‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 57 sur 1577 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, EUGÈNE, ALEXANDRE, HIGON- NET, Officiers.

elgène. Général, votre division ne se mettra en marche que sur un nouvel ordre... Il m'est impossible de renoncer à la position que voici ; elle servirait à retenir une partie de l'armée russe, tandis que l'autre aurait à résister à Ney et à Davoust. Je me propose d'éclairer l'Empereur sur l'avantage que nous aurions à nous poster ici... (Réfléchissant.) A moins pourtant que son plan de bataille n'en ait décidé autrement, et nous savons tous que son génie a des secrets qu'il nous comient de respecter.

le général. Prince, celui que vous enverrez à l'Empereur devra passer sous le feu des Russes; car le quatrième corps en est le plus rapproché.

eugè.ne. Je suis bien sûr de trouver des hommes de bonne volonté.

les soldats. Moi ! moi! tous!...

f.igène. Merci, mes braves; j'y aviserai plus tard!.. (A l'écart) Je n'aime pas cette tactique des Russes, qui nous attire ainsi pas à pas sur leur territoire envahi... C'est avec de tristes pressentiments que je vois l'armée s'avancer vers le cœur de la Russie!.. Disaient-ils vrai ceux qui voyaient dans le divorce de ma mère une date funeste pour les destinées de l'Empereur?... Ma mère! nous l'auriez mieux conseillée que ceux qui l'entourent maintenant; car plus que personne, vous aviez souci de sa gloire et de son bonheur !.. Allons ! quoi qu'il arrive, votre fils combattra pour lui, pour la France, comme si une étrangère ne vous avait pas dépossédée!... Que dis- je?.. . depuis que vous avez abdiqué, mes devoirs n'ont fait que grandir,,. Je veux de la gloire pour tous la rapporter,

LE PRINCE EUGÈNE ET L'IMPERATRICE JOSEPHINE

alkxandre, s avançant. Prince!

eugène. Eh bien, mon ami, tues fatigué, n'est-ce pas?

Alexandre. Non... J'ai une grâce à vous demander.

eugène. Parle.

Alexandre. Vous m'avez dit souvent : Alexandre, lorsqu'une occasion se présentera de te distinguer aux yeux de l'armée, viens me trou\er, je t'en laisserai profiter.

eugène. Eli bien?

alexandkb. Tout à l'heure, vous parliez d'un ordre a porter à l'Empereur...

eugène. Oui, et j'enverrai quelqu'un dès que le corps de Ney sera réuni à celui de Davoust.

Alexandre. Tenez dpnc voire promesse. Permettez-moi de porter cet ordre!

eugène. Toi?

Alexandre. Vous ne voudrez pas me favoriser moins que le premier soldat venu?... 11 n'est pas un seul officier de votre état-major qui ne puisse citer avec orgueil quelque mission honorable et périlleuse... A mon tour, prince, ne me refusez pas !

eugène. Pauvre enfant! l'envoyer à une mort presque certaine!

Alexandre. Où serait l'honneur s'il n'y avait point péril?

eugène. J'ai promis de veiller sur toi.

Alexandre. Vous avez promis de me faire gagner mes grades.

eugène. Non, je ne consentirai pas... Que t'importe ! les occasions ne te manqueront pas ailleurs; ici le danger est inévitable!

Alexandre. Eh bien, si ce n'est pour moi, songez donc à votre mère à qui j'appartiens par les liens du sang... Prince, tous ceux qui portent son nom doivent être en avant, afin que la gloire qu'ils pourront acquérir rejaillisse sur elle!... Et si je suis cité dans un bulletin de la grande armée, elle en sera heureuse et fière dans sa solitude de la Malmaison !...

eugène. Et si tu es tué?

Alexandre. Eh bien, encore un sacrifice, dirat-elle, encore un sacrifice à l'Empereur et à la France!

eugène. Viens donc! tu pourrais tomber sous une balle perdue, j'aime mieux que tu risques une mort glorieuse !

ALEXANDRE. MerCÏ.

Tous deux s'éloigaent à travers les rangs de la division,

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