‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 818 sur 1577 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LISETTE , CYPRIEN , vêtu en soldai de la république , et eiweloppé dans un large manteau. Il paraît en dehors , sur le bord de la route, et s' avance avec précaution.

CYPRIEN, à part. Non, je ne partirai pas sans la voir... et dût-il m'en coûter la vie, il faut absolument que je m'informe... {Apercevant Lisette qui a le dos tourné.) Justement, voilà quelqu'un...

(Il s'avance.)

Lisette, à part. Pauvre Cyprien.'...

je ne te verrai donc plus!...

(Elle pleure.)

CYPRIEN, à part. Qu'entends - je !...

cette voix... oui , c'est elle!... Lisette...

LISETTE, se levant avec effroi. Cyprien ! encore dans ces lieux ! Imprudent ! n'estu pas prévenu du danger que tu cours?..

CYPRIEN. Et toi , as-tu pu penser que je m'éloignerais ainsi ? non , tu me connais trop bien pour cela... Ecoute... je ne sais quelle main protectrice a veillé sur moi et m'a ouvert les portes de ma prison... mais, enfin, je suis libre.

Lisette. Eh bien! pars... les momens sont précieux... tâche de gagner la frontière...

cyprien. Oui, Lisette, oui, je partirai... mais avec toi.

Lisette , à part. Grand Dieu !

cyprien. Quittons notre pays... soyons proscrits... errans, qu'importe! si nous sommes ensemble... nous serons heureux

partout!... et pour que rien ne puisse plus nous séparer, désormais... une lots là-bas, je t'épouserai...

LISETTE, a part. Quelle affreuse position !

CYPRIEN. Eh bien ! tu ne me réponds pas... tu hésites ~ ah! Lisette.... Lisette!...

LISETTE. Mon Cyprien... si tu savais...

mais, non... il vaut mieux que Lu l'ignores... pars, je t'en conjure, luis et ne m'interroge pas!...

cyprien. Quelles éu-anges paroles!..

tu me fais trembler!... mais pourquoi ces habits de fêtes.' pourquoi ce bouquet blanc qui brille à ton corset?... tu détournes les yeux... 0 ciel! si c'était... mais , non... c'est impossible !... Lisette n'a pu me trahir à ce point?... Lisette ne peut appartenir à un autre!....

LISETTE. Cyprien... pardonne... il le fallait pour te sauver !

CYPRIEN, anéanti. Il est donc vrai!...

(Avec jurcur.) Et c'est encore pour me sauver !... toujours ce mot ! mais ne me croyais-tu pas assez de courage pour supporter les coups du sort les plus terribles... après tous ceux que j'ai déjà bravés! me croyais-tu donc assez lâche , pour ne pas affronter le danger le plus grand, afin de te conserver à mon amour ? Sou~ viens-toi de ce tems où tu m'aimais et où tu jurais de me chérir éternellement... Insensé!... je te croyais... et tu m'as toujours trahi !

LISETTE. Ingrat!... m" accabler de reproches... me déchirer le cœur, quand c'est pour toi que je me suis toujours sacrifiée!... était-ce donc là le prix que tu réservais à mon amour !

CYPRIEN. Ton amour! ton amour!...

mais il m'a été plus fatal que ta haine!.. il m'a rendu le plus malheureux des hommes!.. Qui donc te forçait à devenir parjure , lors qu'entourés de nos voisins , de nos amis , nous vivions au sein des plaisirs , libres, heureux et insoucians , dans cette petite chambre, où pour la première fois un autre obtint de toi, presque sous mes yeux , un gage de ta perfidie; et maintenant je te revois la femme d'un autre , et ne te retrouve que pour te perdre à jamais.

LISETTE. Et si, aujourd'hui, je n'avais pas eu la force d'accomplir ce dernier sacrifice, bientôt ta tète serait tombée comme celle de tant d'autres '

cyprien. Eh bien ! j'aurais mieux aimé mourir!

LISETTE. Et moi , plus calme, et non

LES INFIDELITES DE LISEM1Î.

moins aimante , j'ai préféré renoncer pour jamais au bonheur , et te sauver la vie.

CYFRIEN. Et qui donc pouvait en disposer dans ce village?

Lisette. Ton ancien rival , Jean Lenoir , qui , maintenant , est le premier magistrat de cette commune... Il risquait de se compromettre en te rendant libre, et le don de ma main a pu seul le décider a ne pas remplir les ordres qu'il avait reçus de Paris... mais on peut venir, et si quelqu'un te reconnaissait , t'apercevait... il ne dépendrait plus de mon mari de te sauver encore... éloigne-toi.

CYPRien. Ton mari!... non, je ne m'éloignerai pas sans qu'il sache que ton cœur ne lui appartient pas... qu'il ne peut lni appartenir.

Air : Époux imprudent, fils rebelle.

Je lui dirai : Que son malheur vous touche ! Lisette, he'las ! maudit cette union,

Devant la loi. lorsque sa bouche

Disait oui, son cœur disait non.

Elle peut, comme ille'gitime,

Vouloir que ce nœud soit rompu...

Le parjure est une vertu,

Lorsque le serment fut un crime.

{Ici l'on aperçoit Jean Lenoir en dehors portant avec Bertrand et quelques hommes une grande table servie.)

Jean lenoir. Par ici, par ici, vous

autres :

LISETTE. Le

dis-je.. Ciel ! il crifice serait-il

voilà

éloigne-toi, te

n'est plus tems ! mon sadoiic inutile ! songe que rien ne peut me séparer de lui désormais.

CYprien. Eh bien! que m'importe, qu'on me prenne , qu'on me tue !... je le désire maintenant.

LISETTE , le priant avec instance et tombant presque à ses genoux. Cyprien , je t'en supplie, je t'en conjure, ne te montre pas à leurs regards... consens à te rendre à la dernière prière de Lisette... les voilà! cache-toi... cache-toi... ah! derrière ces rideaux... {Elle le pousse dans V alcôve et tire les rideaux sur lui.") Je respire !

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