MADELEINE, MARIE, LE CURÉ, PIERROT, LOUSTALOT
PIERROT, accourant tout essouflé.
Le voilà! le voilà!.. Je l'apporte, le bail de la
* Madeleine, Marie le Curé, Loustalut.
Mare-aux-Bichcs, renouvelé pour six ans!... a la considération de mademoiselle Marie ; et moi, nommé garde-chasse ! toujours à la considération...
LOUSTALOT lui arrache le papier en passant devant lui.
Tais-toi, imbécile ! ' Il passe la lettre au curé.) PIEBBOT, à part.
Imbécile! en v'ià un remerciement qui ne lui a pas coûté cher !... Ayons l'air d'avoir pas entendu.
MADELEINE, ai! ruré.
Hé bien ! monsieur le curé ?
LE CURÉ
Je n'avais que trop raison.
MARIE
OCiel!
madeleine, avec beaucoup d'anxiété.
Qu'y a-t-il donc dans ce papier? **
LE CURÉ
Voire bail, signé par Mme la marquise , et plus bas...
MADELEINE
Plus bas ?
LE CURÉ
Pour Marie, une place de jardinière au château.
LOUSTALOT, regardant sa femme.
Au château !...
(Madeleine regarde douloureusement sa fille, et la serre contre son cœur.)
PIERROT
Au château ! quel bonheur ! Ça fait que nous serons ensemble! et alors, père Loustalot, j'oserai p't-clre...
loustalot, plus colère.
Te tairas-tu, animal !
pierrot, à part.
Anima! !... encore !... Ah ! ça , mais, qu'est-ce qu'il a donc ? Ayons toujours l'air d'a\ oir pas entendu.
(Le curé lui fait signe de se taire, et s'assied à gauche: Pierrot, debout devant lui, paraît écouter ses
explications ***)
LOUSTALOT, avec résolution et allant à sa femme. I! faut lout refuser.
pierrot, se retournant.
Hein?
MADELEINE
Mais, la misère?
loustalot.
Hé bien ! nous irons en journée ; nous travaillerons chez les autres... J'ai encore assez de force pour nous nourrir tous les deux... quant à .Marie...
MADELEINE, avec beaucoup d'anxiété.
Marie!...
* Madeleine, Marie, le Curé, Loustalot.
" Mario, Ma ! oléine.
"' Vlario, Madeleine, Loustalot, le Curé, Pierrot.
LA GRACE DE DIEU
.Marie paitira !...
MADELEINE
Partir !... grand Dieu!
LOCSTALOT.
Ma résolution est prise. (A sa femme.) Ain : Époux imprudent.
Oui, dans mes mains, je liens notre richesse ; Mais songe donc à quel taux on la vend : De noire fille, il ferait sa maîtresse, El nous paîrait, à prix d'argent, Le déshonneur de notre enfant !
Je sens au front la rougeur qui me monte 1 Qui ? moi ! manger un pareil pain !
Non, je veux bien mourir de faim , Je ne veux pas vivre de honte !
(Il déchire le bail.) MADELEINE.
Que fais-tu ?
LOUSTALOT
.Mon devoir !
MADELEINE
.Mais nous sommes perdus!
LOUSTALOT, avec force.
Et Marie est sauvée. * madeleine, allant au curé qui, par son silence,
semble approuver I.ouslalot.
lié quoi! monsieur le curé , vous ne dites rien !... vous aussi, vous voulez le départ de mon enfant? Mais, si elle part, vous ne savez donc pas que j'en mourrai !
le CURÉ, se levant, lui dit avec douceur : Mère chrétienne, si vous pleurez, parce que .a vertu vous sépare de votre tî ! le, que feront donc les mères, à qui le vice enlève leurs en fans !...Un jour , Dieu vous la rendra; et , d'ici-là , clic ne sera pas seule et sans appui à Paris ; celte lettre adressée par moi à un ami, à un vieil ami, lui donnera un protec!eur, qui veillera sur elle et l'aidera de ses conseils.
MADELEINE , suffoquée par les larmes.
Non , non... ne me le demandez pas !.. je ne le puis... Jamais !... jamais !...
MARIE, courant à elle." O ma mére, ne pleure pas! je reviendrai.
MADELEINE
Et loi aussi !... lu le veux... toi!... ingrate !.., ingrate!... (Les larmes étouffent sa voix. ) MARIE.
Oti ! ne dis pas cela, mère ; ne m'ôte pas mon courage. (A part.) J'en ai tant besoin !
(On entend dans le lointain le chant de départ des Savoyards , qui se rapproche toujours ; ils descendent peu à peu , pendant que l'orcheslre joue piano. )
LE CDRÉ.
Voici le moment du départ.
* Marie, Loustalot, Madeleine.
** Luostalot , Marie, Madeleine.
MADELEINE , se levant.
Ahl ils viennent rn'enlcver mon enfant!
LOUSTALOT , avec résolution.
Allons , Marie , embrasse ta mère !... Moi . je vais tout préparer... ça ne sera pas long...
( Il entre dans f intérieur., MADELEINE, s'élan'.ant sur ses pas.
Antoine!... Antoine!... entends-moi!... Oh! malheureuse!... malheureuse mère !
(Elle rentre aussi, et Marie pleure, soutenue par le curé. )
marie , pleurant.
Je n'ai plus de courage !
LE CURÉ
Marie, ce n'est pas ce que vous m'aviez promis.
MARIE
Ah ! monsieur le curé, je n'avais pas vu pleurer ma mère !
OOOCOOOOOOOOOOOOCOOOOOOOOOOOOOCOOOOSOOOOOOOOOOOCOOO