‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 617 sur 1577 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ZAMET, Gabrielle d'ESTRÉES.

GABRIELLE, venant de la droite, à une chambrière qui la suit. Eh quoi! le seigueur Zamet me demande? Faites-le entrer.

(La chambrière va au fond, fait un signe et se retire

(levant Zamet qui entre.)

ZAMET

Je viens avec empressement déposer mon hommage aux pieds de la belle Gabrielle d'Estrés... de celle qui sera bientôt notre souveraine,

GABRIELLE

Que dites-vous là, monsieur?

ZAMET

Je sais qu'il ne faut pas le dire encore... que c'est un mystère... jusqu'à nouvel ordre!... Mais comme ça ne peut pas manquer d'arriver...

ueniu ir.

GABRIELLE

En tout cas, votre présence chez moi me rassure sur la future destinée de mon bien-aimé Henri... Si vous venez à nous, vous, le trésorier des Seize, c'est que la Ligue est perdue sans ressource.

ZAMET

Perdue... pas tout à fait... mais elle va bien mal, celle pauvie Li^ue!

GABRIELLE, souriant.

Et vous la quittez, comme font les médecins, qui n'aiment pas à voir mourir leurs malades.

Je la quitte, madame, parce que je n'hésite jamais à me ranger du côté du bon droit.

GABRIELLE

Et de la fortune.

ZAMET

La fortune se trouve de ce côté-là... ce n'est

HENRI IV

pas ma faute, et oc n'est pas du tout ça qui me déeide... mais bien ledévoùmcnl que je me suis toujours senti, malgté moi, pour le prince do Navarre !... C'est au point que, dés le temps de la terrible Catherine elle-même, et du non moins terrible Charles IX, j'ai été sur le point de me faire huguenot à cause de lui. Je ne me rappelle plus trop ce qui m'en a empêché alors, mais aujourd'hui...

GABRIELLE

Aujourd'hui... il serait trop tard : car il est probable que Henri va rentrer dans le giron de l'Église.

ZAMET

Ah diable! vous avez raison: s'il y rentre, ce n'est pas le moment d'en sortir... ne parlons plus de cela... Mais mon or, mon crédit, la clé de mes coffres... tout est à son service... Nous garderons mon âme pour une autre occasion.

G ABRI ELLE

Le roi, seigneur Zamet, ne se doute guère jusqu'à quel point vous le chérissez.

ZAMET

11 l'apprendra par vous, madame; je sais qu'il vient souvent se reposer ici des fatigues, de la guerre, ce grand roi, et qu'il doit y venir encore ce soir même. J'ose donc espérer que votre bonlé, votre justice...

GABRIELLE

Fort bien ! mais vous ne m'auriez pas confié ce soin avant la bataille d'Ivs y, n'est-ce pas ?

ZAMET

Il est vrai que la victoire a été décisive... Mais je vous proteste...

GABÏUELLE.

Assez, monsieur Zamet, assez! Pourquoi tant de protestations ?... Ne sais-je pas bien quel homme vous êtes !

ZAMET

Je m'en flatte! (Regardant au fond.) Eh ! mais... voyez donc... c'eslM. de Sully !...

GABRIELLE, à part.

Lui, chez moi!... que me veut-il î

ZAMET

Il vient saluer le soleil levant.

GA Bill ELLE.

Lui... je ne crois pas.

oodoooooooosoooooaooooooooooooooocooooooooooooooooo

Les Mêmes, SULI.Ï.

ZAMET, à Sully, qui s'avance gravement.

Monsieur Sully, je suis vraimect charmé de la rencontre.

SULLY

Je ne vous en dirai pas autant, monsieur. (Il salue Gabriel!»1, qui lui rend son salut.)

ZAMET, à part.

Oh ! oh ! toujours, porc-épic !... Nous l'apprivoiserons... (liant.; Monsieur de Sully...

SULLY

Veuillez nous laisser, monsieur.

ZAMET

Mais...

>l I.LY.

Ne m'avez-vous pas compris ?...

ZAMET

Parfaitement, parfaitement... (A part.) Nous changerons ce ministre-là... (Il salue, et sort.)

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOÛOOOOOOOSOOCOOOOeOOOO

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