SCENE I
HENRI, BIRON, ZAMET, quelques Officiers.
(Henri entre par la droite, Biron et les autres par le fond.)
HENRI
Eh bien ! Biron, quelles nouvelles?
BIRON
On vient de s'emparer d'un convoi de vivres que les Espagnols essayaient de faire passer pour ravitailler Paris.
HENRI
Cruelles rigueurs 1
BIRON
Mais nécessaires, Sire... Encore cinq ou six jours, et la ville sera forcée de se rendre.
HENRI
Peut-être, Biron, peut-être... Les Parisiens sont braves.
Trop braves mémo!... car ils ont un courage que je ne comprendrai jamais.,, celui de vivre sans manger.
HENRI
Hélas 1 pauvres gens!... Et voilà pourtant deux grands mois qu'ils résistent 1
BIRON
On devait d'autant moins s'y attendre que trente mille des paysans d'alentour, en se réfugiant dans la capitale, ont hâté encore l'épuisement de ses ressources... si bien qu'aujourd'hui c'est la misère et la famine qui combattent pour vous.
HENRI
Tais-toi, Biron, tais-toi... celte idée me tue!... Avoir en face de soi, en rase campagne, une belle et nombreuse armée, bien aguerrie, bien pourvue d'armes, des étrangers surtout... à la bonne heure! voilà une guerre qu'on peu faire sans regret.'... Mais tenir bloquée, cernée toule une malheureuse population, des Français, des frères, qui meurent de faim derrière leurs murailles, c'est horrible!... Oh! ce siège, vois-tu, ce siège me déchire le cœ;.r, et vingt fois déjà, en songeant aux maux affreux qu'il cause, j'ai voulu y renoncer et retirer mes troupes.
BIRON
Vous ne le pouviez pas, Sire. Donner cette joie, ce triomphe à la Ligue, c'était sacrifier le reste du pays, au repos et au salut duquel vous vous devez. Mais tous ces malheurs touchent à leur terme : le Parlement se lasse ; Mayenne est à bout de ressources. Croyez-le donc, la capitulation ne se fera plus long-temps altendre.
Dieu le veuille, mon ami! car si Mayenne est à bout de ressources, je suis à bout de courage, moi, pour de si dures extrémités.
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