JOSÉPHINE, EUGÈNE
Joséphine. Braves gens! Dieu veuille que nous puissions les récompenser un jour, comme je l'espère... Si nous rentrons là, dans cet hôtel, nous serons heureux de les y recevoir, et iln'en sortiront que comblés de nos bienfaits, n'est-ce pas , Eugène ?
bugène. Sans doute, ma mère... Où est llor tense?
Joséphine Tu la verras ce soir.
il ci m. Vous gemblei livrée a d heureuses pensées... Il y a* plus de gaieté sur votre visage, que j'ai vu triste li longtemps.
Joséphine. Eh bien, Eugène, c'est que non, sort va changer peut-être, c'est que je fais voii mes deux enfants chéri- coiiiiiieiieer un avenir de bonheur.
Eugène. Pourtant, que nous r.--i<-- l-il de DOS espérances' d'autrefois , de notre fortune'.' Noire nom même, UOUS avons dil le changer pour échapper à la proscription qui frappe mon père! 5
riant.) l'enez, je gagerais que vous avei eneor»
écoulé ces pensées superstitieuses que vous avez apportées dv la Martinique... Vous croyez lire dans la destinée, ma mère!
Joséphine. .Mais toi, ne vois-tu pas que la France échappe enfin a la tourmente révolutionnaire, cl que le calme va enfin renaître sur les abîmes refermés? Eugène, des hommes forts, un homme surtout entre les autres, vont prendre en main les destinées de la patrie... f.eux-la ne répudieront pas les noms illustres d'autrefois , de même qu'ils montreront la gloire a des noms tout nouveaux.. Fils de Beauharnais, as-tu donc désespéré pour toujours? Je croyais que tu étais réfugié chez le menuisier Simon pour te faire aux vertus laborieuses du peuple, .mais non pour l'endormir dans l'indifférence et l'oubli !
eugène. Oh! détrompez-vous, ma mère!... je suis impatient de tenter le sort et d'échapper à l'obscurité... Mais, fallût-il rester toute ma vie ignoré, perdu dans les derniers rangs de l'armée, je veux essayer cette épée de mon père que Bonaparte m'a rendue... Et si déjà je ne suis pas soldat, c'est que Bonaparte m'a ordonné d'attendre...
Joséphine. Comment?
eugène. Oui, ma mère. Vous le savez, le < anon de Vendémiaire grondait encore sur l'émeute expirante; je me présentai a Bonaparte, et je demandai l'épée du général Bauharnais, cet héritage qui valait à mes yeux toute notre fortune d'autrefois... — Enfant, me dit-il, cette épée vous sera rendue, et plus tard vous vous en servirez à votre tour... mais les vêtements qui vous couvrent... — Je lui répondis que ma mère m'avait placé chez un menuisier pour me soustraire à la proscription... — Eh bien, s'écria-t il, il serait beau d'y rester jusqu'au moment où vous passeriez du travail de l'ouvrier aux fatigues du soldat. — J'attendrai donc, lui dis-je, que vous m'appeliez ïous le drapeau de la France .. — C'est bien, enfant.. — Et en parlant ainsi, un sourire illumina son austère visage... Je le regardai; une voix secrète me criait au fond du cœur que cet homme était destiné a de grandes choses; et quand je sortis, j'avais eu moi une de ces émotions que vous inspire la présence de ceux que Dieu a marqués du sceau du génie.
Joséphine. Oui, Eugène; Toulon arraché à l'Angleterre et rendu à la France, les factions vaincues, les lois remises en honneur, l'armée attentive comme à l'approche d'un grand capitaine, c'est ainsi que commence Bonaparte... Si tu savais quelles vastes pensées le dominent; si tu l'entendais, alors que tout entier à son intelligence, l'œil en feu, pâle sous ses cheveux noirs, il parle de ses rêves de gloire et de ses desseins, qui voudraient tout l'univers pour théâtre !
eugène. Ma mère., vous le voyez donc, vous?
Joséphine. Qui le l'a dit, Eugène?
eugène. Ce langage animé, ces projets de Bonaparte que tout le monde peut-être ignore, et que
vous seule connaissez , ces espérances pour ma sœur , pour moi. .
Joséphine. Eh bien?
eugène. .le n'ai plus rien à vous oire, sinon que je suis pour toujours un fils dévoué, respectueux, et confiant dans voire tendresse pour \os enfants, qui vous aiment comme la meilleure des mères !...
Joséphine. Viens dans mes bras, Eugène, viens! Ils s'embrassent. Rigobert paraît sur le seuil de la porte, un verre à la main.
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