‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 823 sur 1577 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PROSPER, dans l'étude, CYPRIEN , en vieu v militaire, chapeau a cornes, lu croix d'honneur et une jambe de bois.

CYPRIEN

Air : Bon voyage, eber Dumoltet.

Viv' la guerre!

Joyeux troupier, C'est un métier Qu'aux autres je préfère !

Oui, la guerre Est un beau mélicr, Quand on en r'vient sans se faire ejtropier. Vieu* fantassin, je n'suis plus très-ingambe Sur l'ihamp d'bataiille autrefois j'allais mieux. J'viens d'faire pourtant cinq lieues a»cc un jambe Si j'caleul' bien, c'est comm' dix avec deux. \'iv' la guerre, etc.

[Il regarde autour de lui.)

Ah ! me voilà donc dans le village que je n'ai pas revu depuis vingt-trois ans. . en entront, le cœur me battait presque comme le soir où j'en suis parti pour aller rosser les Prussiens... c'est que, dans ce tems-là, je laissais ici un bien que je n'aurais pas voulu perdre... même au prix de ma vie ! \ir : Te souviens-tu, Marie.

Il m'en souvient, Lisette, Me fit beaucoup souffrir...

Et pourtant je regrette Ses maux qui font plaiîir.

Si j'ai bonne mémoire, Je pleurais nuit et jour.

jVIaii soudain la victoire Sut me plaire à son tour ; Sans l'amour de la gloire, Je serais mort d'amour.

Même air.

Quand je quittai Lisette, J'arrivai dans les camps, L'amitié fut parfaite

A\ ei le^ boas enfanta Aimanl à U folie ,

I lauriers, le tambour, Maintenant je m'écrie Et la nuit et le jour :

A m OUI de la pallie, it jamais d'autre amour.

Et cependant, malgré tous ces beaux pu» jets-là , mon cœur est. toujoui s ii sté fidèle à son chef de lile... Le souvenir de Li me suivait partout! c'était comme l'aigle de mon drapeau., je ne le perdais jamais de vue... toujours prêt à mourir pourlui... Mais, si je m'oriente bien , ça dôft être ici la place où logeait ce diable de Jean Lenoir, le cabaretier , et qui doit être maintenant l'heureux époux de... Hum ! ce nomlà lait mal à prononcer... voilà encore cabaret... (// lit.) « Jean Leblanc. » Ce n'est pas ça... diable! il paraît qu'il a vendu son fonds... est-ce qu'ils auraient quitté le pays?., il faut que je m'en informe... mais je ne vois personne à qui demander... (Apercevant Pnosper à la fenêtre:) Voilà un jeune homme... Eh ! dites donc, l'ami...

PROSPER. Plaît-il, monsieur?...

CYPRIEN. Venez un peu ici... (Prosprr entre.)Yous êtes de ce village... moi, voilà vingt-trois ans que j'en suis paru... et j'aurais quelques renseignemens à vous demander sur un certain Jean Lenoir.

PROSPER. Jean Lenoir... vous êtes devant sa porte.

Air : Tenez, moi, je suis sans malice.

Son cabaret est sur la place, On l'aperçoit lorsque l'on passe

CYPRIF.N , à part.

C'est toujours là... bon, j'ai l'espoir, O Lisette , de le revoir.

pp.osrr.R.

Mais en lui, depuis votre absence, Vous trouv'rez du cbang'ment, je pense»

CYPRir.N, montra rit te nom écrit sur le cabaret.

Oui, d'après son nom l'on comprend Qu'il a ebangé du noir au blanc.

prosper. Monsieur est militaire, à ce qu'il paraît?

CYPRIEN. Oui, capitaine en retraite, pour cause d'une jambe de moins qui , après la bataille de Waterloo , à manqué à l'appel — et je reviens dans ce village de Bourgogne où j'ai laissé quelques anciens amis , auprès desquels je veux manger le revenu de ma petite pension . et les deux cent, einquaute francs de ma croix d'honneur — Avec ça, on n'a pas de quoi rouler carrosse , mais on peut encore obliger de tems en teins quelque vieux soldat qui n'a pas de quoi fumer

LES INFIDELITES DE LISETTE

sa pipe , ou boire un petit verre... il ne faut pas être égoïste.

prosper. Une pension et la croix !....

vous êtes bienheureux !

CYPRIEN, frappant sur sa jambe. Merci!.. si vous appelez cela un bonheur —

prosper. Oh! c'est que moi, je n'ai plus qu'à nie brûler la cervelle — quand on voit celle qu'on adore et dont on est aimé , sur le point d'être mariée à un autre!...

CYPRIEN. Celle qu'on adore.... mariée à un autre! Oui, oui, je connais ça.... le fait est que c'est vexant, saperjeu !.... mais cependant , quand on ne peut pas l'empêcher.

prosper. Tout ça est possible, mais si

on me refuse celle que j'aime plutôt

que de la voir appartenir à un autre... je l'enlève.... je l'emmène loin d'ici... au diable.... je ne sais où.... je l'épouse de force ou de bonne volonté.... et ce sera de bonne volonté , parce que je la connais... elle fera tout ce que je voudrai !

CYPRIEN. Allons, du calme, conscrit , et avant de vous enflammer... donnez-moi es renseignemens dont j'ai besoin... parez-moi de M. Leblanc...

prosper. Il faut que vous sachiez d'abord que sa femme...

u;ve voix , chez le notaire. Prosper ! Prosper!...

prosper. Pardon, monsieur, mon patron m'appelle...

CYPRIEN. Que le diable l'emporte!....

( Reconduisant Prosper. ) Allez , jeune homme , mais si vous avez un moment de libre , venez me retrouver , je vous montrerai la charge en douze tems , et morbleu ! avec ça et du cœur , on fait le tour de l'Europe.

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