ACTE III, XIP TABLEAU, SCÈNE IV
ZAMET
Quel est ce manant ?
HENRI
Eh! mais... c'est Canigou!
SULLY
Vous le connaissez, Sire?
CAMGOU.
S il me connaît! s'il connaît Canigou !... son frère de lait!... C'te bêtise!...
zAïin'.
Le frère de lait du roi !
CAMGOU. .
Eh ! oui-da que j' suis son fier' de lait !... et il n'er- est pas plus fier pour cela... N'est-ce pas, frérot? (Rire général.)
HENRI
Messieurs, c'est du renfort contre la tristesse qui nous arrive; ce sont les souvenirs pu pays qui me reviennent. Qui donc t'envoie vers moi, mon cher Canigou ?
CANIGOU
Qui? Nôt' bonne vieille mère, qu' j'ons été embrasser au Louvre, drès en arrivant d'eheux nous... Ahl mon Dieu!
HENRI
Qu'est-ce donc?
CANIGOU
Jarni ! comme t'es changé !... comme t'es vieilli,
mon pauvre Henriot!
HENitl, gaîment.
Il ne me flatte pas, au moins, celui-là.
ZAMET
Il est même très malhonnête.
HENRI, à Canigou.
Oui, mon garçon, tu le vois, le vent de l'adversité a passé par là ! On vieillit vite sur un trône!... Mais, voyons, que dit-on ?... que faiton en Navarre ?
CANIGOU
On est assez content d' Ta Majesté au pays. Tu t' bats bien... tu bois sec et dru... t'es galant comme cinquante, et l'es I père de tous tes sujets; mais c'qui nous chiffonne, c'est les ceux que l'empluies.
SULLY
Ah bah !
ZAMET, s'emportant.
C'est à le bâtonnet- !
CANIGOU
Y nez-y donc, vous!
BELLEGARDE, riant.
Admirable!
IIENIU.
Ah ! l'on met en accusation mes ministres!
CANIGOU
Oh! pas tous!... Yen a un surtout... un brave homme... dans ton genre... un nommé Sully... celui-là, j' l'y baillons nôt estime !
HENRI. à Sully.
Yons entendez! ..
ZAMET
Vraiment, monsieur de Sully est bien heureux d'avoir l'estime de M. Canigou !
SULLY
Mais oui, monsieur, l'estime des honnêtes gens n'est jamais de trop, même pour un ministre.
CANIGOU
Il a raison, r? vieux-là... mais, en revanche, où diable as-tu donc été choisir, pour manipuler tes écus, un je n' savons qu'est-ce... sans cœur, ni entrailles... queuqu' chose comme un nommé Zamet ?
ZAMET, s'avançant.
Qu'est-ce à dire, drôle?...
(Tout le monde rit.) CANIGOU.
C'est donc lui !... Ah ! mais attendez donc, j' le r'connais... j'ons d'jà eu maille à partir ensemble... Eh ben, ça se trouve bien, et j'ons tapé juste... (A Henri.) Si tu veux 1' faire pendre, n' t'embarrasses pas des frais, entends-tu ; l'z'amis et moi, nous fournirons la ficelle !
Nouveaux rires.)
ZAMET
Eh quoi! Sire, vous souffrez qu'en votre présence?...
HENRI
Monsieur Zamet, arrangez- vous comme vous voudrez, mais faites la paix avec mon vieux camarade. La triste célébrité dont vous jouissez ne saurait disparaître trop tôt.
CANIGOU
Attrape!... (Tirant Henri a l'écart.) Aulr' chose
à c't' heure... J'ons là une lettre qu' t' mère m'a
remise pour toi... c'est très pressé à ce qu'elle a dit.
HENRI, avec impatience.
Donne donc vite, alors.
CANIGOU
Yoilà. Il lui remet un bi'let tout froissée C'est un peu chiffonné... c'est que j' l'avions bien cachée, vois-tu, parce qu'il paraît que c'est d'importance. IIENRI, ouvrant et parcourant la lettre.
Est-il possible?...
CANIGOU
Quoi ?
HENRI, appelant.
Sully! Bellegarde!
SULLY et BELLEGARDE, rejoignant le roi.
Sire...
HENRI
Je reçois là un étrange message, mes amis... C'est une lettre anonyme... Elle m'est transmise par ma chère Henriette, la fille de l'infortunée Louise d'Arnegui, qui, du fond de son cloître, veut être aujourd'hui mon ange gardii n, comme le fut autrefois sa mère... L'écrit anonyme aê'iioh'éfe un nouveau complot contre ma vie... Le Vletii Florentin René aurait é!c revu dans Paris... Les
GO
HENRI IV
soupçons atteignent jusqu'à la reine elle-même... On engage Henriette enfin à me détourner de me rendre à Saint-Denis... Qu'en pensez-vous?...
lîîcii qn'an éerit anonyme mérite d'ordinaire peu de créance, la voie par laquelle celui-ci vous parvient lui donne peut-être pins de valeur. Mon
avis est donc d'ordonner de sévères recherches et d'ajourner le sacre.
ni. nui Oser accuser la reine elle-même d'un projet d'attentat à ma vie!... Ah! c'est trop odieux!... cela ne peut se croire!... Je soupçonne en ceci, moi, une nouvelle intrigue pour me pousser à m'alicnrr à jamais l'esprit de Marie de Médicis par un affront public qui blesserait profondément son orgueil!... J'irai donc au sacre, j'irai sous la garde de Dieu et du peuple, ma seconde providence.
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