‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 812 sur 1577 · LISETTE, CYPRIEN · texte numérisé non relu

LISETTE, CYPRIEN

CYPRIEN , entrant vivement. Lisette !

Lisette!... où est-elle?

LISETTE , s' avançant vers lui 1rs tiras ouverts. Cyprien !

CYPRIEN. Tu m'es enfin rendue .. après tant de recherches et de tounnens. ( // va pour se jeter dans ses bras et s'arrête. ) Mais que vois-je? ce beau salon, ces meubles brillans... et cette robe, ces diaînans... Ah! quelle idée!

Air : Eh! non , non , non.

Quoi! Lisette, est-re vous ?

Vous en riche toilette !

Vous avec des bijoux, Vous avec une aigrette !..

l'Ji ! non , non , non , Vous n'êtes plus Lisette,

Kh ! non , non . non , Ne porte» plus plus ce nom.

LISETTE. Eh quoi! tu vas encore me soupçonner , m'accuser , parce que tu me trouves parée et dans ce brillant salon ?

cyprien. Tout cela prouve-t-il en faveur de voire innocence ? et croyez-vous en paraître plus belle à mes Yeux?... Oh ! non !

Mente Air.

Si l'amour est un dieu , C'est près d'une fillette; Adieu, madame, adieu, En duchesse on vous traite.

Eh! non , non , non, etc.

( // va pour sortir. )

LISETTE, le retenant. Arrête! Cyprien , et avant de me fuir , consens à m'entendre.

CYPRIEN. Et que pourriez-vous me dire pour vous excuser?

Lisette. Que, malgré ce luxe qui m'entoure, mon cœur t'est toujours resté fidèle; que je suis encore cette Lisette , amante dévouée , et prêté à faire tons les sacrifices pour te prouver son dévouement et son amour.

Cyprien. Mais alors il faut donc que tu aies fait un héritage ; car enfin , tous ces beaux meubles...

Lisette. Ils ne sont pas à moi. Je suis ici chez une dame qui m'a recueillie dans ma détresse , qui m'a donné de l'éducation... des talens... Llle habite cet hôtel, avec son Itère , riche fermier-;;, net al.

cyi'Rien. Comment? un financier !

msette. Oh ! rassure-toi ; tu sais bien que Lisette n'eut jamais le cœur intéressé,

et, maigre tontes lis déclarations et les offres les plus brillantes , je suis toujours restée digne de toi. . Si j'étais coupable, aurais-je tant de plaisir à te revoir?.... Tiens, regarde, mes yeux, te paraissentils moins tendres et moins sincères qu'autrefois ?

Cyprien. Oh! non... te voilà bien tille que tu étais , et je te demande pardon de l'avoir soupçonnée... iMais c'est ta faute; si, dans le teins, je n'avais pas vu moi-même ce jeune officier.

i.isette. Ah! Cyprien, devais-tu m'en punir aussi cruellement?... rester un an séparée de toi !

CYPRIEN. Parbleu ! quand on en passe la moitié en prison !

Lisette. En prison .

CYPRIEN. Figure-toi qu'après ce maudit duel . j< fus arrêt.' par le guet et conduit à la Bastille comme un malfaiteur... pour avoir blessé un gentilhomme. J'y set. us encore, si mon adversaire , une fois guéri de sa blessure , n'avait eu la générosité de me faire rendre la liberté.

Lisette. Le bon jeune homme !

CYPRIEN. Doucement ! ne vas-tu pas encore prendre feu pour lui ?

Lisette. Tais-toi, vilain jaloux... c'est dans ton intérêt.

CYPRIEN. Merci! En attendant, ne sers plus mes intérêts dans ce genre-là ; car, pour m'éviter un désagrément , tu as été cause d'un malheur que je me reproche tous les jours, et qui trouble même la joie que j'éprouve à te revoir.

LISETTE. Que veux-tu dire?

CYPRIEN. Je vais le conter ça... A peine fus-je sorti de prison , que je fis les déniarcheslesplusacttves pour le retrouver.. . je courus à notre ancien logement... mais on ne put m 'apprendre ce que tu étais devenue.

Lisette. J'avais laissé pourtant ma nouvelle adresse.

CYPRIEN C'est ce que m'a «lit le portier; mais, la veille, il l'avait justement vendue avec d'autres paperasses à l'épicier du coin. Je cours chez l'épicier, je redemande la bienheureuse adresse... il en avait fait le matin même un cornet de cassonade pour un procureur du voisinage... Je coûts chez le procureur... je le supplie de me céder son cornet, mais il me rit au nez... désespéré , le cœur plein de ton image , et le gousset vide d'argent , j'allais... je ne sais où., quand le maître-clerc, touche de mon chagrin , nie questionne sur ma position , me préad en amitié et finit par me proposer de m 'admettre dans son étude eu qua-

LES INFIDELITES J>E LISETTE.

lité de surnuméraire... ce que j'acceptai sur-le-champ. Ah! Lisette... voilà la source de mon malheur!... Pourquoi ai-je mis les pieds dans cette maudite maison?

Lisette. Tu me fais trembler I

cyprien. Un jour, j'étais chargé parle patron de porter une somme de six mille livres chez un client ; je cheminais le long du quai de la Ferraille, mon sac sur l'épaule et pensant à toi, comme c'était mon habitude... quand, tout-à-coup, je me sens arrêté par le bras... je me retourne , et je reconnais , qui? Thomas Gorichon , tu sais, l'ancien commis aux gabelles.

LISETTE. Celui qui faisait de si drôles de couplets?

cyprien. Justement... je lui demande de tes nouvelles en lui racontant mes aventures , et , tout en causant , nous entrons dans un café , où il m'offre de me rafraîchir... J'accepte... j'étais si content de trouver quelqu'un qui te connaissait et à qui je pouvais parler de toi tout à mon aise... Nous buvons un bol de punch, puis un second, puis un troisième... il me promettait de te rendre à mon amour... il m'assurait tant avoir entendu parler delà retraite que tu habitais.... que je me laissai faire , il me prend par le bras et m'emmène dans un salon où il y avait beaucoup de monde autour d'un tapis vert...

Gorichon me parle toujours de toi... il me soutient que , pour te rejoindre , il me faut beaucoup d'argent , et m'engage à tenter la chance ; je jette des poignées d'or sur la table . sans penser que cet or n'est pas à moi... enfin, je joue tout l'argent qui m'était confié.

Lisette. Malheureux !...

cyprien. Que veux-Ju... je n'avais plus ma raison.

m de Lantara.

Guidé par cet ami perfide,

J'obéissais à son ordre absolu ;

Mais mon sac à peine était vide,

Qucle traître avait disparu !

Et d'puis je ne l'ai pas revu.

Je r'vins alors de ma fatale ivresse, Et je compris , trop tard pour mon malheur,

Qu'en voulant gagner ta richesse,

Je venais de perdre l'honneur.

Tu penses bien qu'après cela , je n'ai plus osé retourner à l'étude.

LISETTE. Ah ! Cyprien , qu'as-tu fait ?

CYPRIEN. Une grande faute , sans doute, mais c'était pour toi... pour te revoir — me pardonneras-tu?... Sois tranquille, au surplus , je travaillerai , je paierai tout , dusse- je passer les nuits , m'as-

treindre aux travaux les plus pénibles.... maintenant que je t'ai retrouvée.

Air : Lisette, ma Lisette.

Plus de tristes pensées, Plus d'amers souvenirs!

Mes pein's sont effacées Par ce moment d'plaisir.

Pour bannir la tristesse, Par un repas exquis, J'veux fêler ma maîtresse...

[Montrant une table servie que deux laquais viennent d'apporter.)

Tiens, nous sommes servis !

Lisette, ma Lisette, N'pensons qu'à nos beaux jours, Ah! vive la griselte, Je veux, Lisette, Boire à nos amours !

[Il prend une bouteille, remplit un verre et boit.)

DUPRÉ, en dehors. Attendez mes ordres.

LISETTE. Ah! mon Dieu! voici

M. Dupré qui rentre.

CYPRIEN , se levant de table précipitamment. M. Dupré!

Lisette . Oui , le frère de ma protectrice.... ce riche fermier-général... autrefois il était procureur... mais voilà quelques mois qu'il a vendu sa charge.

cyprien , à part. C'est bien cela... c'est mou homme!... où fuir? où me cacher?..

LISETTE. Eh bien ! qu'as-tu donc?...

est-ce encore la jalousie qui te ferait penser?...

cyprien. Non , cette fois, ce n'est pas

cela mais il est nécessaire qu'il ne

m'aperçoive pas... n'as-tu pas ici un endroitoù l'on puisse se cacher pendant quelques instans?

Lisette. Non, mais à quoi bon?...

maintenant que je t'ai retrouvé , je veux tout lui dire... lu n'as plus rien à craindre.

CYTOIEN. Ciel ! le voilà.,, ne dis rien.., ou je suis perdu!...

( Il se fourre sous la table et disparaît sous la nappe.)

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