‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 337 sur 1577 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, CLAES.

Eh bien! Claes, quelles nouvelles?"

CLAES

Mauvaises, maître, mauvaises Il faudra

peut-être renoncer à l'entreprise!

ULRICK

Y renoncer ?

FRIDOLIN

C'est la première fois de sa vie qu'il dit quelque chose de raisonnable Allons nons-en.

cl kick.

L'enfant impérial n'est-il pas dans cette tour?...

CLAES

Il y est.

ULRICK

Sous la garde de Han, le bandit ?

CLAES

Sous sa garde.

ULRICK

Et il a refusé de le rendre ?

CLAES

Il a refusé... Je lui ai cependant offert la vie sauve pour lui, et tout l'or que nous portons avec nous... C'est avec ses chefs, dit-il, qu'il faut traiter de la rançon de son captif... Quant à lui, il ne sait qu'obéir, et il se défendra.

ULRICK

Il a donc avec lui nombreuse garnison ?

CLAES

Il est seul... et pourtant il défie tes efforts... Une seule porte donne accès dans la tour. Cette porte s'ouvre du côté de la pleine mer, et elle est toute bardée de fer et d'une telle épaisseur, qu'il faudrait la machine de guerre la plus formidable pour la renverser... Han sait que les glaces amoncelées de l'autre côté du cap ont empêché notre vaisseau de le doubler... Il espère que nous serons retenus là pour quelques mois, et qu'une fois nos provisions épuisées, la faim et le froid viendront à bout de nous sans qu'il s'en mêle.

ULRICK

Que faire donc?

FRIDOLIN

Allons-nous-en.

ULRICK, sans l'écouter.

Voyons... Ces fortes chaînes de fer qui lient le sommet de la tour à ce rocher, ne peuventelles nous aider à atteindre la plate-forme?... et une fois là...

CLAES

Le reste serait bientôt en notre pouvoir, oui... mais ces chaînes, dont l'intrépide bandit se sert pour communiquer avec la terre-ferme, il n'a qu'un ressort à toucher pour les faire à l'instant tomber à la mer et y précipiter avec elles tout audacieux qui tenterait d'arriver à lui par leur moyen... et nul autre que ce misérable d'ailleurs ne pourrait se hasarder sur pareil pont sans être pris de vertige et tomber dans l'abîme avant d'en avoir franchi la première moitié... Tenez, maître Fridolin, je vous en fais juge vous-même, passcriez-vous là-dessus?

FRIDOLIN

Moi?., par exemple!., la tête me tourne déjà, rien que d'y penser... Allons-nous-en.

ULRICK

Non, mille fois non !.. Nous allons retourner au vaisseau, et pendant qu'une partie de nies hommes-d'armes briseront les glaces pour ouvrir un passage qui pérméttfa de doubler le cap, nous, nous reviendrons ici avec un bélier et le

bois nécessaire pour construire un radeau

Par ce moyen nous pourrons aborder la tour de ce côté et la battre en brèche Au vaisseau !

TOUS

Au vaisseau !

ULRICK, à Fridolin.

Venez-vous avec nous, maître?

FRIDOLIN

Puisque vous devez revenir, ma foi non... j'aime mieux vous attendre auprès de ce bon feu... Laissez moi seulement Guillaume et Zisco pour me tenir compagnie, et me sauver, si ce monstre de pirate faisait une sortie î

Soit. (Aux autres.) Plus de retard, partons!

(Ils gravissent les rochers à droite et disparaissent tous. Fridolin reste seul avec Zisco sur la plateforme du premier rocher).

FRIDOLIN, seul, s'asseyant près du feu.

Plus de doute, mon pauvre élève a de nouveau le diable au corps, et me voilà condamné à perpétuité aux aventures et aux caravanes à

sa suite!.. J'y laisserai mes os, bien sûr

Voyons, que faire en tes intendant?... Si je

non, autre chose... Chaînions-nous d'abord, et puis... Mais qu'est-ce que j'ai donc?... mes yeux se ferment malgré moi... je ne sais pas au juste ce que c'est... mais ça ressemble beaucoup à une envie de dormir... ah ! mais oui !.. c'est

ça... c'est Zisco... veille pour nous deux,

mon garçon... entends-tu... moi... je... Bonsoir, Zisco... (A ce moment on voit plusieurs ours hlancs paraître derrière les rochers du fond et s'avancer sur la glace. Ils font entendre un long grognement). Qu'est-ce qui ronfle donc comme ça ?.. ça ne peut pas encore être moi... et puis je n'ai pas la voix si basse... (Les ours plus rapprochés font entendre un nouveau grognement.) Encore î.. C'est donc toi, Zisco?.. Ali! tu dors aussi... Bonsoir, Zisco... (zisco se débat, brise sa longe et hennît.) Tais-toi donc!.. A-t-il le sommeil agît*, c:;l animal-là ! (Il se retourne de l'autre côté, Zisco. vient le réveiller.) Hein?... qu'est-ce que c'est?.. Miséricorde ! des ours!... C'est fait de moi!.. Comment leur échapper!... Ah! je sens craquer mes os d'avance!... Ils approchent... sauvons-nous! (Il gravit avec peine les rochers et atteint le plus élevé; pendant ce temps, les ours se sont jetés à l'eau et ont nagé ; puis ils arrivent à la plate-forme et semblent chercher.) C'est ça, les voilà qui me cherchent... qui me flairent de loin... Ils tenaient à manger du savant, ces animaux-là!.. Ah! je crois qu'ils ont vu Zisco... oui... à la bonne heure... voilà leur affaire!,.. (Au moment où les ours s'appro-

chent de Zisco, il se retourne vers eux, et ses naseaux lancent des flammes, ce qui les met en fuite.) Hein? qu'essec- qae c'est?., les voilà en déroute ! (11 redescend des.rochers. ) Bravo, Zisco !.. .Mais où diable a-t-il donc pris le feu qu'il leur à ainsi jeté au nez?.. C'est égal... nous ne serons mangés ni l'un ni l'autre, voilà l'essentiel... et ça me fournira un fameux chapitre pour l'histoire de nos voyages... (il prend ses tablettes.) Combien y avait-il de ces terribles carnivores, voyons?.. Ils étaient bien cinquante pour le moins, n'est-ce pas, Zisco?.. Allons, pour ne pas me tromper, écrivons que seul, avec Guillaume et Zisco ,j'ai, par mon courage et mon sangfroid, mis en fuite cinq cents ours blancs de la mer glaciale !.. Cinq cents, c'est peut-être beaucoup pour deux, mais c est toujours comme ça qu'on écrit... les voyages... Ah! voilà les autres... Dieu soit loué!

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