‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 498 sur 1577 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

BONAPARTE, puis II \OT, puis NADDI, et une Suivante.

Bonaparte. Qu'y a-t-il donc, Junotî

ji not. Une capture assez singulière, général; une voiture passait à quelque distance des avant-postes, et allait d'un train qui l'a rendue suspecte. On a couru dessus, et on a reconnu la voiture de Beauliei', que nos soldats ont vu si souvent transporter le général autrichien.

Bonaparte. Beaulleu !. .. serait-ce lui?

JiNOT. Non; l'on n'a trouvé dans cette voilure que des femmes... les voici. [Naddi entre avec une suivante. )

Bonaparte. Approchez, madame.

NADDI, le reconnaissant. Bonaparte.

BONAPARTE. Nadtli! (A part.) Singulier hasard ! ( Haut. ) Oui nous eût dit que nous rous retrouverions ainsi?... Et votre mère, mademoiselle?

naddi. Morte !

Bonaparte. Pardon... elle est avec Dieu; car c'était une de ses plus dignes créatures. Vousè;es donc seule au inonde?

naddi. J'étais auprès de mon oncle, dont l'affection pour moine s'est jamais démentie.

BONAPARTE. Vous méritez si bien qu'on VOUS aime... surtout pour vos venus! Et comment SB fait-il que le sort vous ait ainsi conduite au milieu de mon armée ?

naddi. Je devais d'abord aller à Gènes, pour y épouser un jeune seigneur piémontais, mon fiancé...

BONAPARTE. Ah !

naddi. Les événements ont changé ma roule ; je me dirigeais sur Lodi , et nous nous croyions en sûreté, lorsque plusieurs de vos soldats sont accourus et m'ont faite prisonnière.

eonaparte. Prisonnière ? oui , mais vous n'aurez pas besoin de rançon. (A part.) A Lodi! à Lodi! (Haut.) Que désirez-vous, Mademoiselle?.. Vous reposer ici, entourée de soins et de respects, ou continuer votre chemin î

naddi. Général, s'il m'est permis d'exprimer un désir, je voudrais repartira l'instant, et me rendre où je suis attendue.

Bonaparte. Dragons , vous escorterez la voiture de ces dames jusqu'au dermer de nos avant-postes. (A Naddi.) Je n'insiste pas pour vous retenir; j'ignore cependant s'il me sera jamais donné de vous revoir.

naddi. Vous êtes maintenant un de ceux qui tiennent dans leurs mains la destinée des

armées et des peuples; je ne suis rien en présence di' \o grands desseins.

naparte. Il est des souvenirs qui ne s'eiïacciit jamais; tel est le vôlre ; Car je vous ai toujours honorée. Adieu.

naddi. Adieu. [Il lui donne la main et la reconduit.)

Bonaparte, seul. A Lodi ! Beaulieu va s'y rendre, sans doute... Si je pou vais y arriver avant lui, nous passerions l'Adda sur le pont de cette ville... Oui , oui , c'est cela. (Un officier arrive à cheval et remet une dépêchée Bonaparte. Après avoir lu rapidement. Toutes les troupes sous les armes! (L'officier sort.) Ah! ah! Colli et Wokssowich ont fait un délour sur Milan pour jeter garnison dans le c!iàteau , et doivent revenir ensuite sur l'Adda pour le passer à Cassano, fort au-dessus de Lodi. .si je puis parvenir à l'autre rive avant que ces deux divisions aient achevé leur mouvement, alors j'ai l'espoir de les couper, alors c'est une campagne de victoire en victoire, c'est mon entrée à Milan, c'est l'Italie soumise toute entière à notre drapeau. (Roulement. Lts rangs se forment, Augereau, Junot, tous les généraux, officiers et toldais entrent et se groupent autour du général en chef. On amené à Bonaparte son cheval sur lequel il monte ; il fait un signe, les tambours cessent de battre. )

Bonaparte. Soldats, vous avez remporté en quinze jours six victoires , pris vingt et un drapeaux, cinquante-cinq pièces de canon . plusieurs places fortes, et conquis la partie la p us riche du Piémont. Vous égah-z aujourd'hui, par vos services, l'armée de Ho lande et du Rhin. Dénués de tout, vous avez suppléé à tout ; vous avez gagné des batailles sans canons, passé des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, lîi'vouaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain. Les phalanges républicaines, les sohdats de la liherté étaient seuls capables de souiïrir ce que vous avez souffert. Grâces vous en soient rendues, soldats ! La pairie reconnaissante vous devra sa prospérité; mais, soldats, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste à faire; ni Pavie ni Milan ne sont à vous. Une nouvelle bataille, c'est-à-dire un nouveau triomphe se prépare ; et celuilà, soldats, ne sera pas stérile; les magasins de vos ennemis sont abondamment pourvus ; demain, ils seront à vous; demain, nos cavaliers démontés auront des chevaux ; nos fantassins, des équipements. On dit qu'il en est parmi vous dont le courage mollit; qui préféreraient retourner sur le sommet de l'Apennin et des Alpes; soldats, je ne puis le croire. Les vainqueurs de Montenutte, de

BONAPARTE

Millésimo, de Dégo, de Mondovi, brûlent de porter au loin la gloire du peuple français. (Acclamations prolongées, tambours, musique et défilé.)

Huitième Tîsfol au.

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