SCÈNE PREMIERE
FRANCE, VICTOR. (Victor écrit à une table, France est appuyée sur son épaule; on est dans un salon donnant sur un jardin par une espèce de perron.) France. As-tu fini?
victor. Oui, chère sœur, voici les nouvelles d'aujourd'hui.
France. Et qu'est-ce que toute cette autre liasse, à laquelle je te vois travailler depuis près d'une semaine ?
victor. Ecoute bien ceci, chère sœur;
c'est de la besogne faite d'avance dans la
prévision d'un voyage qui n'aura peut-être
pas lieu.
france. D'un voyage?
victor. Oui, il est possible que je sois
*orcé de m'absentcr pour quinze jours, pour un mois, pour deux mois peut-être?
France. Pour deux mois ! toi ! Victor, nous qu tter, quitter mon père!
Victor . Rien de moins certain que ce voyage, France, et cependant comme je te le dis, il rentre dans certaines possibilités. Eh bien voici pendant deux mois, jour par jour, les nouvelles que tu peux lire à mon père, je n'ai pas besoin de te recommander, n'est-ce pas chère sœur, dans le cas où je serais obligé de partir, de veiller autour de lui pour nous deux; de ne laisser approcher aucune personne sans que cette personne soit prévenue qu'il ignore tous nos malheurs.
France. Sois tranquille, du moment que nous avons commencé à le tromper, pauvre père, il faut le tromper jusqu'au bout. Mais où vas-tu donc ?
Victor. Tu m'excuseras, n'est-ce pas France, si je refuse de te le dire ?
France. C'est donc un secret ?
VICTOR. Oui.
FRANCE. Tll SOrS?
victor. Je vais faire un tour du côté des grottes de Sassenage avec mon fusil.
France. Tu ne m'en voudrais pas, Victor si je te disais que depuis quelque temps tu m'inquiètes.
victor. Non; mais je te demanderais d'où vient cette inquiétude.
France. Victor, nous vivons dans un temps où tu admets bien, n'est-ce pas, qu'il y ait heu de craindre ?
victor. A quel propos?
France. Mais à propos de politique; on sait l'attachement de notre famille à l'Empereur. Le gouvernement est ombrageux.
victor. Eh bien?
France. Eh biui, Victor, ces parties de chasse, aux Mathésines, au Val Jouffré, aux lacs de la Fray, ces parties qui durent deux ou trois jours, ces absences fréquentes dans le passé, cette absence plus longue encore, dont tu nous menaces pour l'avenir. Victor, j'ai peur que tu ne te mêles à ces complots dont nous entenrlons parler tous les jours. Victor, j'ai peur que tu ne conspires.
VICTOR. Embrasse-moi, France. ( France l'embrasse. ) Tu es folle. ( 11 prend son fusil et sort. )