‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 804 sur 1577 · CYPRIEN, LISETTE · texte numérisé non relu

CYPRIEN, LISETTE

CYPRIEN , finissant de ranger les meubles. Voilà les chaises rangées.

LISETTE , achevant de mettre le couvert. Et le couvert est mis.

CYPRIEN. Maintenant les amis peuvent armer quand ça leur fera plaisir. Je dis

que notre société sera joliment composée ; deux commis du palais marchand. . . deux clercs de la basoche et un employé des gabelh s.

LISETTE. Deux lingères du charnier des lnnocens , deux modistes de la place Caj titrai . et une plumassière de la rue du Paon.

CYPRIEN. C'est huppé.., aussi, auous

nous nous en donner... Tiens , au fait , vivent la gaité, la danse et les chansons !. Ah! à propos , as-tu pensé aux rafraîchis-

eiuens as-tu commandé le dindon

liez le rôtisseur ?

Lisette. Sois tranquille , j'ai pensé à ,.out.

CYPRIE\. C'est que les amoureux ont bon appétit... et j'en sais quelque chose, moi... d'ailleurs, je n'en aurais pas , que les yeux de ma Lisette m'en donneraient tout de suite... Dis donc, j'ai voulu te faire une surprise ; j'ai coin mandé , chez le pâtissier , mou cœur en biscuit de Savoie, avec ton chiffre en anis de \ erdun. Je dévorerai ton chiffre et tu croqueras mon cœur.

LISETTE. Ah ! c'est gentil de la part — Mais, prends garde... si nous y allons de ce train-là , nous verrons bientôt le fond du sac , comme on dit... Depuis un an. que nous sommes à Paris, nous avons fait de la dépense.

CYPRIEN C'est vrai que des quatre mille cinq cent livres que ma tante m'a laissées dans son testament , il ne nous reste plus grand'chose... Pauvre brave femme , elle m'avait toujours dit qu'elle voulait mourir dans mes bras , et elle est morte dans ceux de son grand fauteuil... Je n'ai plus rien à espérer d'elle maintenant.

LISETTE. C'est pour ça qu'il faut de l'économie , parce que , depuis quelques jours, ça sonne creux.

CYPRIEN. Je sais bien... mais que veuxtu?

LISETTE. Qu'est-ce que nous ferons quand nous aurons trouvé le fond du sac?

CYPRIEN. Eh bien ! je travaillerai donc. Je possède mes quatre règles sur le bout du doigt... j'ai une main superbe, et je suis censé avoir appris le latin... Ainsi , je

ferai comme tant d'autres je montrerai

ce que je sais... et même ce que je ne sais pas.

LISETTE. Et moi donc , je ne suis pas fille à rester les bras croisés ; je sais coudre, tricoter , festonner. .. En avant l'aiguille, les ourlets, les surjets et les œillets.

CYPRIEN. C'est ça , et le soir, ma Lisette , le soir , rendez- vous général , à nous deux , dans l'appartement de garçon, rue de la Huchette , au-dessus de l'entresol... eh ! allez donc...

( 11 saute. )

LISETTE. Oui , et puis , plus tard...

CYPRIEN. Oh ! plus tard , nous nous marierons. Tu scias ma petite femme, je serai ton petit mari... Nous aurons une

petite fille ou un petit garçon... étaliez donc.

Lisette. Oh ! oui , il faudra nous marier , et prompleuient , quand ce ne serait que pour mettre un terme aux poursuites de Jean Lenoir, qui a déjà voulu te faire arrêter comme ayant commis un enlèvement, un rapt... Dam ! c'est qu'il en aurait le droit, avec l'aide de mon oncle Durand.

CYPRIEN. Je sais bien... et c'est encore pour ça, sans doute , que ce matin, en allant visiter les amis, j'ai vu un grand estaffier qui m'a suivi jusqu'à la porte.

lisltte. Ah! mon Cyprien , si l'on allait me séparer de toi!... te mettre en prison... Oh! j'en mourrais d'abord.

CYPRIEN. Laisse donc, dans quelques mois tu seras majeure, et dès ce jour-là ma femme... Alors on n'aura plus le droit de te tourmenter , de te ravir à mon amour... toi, mon idole... mes amours... ma chérie... ma Lisette , pour qui je donnerais tout ce que je possède... si je possédais quelque chose... Qu'ils y viennent donc !

LISETTE. Tu as raison ; tiens... ne pensons pas à des malheurs imaginaires... Le présent est heureux, jouissons du présent, et faisons serment de nous aimer toujours.

CYPRIEN. Quant à ça , je te le jure.

Air des Dragons de ver lu.

Mais, toi, Lisette, toi, Si tendre , si jolie , Dis— moi que pour la vie Tu m'as donne' ta foi.

Répète-moi sans cesse Que l'or ni la grandeur Ne sauraient de ton cœur Altérer la tendresse.

Quand tu devrais mentir, Ça fait toujours plaisir.

LISKTTE.

Même air.

Et toi , mon Cyprien ,

Répète à ta grisette

Que ton cœur, de Lisette

Sera l'unique bien.

Oui , dis-moi , dès l'atiroïc ,

Que j'ai ton seul amour,

Dis-le-moi tout le jour ,

Et puis le soir encore.

Quand tu devrais mentir,

Ça fait toujours plaisir.

(On entend chanter en dehors.)

cyprien. Ah ! voilà nos amis.

LES INFIDELITES DE LISETTE

Page 1