SCÈNE V
LOUISE, évanouie d'abord, RENÉ.
RENÉ, à lui-même.
1 Décidément, le service de M. de Mayenne n'est plus sûr. Le parlement se lasse, lepeuples'agite... Le Béarnais finira donc par l'emporter, et si je restais ici... Il a eu des soupçons sur la mort de sa mère, et il pourrait lui prendre fantaisie de régler ce vieux compte avec moi... mieux vaut ne pas l'attendre... Mais, pour partir sûrement, il me faut retrouver cette Louise d'Arnegui, que son malheur mettra à ma discrétion... (Montrant la maison.) d'est là qu'elle s'est, dit-on, réfugiée... Voyons... Une femme évanouie!... La faim, sans doute... Si j'avais le temps de faire une bonne action !... Eh ! mais c'est celle que je cherche.,. Serait-elle morte?... (Il appuie la main sur son cœur.) Non... heureusement!... Vite, ce cordial!... car j'ai besoin qu'elle vive, moi !...
(Il soulève la tête de Louise, porte à ses lèvres un
petit flacon de cristal; il verse ensuite quelques
gouttes sur un mouchoir blanc, et lui en frotte les
tempes.)
LOUISE, se soulevant.
Où suis-je?... Pourquoi me rappeler à la vie, si ma pauvre enfant doit mourir?...
René, l'aidant a s'asseoir sur un fragment de pierre.
Votre enfant?...
LOUISE, montrant la porte.
Là... voyez... allez à son aide... car la force... me manque encore...
RENÉ
Attendez-moi. (Il entre dans la maison.)
LOUISE, se remettant peu à peu.
Quel est cet homme?... je n'ai pu bien le voir... Il me secourait... et pourtant sa voix sinistre m'a fait frémir!... Et il est prés de ma fille!... S'il allait la tuer, mon Dieu!... (Elle se lève vivement.) Ah ! courons!... (A René, qui parait.) Eh
RENÉ
Elle dort.
LOUISE, avec effroi.
Elle dort?...
RENÉ
Oui, ce n'est encore que le sommeil... Rien n'est désespéré... et elle peut attendre sans danger que notre marché soit conclu.
LOUISE
Notre marché?... Vous allez me donner du pain ?...
RENÉ
Non, ce serait la tuer en ce moment... Quelques gouttes d'abord des sucs généreux dont je viens de faire l'épreuve sur vous-même... Cela suffira pour la ranimer, lui rendre des force, et la préparer à une nourriture plus substantielle.
LOUISE
Ainsi, vous la sauverez ?
RENÉ
Oui , quand vous aurez accepté mes conditions.
LOUISE
Vos conditions!... Des conditions pour sauver une pauvre enfant qui se meurt!... Mais qui donc êtes-vous?...
rené, se penchant vers elle.
Je suis...
Louise, le reconnaissant.
Ah !... René l'empoisonneur ! (Passant vivement entre lui et la porte.) Va-t'en!... va-t'en, te disje, infâme, ou j'appelle !...
RENÉ, lui saisissant le bras.
Silence, imprudente, silence!... si vous ne voulez sa mort et la vôtre.
LOUISE
OU ! M. de Luz va venir!...
RENÉ
M. de Luz!... Il est au conseil des Seize, et, avant qu'il en sorte, votre fille ne sera plus.
LOUISE
Ma fille!... Mais, que voulez- vous donc, enfin, pour la sauver?...
RENÉ
Écoutez. Je veux quitter cette ville maudite, où bientôt il n'y aura plus sûreté pour moi, et regagner ma paisible Toscane. Sortir de Paris, rien déplus facile!... Un souterrain, dont Catherine m'a donné le secret, et qui, des caves du Louvre va déboucher hors les remparts, m'en assure le moyen... Mais traverser ensuite sain et sauf les
HENRI IV
lignes ennemies, el poursuivrcma route vers Florence, sans obstacles ni dangers... c'est moins radie, celât... Et voilà pourquoi j'ai besoin de votre assistance.
l 01 ISE.
Comment ?