SCENE V
BEAULIEU, WUKASSOWICH , LIPTAI, D'ARGENTEAU, LIPPANI, Deux Généraux. (La tente se referme.) beaulieu, aux généraux. Prenez place, messieurs... Avant de commencer l'exécution de mon plan de campagne, j'ai voulu vous faire part de mes projets et vous demander votre avis... Voici la situation :Nous avons trente-huit mille Autrichiens, et pour alliés, vingt-deux mille Piémontais, sous les ordres de Golli... Gontre nous, l'armée française, au milieu de laquelle le Direetoire vient d'envoyer un général de vingt-six ans, un enfant qui débute et qui va probablement se rendre fameux par quelque incartade stratégique... Je ne le crains pas; mais il aura autour de lui quelques officiers qui se sont formés dans les précédentes campagnes contre nous. Or, la prudence doit conseiller le courage, et il ne faut jamais se laisser prendre au dépourvu... Il est inutile de le dissimuler, nous sommes peu d'accord avec les Piémontais, et il arrive que Colli veut couvrir le Piémont, tandis que moi je veux aller sur Gênes, pour me maintenir en communication avec les Anglais. Golli agira à son gré; quant à moi, je suis ma route, et je marche , combinant mes opérations avec vous, d'Argenteau, avec vous, Liptaï, avec vous, Wukassowich et nos autres généraux, pourvus déjà de mes instructions... M'approuvez-vous ?
d'abgenteau. Sans réserve?
liptaï. Que craignez-vous, général? L'armée française ne tiendra pas un mois entier sur nos chemins et dans nos vallées.
lippani. Prenez garde ; vous pourriez vous tromper.
beaulieu. Lippani, c'est vous, au contraire, qui êtes dans l'erreur. Voyez donc à qui nous avons affaire : un général qui, pour la première fois, va se trouver en rase campagne, une armée indisciplinée, qui manque d'argent, de vivres, des ressources les plus indispensables, de tout enfin !...
liptaï. Leur drapeau même est pauvre
comme leurs vêtements; c'est une étoffe si
grossière, que le vent, dirait-on, ne daigne
pis le faire flotter.
lippani. Ah! messieurs, je respecte votre
IJONAPAKTF.
savoir, votre expérience; mais je ne puis en-
c ri - "" i>s musions... Je ne ci
pas, mai j prévois, et je vous annonce que tôt i»ii lard vous apprécierez \<>s ennemis. [Les Généraux rient. Riez, messknn, mais regardez I .. Ce drapeau à L'étoffe grossière, le roilà qui depuis quatre ans va se planter tour à tour au sommet des Alpes, aux bords du Rhin et le long des fleuves de la Hollande ; (•'•s soldais mal équipés ont repoussé le roi de Prusse, pris Mayenc»1, envahi des capitales, dispprsé les plus vaillantes armées de l'Europe.
beaulieu. Excepté la mienne , jeune homme.
lippani. Excepté la votre, général; et si pareil malheur devait vous arriver, je me ferais luer pour ne pas en être témoin.
d'akgentlau. Et si Beaulieu tombait, ce qui ne sera pas, nous serions là, n >us, et* à notre tour, nous essayerions de le remplacer.
lippani. Oui... mais ne méprises p s vos ennemis, ne méprisez pas Masséna, Augereau, Laharpe, Bertbier, et surtout celui qui les commande... S'il est bien jeune, s'il n'a pas encore conduit des armées, bi son apparence physique a quelquefois appelé vos épigrammes, eh bien, quand je me souviens de ce qu'il a fait depuis s m entrée en campagne, franchissant les Alpes avec ces soldats indisciplinés, w I vêtus, ces guenillards, comme vous les appelez, alors, je ne ris as, mo , et je me dis que le moment est venu peut-être où l'Autriche et l'Europe vont se heurter contre un grand capitaine.
BEAULIEU^ Soit; mais avant qu'il n'ait grandi, nous aurons balayé de l'Italie et son année et toutes celés qui pourraient venir en ore y tenter la fortune. (Humeurs au dehors.) Qu'est-ce donc?
LIPPANI, qui a soulevé la draperie. Général, c'est un capitaine de hulan qu'un grand nombre de soldats escorte avec curiosité et qui, si j'en juge par son cheval, a fait une course bien pénible et bien rapide.
beaulieu. Que signifie... (Mouvement vanni les Généraux ; un Capitaine de hulans entre et s'arrête au seuil de la porte.)