SCENE PREMIERE
JEAN LENOIR , BERTRAND , LISETTE , Paysans et Paysannes.
(Us portent le costume de 1793, avec des cocardes tricolores à leurs bonnets et des rubans pareils à leurs corsets.)
CHŒUR
AlR de la Carmagnole»
Citoyennes et citoyens, \mis, danseurs et musiciens , Accourez sans façon , On va dans la maison Danser la carmagnole, Au bruit du son (bis) Du violon.
Bertrand. Allons, c'est fini ; citoyenne Lisette , te v'ià madame la municipale.
TOUS. Vive la municipale !
BERTRAND, s' approchant et ôlant son bonnet. En ma qualité de votre garçon d'honneur, voulez-vous ben me permettre...
JEAN LENOIR. On se tutoie ; Horatius Coclès , on se tutoie.
BERTRAND. T'as raison... [A Lise/te.) Citoyenne , veux-tu permettre que je vous embrasse ?
jean lenoir. C'est ça, l'accolade républicaine... Heim! est-elle gentille comme ça, ma petite femme!... cette cocarde tricolore lui sied à ravir... (A Lisette. ) Il me vient une idée ; j'ai envie que , décadi prochain, tu fasses la déesse de la Raison. Vrai ! tu serais délicieuse.
LISETTE. Oh! dispensez-moi de grâce...
JEAN lenoir. Bah ! bah ! ta cousine Jeanne a déjà fait trois fois la Liberté , et je n'ai jamais vu de Liberté plus appétissante... seulement, comme on en prenait trop avec elle , je n'ai plus voulu de ça... C'est la femme du tonnelier qui l'a remplacée... une grand'maman , bien
fraîche, bien joufflue... une Liberté superbe! qui pèse au moins deux cent cinquante... Ah ! la tonnelière est mie fameuse sans-culotte.
BERTRAND. A propos , citoyen Lenoir '
jean lenoir. Qu'est-ce à dire... Je ne me nomme plus Lenoir , je me nomme à présent Lerouge , dit Sparlaous.
Bertrand. C'est vrai ; j'avais oublié... Ah ça ! pourquoi donc ne t'appelles-tu plus du nom de ton ancien parent?... car, autrefois , tu te vantais d'être le cousin d'un certain M. Lenoir, lieutenant de police.
JEAN LE\OIR , indigné. Qui ça? moi
moi, parent d'un aristocrate qui faisait la police sous l'infâme tyran... Fi donc ! j'aimerais mieux changer mon nom vingt l'ois de couleur... le rendre violet , cramoisi, gris-lapis ou raisin de Corinthe... Ainsi, souviens-toi de ça, Horatius Coclès, si tu ne veux pas que jeté fasse incarcérer comme un agent de Pitt et Cobourg.
bertband. Allons, allons, ne te fâche pas et occupe-toi plutôt de ta femme... Il me semble que , pour un jour de noces . v'ià une mariée bien triste.
Lisette. Moi ! mon Dieu ! non. .. je suis gaie.
JEAN lenoir. A la bonne heure ! car te voilà la femme d'une autorité, et c'est un peu flatteur... Maintenant il faut U rendre digne de porter le beau nom que je viens de te donner. {Aux, paysans. ) Ah ça! mes amis, je vas m 'occuper avec ma petite femme des préparatifs du repas, et j'ose me flatter qu'il sera soigné. En attendant, allez rigaudonner sur la place... je vous appellerai quand la table sera mise, et demain... nous irons tous à l'église. Ah ! ah ! ça vous étonne , vous
LES INFIDELITES DE LISETTE
autres!... Que voulez-vous..: ma femme y tenait... et puis d'ailleurs...
AlR connu.
J'ons ua curé patriote.
J'ons un curé citoyen , Un curé vrai sans-culotte Un curé qui n'fait qu'au bien.
Chaqu' citoyen trouve en lui Son modèle et son appui, Et nos cœurs sont à lui, Oui, nos cœurs sont tous à lui.
Et nos cœurs, etc.
{Ils sortent tous par le fond.)