‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 353 sur 1577 · ULRICK, JEANNE MARTENS, NIOCELLE · texte numérisé non relu

ULRICK, JEANNE MARTENS, NIOCELLE

(Jeanne est calme et serre la main de Niocelle, en lui montrant le ciel, comme pour lui communiquer son courage. I Irick a la tCte baissée et se détourne, n'osant regarder sa mère. Enfin il fait un effort, et se tourne vers elle en tremblant, et semblant attendre qu'elle lui parle.)

ulrick, d'une voix entrecoupée.

Vous ne me dites rien, ma mère ?

JEANNE MARTENS

J'attends que l'apostat m'ordonne lui-même de renier comme lui mon Dieu, ou de mourir.

ULRICK, d'un ton suppliant.

Ma mère !..

JEANNE MARTENS

Tes bourreaux sont-ils prêts, infâme? nous attendons, te tlis-je !..

ulrick, tendant vers elle les mains.

Pitié, ma mère !..

JEANNE MARTENS

Pitié pour qui?.. Qui donc ici m'ose appeler sa mère?.. Suis-je mère du parjure, de l'homicide, du maudit?.. Non, je n'ai plus de fils... je n'ai plus qu'un enfant au monde : cette pauvre jeune fille, trahie, abandonnée comme moi!.. Oh ! comme elle l'aimait aussi , la pauvre enfant!., elle l'aimait... à donner connue moi sa vie pour racheter ses crimes!.. Et quand à la malheureuse fiancée, outragée, méconnue, un autre amour s'est offert, l'amour d'un cœur noble et grand, avec des richesses, des honneurs, un trône aussi peut-être...

Ma mère!..

Richard ?

niocelle.

ULRICK

JEANNE MARTENS

Oui, Richard, qui l'aimait plus et mieux que lui, et qui avait long-temps caché, sacrifié cet. amour à l'amour de son frère... Quand Richard enfin lui a dit aussi : « Niocelle, je t'aime ! — Moi, j'aime Ulrick, a-t-elle répondu. — Mais Ulrick t'a trahie, il est coupable... — Ulrick est malheureux ! Voilà encore sa réponse.

ULRICK

Malheureux!.. Oui, je suis malheureux!..

Niocelle a dit vrai, ma mère.

JEANNE MARTENS

Nous sommes parties toutes deux alors pour le chercher, le sauver encore... Pour te le redemander, mon Dieu ! sur le tombeau de ton fils!.. Et quand nous arrivons, le corps brisé par la fatigue, les pieds meurtris par les pierres de la route, la poitrine desséchée par les vents enflammés du désert, n'ayant plus qu'une seule force, notre tendresse, qu'un seul espoir, son

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saiut... la vérité, L'horrible vérité vient nous frapper toutes deux au cœur : l'Enfer l'emporte, Ulrick est apostat !

NIOCELLE, à Jeanne Martens.

Voyez, voyez, mu mère, il pleure !

ULRICK

Vous ne savez pas, vous ne saurez jamais, ma mère, tout ce que j'ai souffeit, tout ce que je souffre en ce moment!.. Ecoutez-moi... Pour in 'élever et me venger, j'ai tout tenté, toutbravé sans remords et sans peur... Mais il e^t un malheur qui serait au-dessus de mes forces, un malheur qui me tuerait!.. Le peuple entraîné, fanatisé parles Imans peut revenir ici me demander votre supplice !

JEANNE MARTENS

Eh bien ! je te l'ai dit, toutes deux nous sommes prêles.

Vous mourir!., mon Dieu!.. Mais vous ne voyez donc pas que je tremble, que je pleure !.. Vous ne voulez donc pas comprendre qu'au milieu de toutes ses fautes, de tous ses crimes, l'apostat, l'impie, le parjure a gardé du moins une vertu, l'amour de sa mère!.. Vous ne savez donc pas que ce rang, ces richesses, cette puissance, qui m'on coûté mon âme, je lesdonnerais pour sauver votre vie!.. La nuit approche... il faut fuir...

JEANNE MARTENS

Fuir?.. Mais tu fuiras donc aussi, toi?

ULRICK

Moi ?.. je ne le puis... il faut que ma destinée s'accomplisse : Je reste.

JEANNE MARTENS

Tu restes... soit... nous resterons avec toi alors.

ULRICK

Mais c'est vous perdre!..

JEANNE MARTENS

Qu'importe!.. C'est pour le salut de ton âme que nous avons affronté la mort... pourquoi la fuirions-nous, si nous ne te sauvons pas!.. I\épends-toi, malheureux, descends de ce trône, où le crime seul t'a porté, où tu ne peux rester que par le crime ; reviens humble et soumis au Dieu que tu as renié... alors, nous pourrons, nous voudrons vivre encore, vivre avec toi. pour toi...

NIOCELLE, suppliante.

JEANNE MARTENS

Si ton orgueil a trop à souffrir de ta chute, eh bien! nous fuirons les yeux du monde; nous irons tous trois dans quelque retraite lointaine, ignorée... Là, tu passeras en paix près de nous, les années que le ciel te réserve encore... Tu prieras avec nous et Dieu te pardonnera... Ta mère, ta mère n'aura plus pour toi que tendresse

et bénédictions. .. Ta fiancée, ta femme... Ah! comme elie t'aimera toujours, la pauvre enfant, et comme elle sera heureuse de ton amour!.. Toi... eh bien ! toi, tu puiseras ton bonheur dans le noire!.. (Lui prenant la main.) Oui, tu seras heureux aussi, mon Ulrick, va, crois moi!.. Tu hésites encore!

ULRICK

Non, ma mère, non, vous m'avez vaincu ! Le ciel vous inspirait... (il baise sa main et passe entre elle et Niocelle.) Auprès de vous, auprès de Niocelle, mon bon ange, oui, je vous crois, je puis encore être heureux!.. Partons... La draperie de ce trône masque l'entrée d'un passage souterrain qui conduit jusque hors la ville... Venez.

(Il se dirige vers le trône; à ce moment, Claes entre en soulevant les draperies du fond, avec l'aga et plusieurs autres guerriers.)

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