SCENE III
LE CARDINAL, LE MOINE, NADDI, cachée.
le cardinal. Approche, moine; nous sommes seuls; écoute : tout à l'heure les esprits superstitieux du peuple ont été exaltés par mes paroles, et je vais rendre compte de ma mission au conseil secret de Venise, qui est l'âme de ce grand «-oulèvement.
LE MOINE. Mais ne craignez-vous pas les scrupules du comte Lippaul ?
le cardinal. Lippani est furieux; ses passions nous l'ont livré. D'ailleurs il ignore ce que nous faisons ici; ses talents dirigeront l'armée, et nous nous servirons de son nom.
naddi, à part. Les infâmes!
i.e CARDINAL. Mais tu parlais à ce peuple d'une catastrophe prochaine. Noire plan a-t-il réussi?
LE moine. Complètement, grâce à l'or dont Venise n'est point avare j les travaux souterrains ont été conduits avec mystère et rapidité. Le général eu chef Bonaparte, comme on l'avait prévu, a établi son quartier général dans cetle partie de maison,
BONAPARTE
poste avantageux à une portée de fusil de Rivoli. Nos deux hommes sont prêts ; dès que j'aurai donné l'ordre, ils mettront le feu à une traînée de poudre qui fera en même temps sauter la maison et tout l'état-major qui s'y trouvera réuni.
naddi, à part. Ciel !
le cardinal. Et cet ordre, quand le donneras-tu ?
le MOINE. Ce soir... et au même instant une attaque nocturne décidera leur déroute.
LE cardinal. Et pour cette fois du moins, ce Bonaparte ne nous échappera pas.
naddi, à part. Ah ! je me sens mourir !
le cardinal , au Moine. N'entends-tu pas du bruit?
le moine. Où donc?
le cardinal, montrant la gauche. De ce côté. {Naddi se cache vivement. Daniel parait au fond à gauche.)
le moine, l'apercevant. Un étranger!
le cardinal, bas. S'il nous a entendus,. il est mort ! [Le cardinal et le moine portent tous deux la main au poignard caché sous leurs vêtements.)