SCÈNE XII
Les MÊMES, BARRAS, PERMONT, LE- GENDRE, JUNOT, D.VNTEL, TALMA, ALBERT, LAI RETTE, M'"" TALLLEN, deux Conventionnels, Invités, etc.
LAURETTE. Maman, maman, toute la s iciété est arrivée ; M. Daniel va nous faire danser ici...
itl"e permont. Ici?... Y penses-tu? Non. Plutôt dans le pavillon du jardin.
L AU RETTE. Ah! oui... c'c.^ cela... (Elle va donner des ordres à Antoine et à Marianne au fond.)
barras. Eh quoi! madame, vous vous dérobez aux plaisirs que vous nous prodiguez?... Ei! mais, Dieu me pardonne, c'e^t l'heureux Bonaparte qui vous retenait ici... Ah! ah ! jeune homme !
M""' PERMONT. Oui, il me demandait des nouvelles de la Corse... Vous savez... entre compatriotes...
M"" TALLIEN. Ah ! il est Corse?
dantel, entrant. Tiens, le voici... Eh! bonjour, mon cher élève... Je t'ai perdu (Je vue ce matin... m.ds tu peux être suide ces jours... (Bonnparte lui tourne le dos. A part.) Toujours la même conversât! n !.. .
MARIANNE, entrant au fond. I,a chaise (' • poste de monsieur Talma est à la porte il l'hôtel.
talma, à madame fermant. Merci, madame, du plai-ir que j'ai trouvé ici...
barras. Vous allez le rendre aux autres ;
allez, et revenez-nous c u.ert de nouveaux
lauriers. (Musique au fond.) Eli bien! belle
, ',1!:" Laurette s'impatiente; l'orchestre
a donné le signal.
BONAPARTE
junot, n'approchant de Laurette. Mademoiselle...
M"" permont, bas à Bonaparte, d'un ton suppliant. Mon ;imi. ..
Bonaparte. Allez, madame Permont, allez!. .. (Barras offre son brasà Mme Permont; tout le monde se dirige au fond vers le jardin. )
BONAPARTE, TALMA. (Musique au fond pendant toute celte scène.)
Bonaparte. Talma... un mot, je vous prie...
talma. Que me voulez-vous, mon ami?
n:; aparté. Vous quitte?. Paris?
talma. A l'instant même.
Bonaparte. Où allez-vous?
tai.ma. A Marsi ille, où je commence mes représentations clans huit ou dix jours...
iîONapakte. Vous parlez seul? •
TALMA. Oui.
Bonaparte. Votre chaise de poste est sans doute asst z grande pour emmener un compagnon de voyage?...
talma. Serait-ce vous? bien volontiers, mon général; il y a peu de temps que je vous connais; mais, franchement, vous me plaisez.
Bonaparte. Et vous aussi ; j'ai confiance en vous.. Un grand artiste, c'est une grande âme. Ce n'est pas moi qui veux partir, mais il y a là quelqu'un...
TALMA. Un ami?
BQNAPARTE. Oui .. un ami... de MD,C Permont... un compatriote qui court quelques dangersà Paris... Vous rendriez service à cette dame. .. à moi-même...
tai.ma. Je suis tout prêt.
Bonaparte. Merci... Vous ne le connaissez pas. ..
TALMA. Soit ! Je ne le connaîtrai jamais !.. . Mais ou le prendre?
Bonaparte. Ici... Montez en voiture, il va vous suivre...
talma. C'est bien... Adieu.
BONAPAHTE. Adieu! (Talma s'éloigne.)
Bonaparte, ouvrant la porte à droite, Salicetti !
salicetit, paraissant. Bonaparte!... Je suis perdu !...
BQNAPARTE. Suivez Talma. .. Montez dans sa voilure. .. Voici le passepoi l de mon frère...
SALIÇETTI. kh 9*>0i ?
Bonaparte. Pas un moi!... Allez!
salicettI, à part. Toujours cet homme!
(Ils éloigne.)
M™8 permont, entrant au fond. Vous avez sauvé votre ennemi?
Bonaparte. C'est vous que j'ai sauvé", madame !...
Quatrième Tnblesss.
L'HÔTEL MIRABEAU, CHEZ ROUGhT
Uoe mansarde : quelques chaises, une table, sur laquelle sont des livres et des cartes de géographie ; une armoire, une petite cheminée, une petite porlE au fond ouvrant sur le carré; une autre p tite port" à gauche, donnant sur un cabinet.
BONAPARTE, seul.
( Il sort du cabinet à gauche, il est vêtu très-simplement, il marche à, pas lents, et va s'asseoir devant la table. )
Il est temps de me remettre au travail... Ah! c-tte lettre de ma mère... toujours sous mes yeux pour me donner du courage ! ' // lit. ) « Mon cher fils, tes sœurs et moi nous » ne sommes pas heureuses, mais nous sa- » vo»s vivre de peu... tâche de nous envoyer » quelque argent pour passer la mauvaise sai- » son. Courage, mon fils, tu as un beau grade, » un bel avenir. » (S' interrompant et regardant autour de sa chambre.) Un bel avenir « Je te considère aujourd'hui comme » l'aï é rie la famille; c'est sur toi (pie repose » tout notre e p-ir. Marseille., 13 fructidor. » Lcetitia Bonaparte. » il y a riéjii un m is
que celte lettré m'est parvenue j'ai
envoyé alors le peu d'argent qui me restait. .. mais cela a-t- il pu leur suffire? Leur écrire, à quoi bon ? parlerai-j encore de mes
espérances? ils m'ont tout enlevé, ces
hommes, tout... jusqu'à ce chétif eepoi... Ah! pauvre Napoléon, qu^ sont devenus te* rêves?... et pourtant! .. (Il se frappe I" front, et reste ensuite absorbé la tête «ppw/ée sur ses mains. )