‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 552 sur 1577 · PROLOGUE , SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

PROLOGUE , SCÈNE VIL

madeleine, aux autres.

Lesilence, pour une fille... C'est drôle!,., j'aurais plutôt attendu 1' contraire.

Henri, allant s'asseoir.

Quelle est celte femme?

LE BARON

Une brave paysanne, une nourrice que le docteur Luber a fait venir pour l'enfant royal.

HENRI

Ah!... Mais elle est fraîche et fait plaisir à voir... Approchez, commère, approchez.

MADELEINE

Voilà, Majesté! (Elle fait la révérence.)

HENRI

Vous êtes donc à nous, ma mie ?

MADELEINE

Oui nVsieur... Non, j' veux dire monseigneur... non, c'est Sire... Mais avant, je voulais, je devais... Tiens! mais ça m' fait tout d'mème de l'effet d'vous parler... Ah! dame, c'est qu' les rois, c'est du fruit nouveau pour moi, yoyezvous!...

HENRI

Je n'ai pourtant pas l'air bien effrayant ?

MADELEINE

Ma foi, non... au contraire... C'est moi qu'étais bète, voilà tout... Mais c'est passé, v'ià la parole qui me r'vient... Gare à vous !

HENRI, riant.

Vous aviez donc à me dire ?...

MADELEINE

J'avais à vous dire qu'avant d' m'engager avec Vot' Majesté, j'ai à faire mes conditions.

HENRI

Vos conditions ?

MADELEINE

Oui. M'sieur 1' docteur Luber le sait ben... (Montrant le baron.) Et c't' autre médecin là aussi.

HENRI

Le baron, médecin!...

le baron, faisant des signes à Madeleine. Non, Sire, c'est...

MADELEINE

C'est, c'est... C'est lui qui l'a dit, quoi... un peu médecin... médecin militaire, pour c1 quir'gardc les nourrices.

HENRI

Comment ?

LE BARON

Cettebonne femme a mal compris, Sire... voilà tout.

HENRI

Elle y mettait peut-être de la mauvaise volonté.

C'est ça, juste... parc' que lui, il en mettait trop d' bonne... Maisjespcrc qu'il n'y r'viendia pas.

LE BARON

Dites donc vos conditions, nourrice, voilà tout ce qu'on vous demande.

MADELEINE

Eh bien ! mes condilions, c'est qu' je u' vous baillerons qu' la moitié d' mon lait, parc' que j' gardons l'autre pour mon p'tit Canigou , dont je n' voulons m' séparer ni pour or ni pour argent.

HENRI

Canigou ?

MADELEINE

Eh! oui, Canigou, nol' fieu!... Un beau brin d'garçon allez !... quatre mois, cinq dents et une masse de ch'veux... et puis des bonnes grosses joues comme des pommes d'apis... des bras, des jambes, faut voir... presqu'un homme, quoi!... et quatr'mois, pas plus... Ah! dame! c'est qu' j'ons fait tout c' qu'il faut pour ça.

HENRI

Et qu'avez-vous donc fait?

MADELEINE-

D'abord, j' lui avons donné 1' baptême béarnais.

HENRI, se levant.

Le baptême béarnais... qu'est-ce que cela?

Voilà : drés qu'ils voient le jour on leux y frotte les lèvres avec une grosse gousse d'ail, et on leux y fait avaler un' bonne gorgée d' vieux vin d'Jurançon... Ça les éprouve un peu... mais quand ils ont supporté l'épreuve, on peut répondre d'eux !... Mon gros Canigou y a passé, et après... après, la nourrice fait le reste.

HENRI

Vraiment?... Eh bien, mordi! si Dieu nous donne un prince, il en sera fait pour lui comme pour votre fils... J'accepte yos conditions... vous ne vous séparerez pas de?...

MADELEINE

Canigou.

HENRI

Canigou, oui... Les deux enfans seront élevés comme frères... Je veux que Henri de Navarre, si le ciel nous l'accorde,soit nourri et vêtu comme le paysan de nos montagnes, endurci à la fatigue, habitué à la bonne et rude vérité, afin qu'un jour il ait lui-même tant de force et de franchise, que la courtisaneric ne puisse plus l'égarer ni le corrompre.

MADELEINE

V'Ià qu' est parlé, trédame !... Voulez-vous que j'vous dise un' chose, tenez?

IIEMU, gaimenl.

Dites.

MADELEINE

C'est qu'il y a dans vot' viel' tête grise d.\ fois plus d'raison qu'on n'en a d'habitude daas -

endroits-ci !

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