ACTE I, IVe TABLEAU, SCÈNE VI
RENE
Il est bien vrai que le cours des astres et le réfultat des épreuves que vous m'avez ordonné de tenter...
Présageaient la mort piochaine de mes fils, de tous trois, c'est bien cela que tu m'as dit... et à cette terrible prédiction est venu se joindre, cette nuit même, un songe, un songe effroyable !
RENÉ
Un songe !.. cela est grave, en effet. (A part.) Que disais-je?
CATHERINE
Écoute... A peine avais-je goûté quelques instans d'un pénible sommeil, que je crus voir les draperies de mon lit soulevées par un de ces huguenots à visage sinistre qui nous entourent depuis peu... Il me montrait, avec un rire de triomphe, un autel renversé et les débris d'un trône... puis, saisissant ma main, il m'entraina dans un sombre caveau tendu de noir... et là... ah ! j'en frémis encore !... lu, sur des pierres toutes souillées de sang , j'ai vu trois cercueils, surmontés chacun d'une couronne brisée, et au dessus de ces cercueils, au milieu de notre oriflamme, une lettre resplendissante, un H couronné et un sceptre... Alors trois crisse firent entendre, les cercueils s'ouvrirent avec fracas et les cadavres livides de mes fils vinrent rouler à mes pieds !... Eh bien! René?...
RENÉ, à part.
Voilà un rêve qui nous mènera loin !
CATHERINE
Parle donc.
RENÉ
Vous avez dû comprendre aussi bien que moi, madame, quel'JI couronné et le sceptre indiquent Henri de Navarre, auquel reviendrait de droit, en effet, le trône de France, si vos trois fils mouraient sans postérité.
CATHERINE
Et c'est ce que t'a annoncé aussi l'horoscope du Béarnais?
RENÉ
C'est vrai, oui... mais qu'est-ce, après tout, qu'un horoscope?... Je ne suis pas infaillible, moi... Les présages qui paraissent les plus certains mentent quelquefois.
CATHERINE, se levant vivement.
Je les ferai menlir, René... oui, par l'enfer, ils mentiront 1... Il n'est qu'un moyen pour cela., moyen terrible!... N'importe, je l'emploierai.
RENÉ
Quel est donc votre projet ?
CATUEUINE.
Je veux sauver mes fils, je veux sauver la religion, aujourd'hui outragée, menacée comme eux ! Les huguenots conspirent, je le sais... Mal-
gré leurs beaux semblans de zèle et de loyauté , ils n'ont pour moi et les miens que haine et mépris... Il y a trêve entre nous; mais une paix sincère, nous ne l'aurons jamais. Il faut qu'un des deux partis succombe, eux ou nous... Eh bien I donc, que ce soient eux !
RENÉ
Ils sont nombreux et braves.
Nous serons plus nombreux, et nous les surprendrons.
RENÉ
C'est une chance.
CATHERINE
Us sont perdus, te dis-je... Tout est prévu... toutes les traces suivies,les maisons marquées. ..un mot, un seul mot de moi, et des milliers de tombes vont s'ouvrir ! (Tonnerre lointain.)
HENRI, bas.
Horreur !
RENÉ
Un massacre général I... Cest beaucoup risquer.
CATHEINE.
Il faut en finir avec cette race maudite... Ni quartier, ni merci, pour aucun de ces misérables ! HENRI, bas.
L'infâme!...
Louise, bas.
Prenez garde !
CATHERINE
Cette draperie a remué, je crois... Va voir. (Louise entraîne Henri en dehors et ferme la porte.)
RENÉ
Illusion, madame... vous êtes si émue !
CATHERINE
Va voir, te dis-je.
rené, soulevant la draperie.
Rien... j'en étais sûr. (On entend un son de cor.) Qu'est-ce?
CATHEHINE.
Un message qu'on m'apporte... Viens.
RENÉ
Permettez, madame... Je ne sais quels nouveaux services vous pouvez attendre de moi, mais, avant de m'engager plus loin à votre suite, j'ai besoin de savoir si notre digne maître et seigneur, le roi Charles IX, est instruit de vos desseins?
CATHERINE
Il les connaît.
RENÉ
Et il les approuve?
CATHERINE
Jeanne d'Albret n'est plus là pour l'en empêcher. Si je l'avais laissé faire, celte femme m'enlevait la confiance de mon fils, et c'est elle qui régnerait aujourd'hui en ma place !
RENÉ
L'imprudente !... lutter avec vous! Elle ne connaissait donc ni Catherine, ni René?...
HENRI IV
Insolent !
RENÉ
C'est vrai, je ne devais nommer que vous, c'était assez...
CATHERINE
Maître René, prends garde '■ [On entend un second son de cor.) Allons, éclaire-moi !
RENÉ, prenant la lampe.
Oui, madame.
lis disparaissent dana l'escalier tournant.)
HENiu, en dehors.
Mon, laissez-moi, laissez-moi, vous dis- je !
(Il ouvre la porte et entre vivement, malgré les efforts
que fait Louise pour le retenir.)
O&OCCCOCOOOÛCCit.OOOOO&OOiivGCiOOOOOOOOOOOOOOOOl.eOOO