SCÈNE PREMIÈRE
UNE SENTINELLE à l'escalier qui descend. Trois ou quatre SERVITEURS de la maison groupés sur la terrasse.
PREMIER serviteur, regardant. C'est lui ! deuxième serviteur. Mais non, puisqu'il
est à Manloue, comment veux-tu que ce soil lui?
premier SEUViTF.nï. Eh hic u ' il arrive de Mantoue. Parce qu'il avait quitté Casai , as-tu cru qu'il n'y reviendrait jamais ?
une femme. Moi je suis de l'avis de Bartholoméo, je crois que c'est lui.
premier serviteur. C'est sihieii lui, qu'il monte le même cheval qu'il avait quand il est parti il y a trois mois.
LA femme. Ah! maintenant je le reconnais. C'est M"u la comtesse qui va être joyeuse !
premier serviteur. C'est mademoiselle Bianca qui va être triste !
deuxième serviteur. Triste de revoir son frère ?
PREMIER SERVITEUR. Tais-toi donc ! un homme qui est cause que Ton entre au cou-
S'adresser, pour la mise en scène, à M. Rocer, régisseur général, au théâtre Historique.
TRBA1N GIUNDIFR.
vent quand on aimerait mieux se marier. Est-ce que cela B'appelle un fri re ?
la 11: m mi:. Oh! je, veux êjtre la première à annoncer cette bonne nouvelle à madame la comtessç.
premier SERVITEUR. C'est cela. Faites votre cour 1
la femme. Qu'est-ce que cela te fait? Ce n'est point à tes dépens. Madame la comtesse ! madame la comte
scèni: il
Les Mêmes, LA COMTESSE, au haut de l'escalier, puis MAI RIZIO, moniantl'escalier tandis que su mère descend.
la comtesse. Eh bien ! que signifie tout ce bruit?
la femme. C'est monsieur le eomte, le seigneur Maurizio, notre jeune maître.
la. comtesse. Mon fils?
la femme. Lui-même. Tenez, le voilà qui monte l'escalier. (Les serviteurs saluent.)
ta comtesse. C'est toi, mon cher enfant?
mmt.izîo. Oui, ma mère. (Aux serviteurs.) C'est bien, bonjour.
la comtesse. Et d'où vient que tu nous arrives ainsi sans prévenir?
maurizio. Parce qu'il y a huit jours j'ignorais encore que je dus e venir. Son altesse, le grand-duc, a\ les Français, conduits par le cardinal-duc, marchaient sur Cas; I , ma envoj '■ p endre des nouvelles. Ma foi, je n'ai pas perdu mon temps, et je suis arrive tout juste pour assister à la prise de la Aille. C'était la plus belle perle de sa couronne ducale, qu'il avait perdueet qu'il vient de retrouver. Celui qui lui en dira le premier mot ne sera pas mal reçu, et j'espère que ce sera moi.
LA COMTESSE. Ainsi, Casai est rendue?
MAURIZIO. Ob! la nouvelle est toute fraîche, ei j'ai vu le gouverneur en personne apporter les clefs au cardinal-duc, il y a de cela tout au plus un quart d'heure.
L A CQMTESSE. Eusses-tu reconnu un prince de l'Église sous le costume que porte Son Eminence?
maurizio. Non, ma mère, mais j'ai reconnu le vainqueur de La Rochelle, duPasde-Suze, de Privas, le premier ministre du roi Louis XIII enfin. Au costume,
à ce qu'on assure, lui est plus utile que le manteau de cardinal. Au métier qu'il fiait, mieux vaut un casqué qu'une arellé. Estce vrai que, hier, une halle espagnole a eu l'insolence de venir B'apli I J'ai entendu raconter cela au camp. On ajoutait mè ne que, sans utt s Idal du régiment de Poitou, qui a tiré monseigneur d'une boscade, c'était Son Eminence qui était pii-
sonnière du gouverneur de Casai.au lieu que ce fût le gouverneur de Casai qui fût
prisonnier de Son Kminence.
LA comtesse. En effet, il n'a été bruit que de cela toute la soirée; on a cherché le soldat, niais inutilement.
MAURIZIO. Diabje ! voilà qui fait l'éloge de sa modestie ; mais je suis tranquille , il se retrouvera.
LA comtesse. Tu es si bien instruit de toutes choses (nie je ne te demande pas si tu sais (pie le cardinal- !uc noos a fait l'honneur de choisir ce palais pour son hôtel.
MAURIZIO. Et c'est un honneur qui au-
rail p i nous couler notre pala i .ses
n'avaient pas tourné ainsi. En toul cas, je
ime (pie ma bonne mère n'a pas laissé
cette occasion de lui parler de la
m de son OU pour la diplomatie, et de
sa fille pour le cloî re,
LA COMTESSE. Oui, .Maurizio, oui, je lui ai parlé de toi, et il m'a promis de te recommander au duc de Mantënft,
MAURIZIO. Lt de ma sœur, qu'en a-t-il dit?
la comtesse. 11 a compris qu'une grande fortune était nécessaire a l'héiitier d'un grand nom, tandis que cette fortune est inutile à une jeune fille qui n'est appelée à jouetaucun rôle dans le monde.
MAL: [ZIO. Kl sous a\ez obtenu?...
LA COMTESSE. Lue dispense pour Binnca; demain efe entre au couvent, et dans un mois, elle fait profession.
maurizio. Et i'a-t-i' vue ?
LA comtesse. Bianca ? Non.
MAURIZIO- Et où est-elle?
LA comtesse. Dans ce pavillon.
maurizio. Ce pavillon est bien isolé, ma mère.
LA comtesse. J'ai la clef de la porte et la clef de la jalousie. On ne descend de la terque par cet escalier, que garde nuit et jour une sentinelle; et V Ave-. Maria une fois sonné, nul ne peut sortir de la maison sans un ordre ou un 1 lisscr-passer du cardinal. MAURIZIO. Allons, je vois (pie vous avez ()!i ! oh ! qu'est-ce que cela ?
c, mti.sse. Le cardinal qui revient, sans (!•
MAURIZIO. C'est lui-même. Voyez donc,
no, quelle tournure guerrière il a à
cheval, et si l'on ne dirait pas un cavalier
consommé^ Sonnez les t ompeltes et agitez
•inières. (O.i obéit sur la galerie, tan-
fares.)