‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 633 sur 1577 · SCENE î · texte numérisé non relu

SCENE î

Le Baron de LUZ, THÉRÈSE, Femmes du peuple, autres Femmes, Hommes, Enfans el Soldats.

( Des soldats sont groupés au pied de l'escalier du Palais.— Le baron de Luz, plongé dans ses réflexions, est assis sur une borne, non loin d'eux. — Une masse de peuple débouche par la rue qui fait face au Palais.)

UN HOMME DU PEUPLE

Quel siège affreux!... Partout la misère, le désespoir!... Ma foi, si le parlement s'obstine à ne pas ouvrir au roi les portes de Paris, nous les ouvrirons nous-mêmes, mordieu !

THÉRÈSE

Imprudent!.,, si Bussy-le-Clerc avait surpris vos paroles...

DEUXIÈME HOMME DU PEUPLE

Que le démon l'écrase, lui et ses pareils!

PREMIER HOMME DU PEUPLE

Voyez... là-bas... Un convoi, des pénitens... Qui donc vont-ils porter au cimetière?

DEUXIÈME HOMME DU PEUPLE

C'est le pauvre père Gerbicr et sa vieille femme... victimes tous deux de la misère et de la famine!

PREMIER HOMME DU PEUPLE

Encore!... Quand cela finira-t-il, mon Dieu!... Ahl la peste ne causerait pas plus de maux !...

THÉRÈSE

Et là... au bout de cette rue... saviz-vous ce qui vient d'arriver!... Une femme que tant de souffrances oni rendue folle... son enfant... son

propre enfant... elle l'a tué... oui, tué. . ellemême, pour... Oh! non... c'est trop affreux à dire... et un jour on ne voudra pas croire que la faim ait pu jamais pousser une mère à pareil crime !

PREMIER HOMME DU PEUPLE

Ah ! c'est infâme!

THÉRÈSE, montrant la petite maison de droite.

El ici, tenez, une autre jeune mère encore, et si misérable aussi, que, ce matin, elle s'est voulu jeter à la rivière avec sa fii'e pour ne plus la voir souffrir I... Heureusement, mon garçon, qui passait, l'a retenue et ramenée chez elle... Mais ce qu'elle n'a pu faire ce matin, elle le fera ce soir, tout à l'heure peut-être, si les secours ne lui viennent pas plus qu'à nous !

PREMIER HOMME DU PEUt'LE.

Et qui est celle malheureuse?

THÉRÈSE

Personne ne la connaît dans le quartier... On sait seulement qu'elle s'est réfugiée là peu de jours après la Saint-Barthélémy... Elle est toujours vêtue d'une robe de deuil en lambeaux, et couverte d'un long voile... Mais j'ai vu son visage, moi... Quelle affreuse pâleur... C'est à la croire morte déjà!... Et de fait, voyez-vous, il n'y a plus que la fièvre qui la fasse vivre!

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