute... il a dit à son auguste père que qu n'étais certainement qu'un fou.

11 a dit cela?

ULRICK

FRIDOLIN

Oui; mais que la leçon que tu viens de recevoir suffirait certainement pour te guérir..... Mais pourquoi marches-tu donc ainsi?... on dirait que tune peux pas tenir en place... Qu'estce que tu as, voyons ?

ULRICK

Rien, rien... poursuivez.

FRIDOLIN

Je poursuis... mais tiens-toi tranquille... Il retournera dans son village, a ajouté Richard; il y reprendra son modeste état et ses habits de

bure, bien convaincu désormais qu'il n'a rien de plus à prétendre.

ULRICK

li a dit encore cela?

FRIDOLIN

Sans doute il l'a dit... Oh! c'est un homme très sensé que Richard !

ULRICK

Oui, très sensé... et très charitable pour moi, surtout!..

FRIDOLIN

A propos, une autre bonne nouvelle... C'est encore la bohémienne qui me l'a donnée... Imagine-toi qu'il ne s'agit plus seulement de la principauté de Flandre pour Richard... il va peutêtre devenir roi !

ULRICK

Roi!

FRIDOLIN

Ça paraît d'abord un peu extraordinaire , incroyable même ; mais nous vivons dans un temps où il ne faut s'étonner de rien.

ULRICK

Achevez , achevez !

FRIDOLIN

Voilà ce que c'est... la bohémienne m'a très bien expliqué tout ça... Un jeune enfant, le fils de l'empereur Baudouin de Constantinople, oncle de notre Baudouin de Flandre, a été enlevé par des pirates, qui le gardent comme otage, et l'ont caché dans un de leurs repaires les plus éloignés... Suis-moi bien... L'empereur, au désespoir... et c'est bien naturel; car enfin, quoiqu'empereur, on est père... L'empereur donc, au désespoir, promet ses droits au royaume de Damas , et une armée pour le conquérir, au chevalier qui pourra retrouver son fils et le lui rendre.

ULRICK

Mais où chercher cet enfant?

FRIDOLIN

Où le chercher? Sans doute... c'est ce que tout le monde disait, c'est que disait liiehard Lui-même.

Eh bien?..

FRIDOLIN

Eh bien, c'est encore la bohémienne qui les a tirés d'embarras... Cherchez-le en Islande, at-elle dit, et vous l'y trouverez.

ULRICK

En Islande?

FRIDOLIN

Oui, sur la côte la plussauvage.au milieu des glaces, et sous la garde de Han , le plus féroce et le plus intrépide de ces brigands... Dès qu'il a su cela : Va, mon fils, a dit le comte à Richard, à toi cette entreprise, et la couronne qui doit en être le prix,

ulrick, à part.

Richard roi!., et moi, moi!... misérable vassal !..

PRILOLIN.

Nous autres, nous nous en retournerons tran quillement au moulin... et pendant qu'il trône • et fera des lois, nous referons de la belle et bonne farine... Chacun sa mouture.

ULRICK

Oui , c'est ce qu'il veut, lui !.. mais non, non, je ne subirai pas cette honte !

FfilDOLIN.

Hein ?.. Qu'est-ce qu'il lui prend encore ?

A moi , Claes, à moi !

(Claes paraît sortant d'une trappe et tenant le mors magique à la main.)

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