‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 621 sur 1577 · HENRI, SULLY · texte numérisé non relu

HENRI, SULLY

HENRI

Allons, c'est une guerre en bonne forme!... Elle est profondément blessée!... Vous avez été cruel avec elle, Sully.

SULLY

Il m'en a coûté, Sire... mais l'intérêt de Votre Majesté, celui de la France!...

HENRI

Écoutez, Sully, j'aime Gabrielle comme jamais je n'avais aimé aucune autre femme avant elle !

Je le crois, Sire, et l'imprudente promesse heureusement revenue en mes mains ne le prouve que trop.

HENRI

Je la tiendrai, cette promesse, je veux la tenir.

SULI.V.

C'est impossible, Sire.

HENRI

Impossible, quand je dis que je le veux '

SULI.V.

Vous ne le voudrez plus tout à l'heure. ( ^fouvcment de Henri.) Non, VOUS ne voudrez pas, quand le.; négociations pour votre mot-rage axer Marie de Médicis Tiennent d'être conduites à bonne fin , vous donner à vous-même un pareil démenti aux yeux de toute l'Europe.

HENRI IV

IIEMll.

Mais vooj avez eu tort d'entamer ces négociations.

SULLY

Sire...

Jli.NlU.

Une Toi--, déjà, je me suis laissé engager dans un mariage politique, et Dieo sali si celle union a été heureuse 1... Je veu\ tenter une aulre épreuve, nie marier pour moi et selon mon cœur. Cela me réussira peut -être mieux. J'ai rencontré une femme adorable, d'une Ame élevée, d'un esprit enchanteur, qui m'aime enfin comme je \oulais cire aimé...

SULLY

Qui vous aime, soit... mais non pas pourtant de cet amour qui va jusqu'à l'abnégation, puisque...

HENRI

Assez, monsieur, ne la calomniez pas. Gabrielle n'a rien désiré, rien demandé; c'est moi, moi seul qui ai voulu me lier, m'engager envers elle.

SULLY, déchirant l'écrit.

Soyez donc libre, alors... l'engagement n'existe plus.

HENRI

Que faites-vous ?

SULLY

Mon devoir de loyal serviteur, d'ami sincère et dévoué.

HENRI

Monsieur !...

SULLY

Et maintenant que je l'ai rempli, ce devoir, punissez moi, si vous le croyez juste ; exilez-moi, même, comme on vient d'en exprimer le vœu; mais, avant dcm'élo'gner, je vous ferai entendre encore l'austère vérité, telle que des sujets comme moi la doivent à des rois comme vous. J'en appelle à vos propres paroles, Sire... Rappelez-vous ee que vous nous disiez peu d'instans avant la bataille qui a conduit vos troupes victorieuses jusquesous les murs do Paris: « Je prends ici Dieu à témoin de mes intentions, avez-vous dit; c'est pane que je ne me sens en l'àme aucune autre pensée que le bonheur et la pacification du pays, que j'accepte la noble et haute mission que me donne ma naissance!...» Eli bien ! ce but unique auquel vous aspiriez alors, l'alliance avec Marie de Médicis vous offre les moyens de l'atteindre plus vite et plus sûrement ; et celte alliance, vous n'en voulez plus... Songez-y, Sire, l'armée et le peuple ont aujourd'hui les yeux sur vous, parce qu'ils comprennent bien que c'est le sort de la Fiance qui est en jeu dans tout ceci... Et si vous l'oubliez, vous, vos ennemis et l'histoire ne l'oublieront pas... Je vais attendre vos ordres, Sire,

UENRI.

Demeurez... Votre main, Sully... Allons, cncore ce sacrifice!... et puisse-t-il produire loul le bien que vous en espérez !

SCLLY, s'inclinant et portant la main tic Henri à ses lèvres.

Oh ! merci, Henri, merci, mon roi, pour vous, pour votre gloire et pour le pays!

(Le colonel Tisclic, Zamct et plusieurs officiers paraissent dans le fond.) HENRI.

Que faites-vous ?... ces gens qui viennent là... Relevez-vous, Sully... ils croiraient que je vous pardonne. (Il relève Sully. J

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