MARIE, PIERROT, CHONCHON
ENSEMBLE
Air de la Bohémienne. (Etienne Thénard.) Quel plaisir! quelle ivresse !
Quel doux moment! quel jour heureux!
Dans mes bras je vous presse !
Ah ! je vois combler tous mes vœux !
PIERROT
Pour vous trouver, Dieu ! qu' j'ai couru ! J'ai ben cru M'être perdu!
Mais enfin nous v'ià réunis Trois amis, Du pays, Trois bons amis!
Comment, mon pauvre Pierrot! tu as quitté le pays!
pierrot, se débarrassant de sa vielle et de son chapeau, qu'il pose sur une chaise, à côté de la porto d'entrée.
Qu' voulez-vous ?... je ne pouvais plus y rester... vous n'y étiez plus! Dieu de Dieu! labonno air qu'on respire ici... c'est pas comme ça dam nos montagnes!... Ah! dam!... c'est que tout es" bien changé, là-bas... d'puis votre départ! marie.
Quoi donc? est-ce que mon père serait malade? et ma mère, ma bonne mère?oh! donnemoi vite de ses nouvelles, Pierrot.
PIERROT
Y se portent tous comme des charmes, ainsi que M. le curé !... et y m'onl chargé d' vous bien bénir pour eux... attendez que je vous bénisse... (Il étend ses mains.) Mais les autres! ah! ils devenaient furieusement embêtans , ils ne disaient plus rien... tout le village était gai comme mon bonnet... on ne s'amusait plus... on ne riait plus., jusqu'au violonneux qui nous f'sait danser, l' dimanche, ehbien ! yjouait faux... enfin j' m'hébêtais, quoi! Quand j'ai vu ça, j'ai vendu un quartier de terre, que j'avais hérité de mon oncle Pierre; j'ai acheté une vielle et je Jcs ai plantés là , pour venir vous voir ; et aujourd'hui, je suis un virlosc ambêlant dans les rues de la capitale !
MARIE
Mais commentas-tu fait . pour me trouvera
PIERROT
Ah dam ! j'ai eu de la peine... enfin, aes pays m'ont dit que vous viviez seule... dans cette petite maison... et qu'on vous appelait îa Perle, dans tout le quartier, rapport à votre sagesse tit vos lalens!... mais c'est donc vrai , tout» «i <pi ( dit , que vous en avez , de la réputation 1
LA GRACE m D!EU.
HABIB
Biais oui , mon bon Pierrot , je suis à la mode!
CIIONCIJON.
C'est comme moi !... je suis dans les modes!...
HABIB
J'ai gagné, depuis six mois, assez pour acheter tout ce pclil mobilier que tu vois!
PIBBBOT.
Et pour envoyer un peu d'argent à votre bonne mère , ce que vous ne dites pas.
HABIB
Ah ! ça n'est pas venu tout de suite!... En arrivant, je n'avais qu'un appui, un espoir!... le vieil ami de M. le cure4 ; il était mort!... Je me suis donc trouvée seule.,, toute seule, dans ce grand Paris!...
Ain : J'en ferons tant, lant, tant.
En arrivant ;'i Paris , D'abord, j'eus bien de la peine!
Ces chants de notre pays, On les écoutait à peine.
Biais j'Ies chantai tant, Tant, tant, tant, Qu'on en parla chez la reine !
Mais j' les chantai lant,
Tant, tant, tant, Que le roi mèm' fut content!
( Tous trois reprennent en chœur. ) PIERROT.
Mais nous v'Iàdeux à présent, Nous en chant'rons par douzaine !
Moi d'abord j'ai le talent De chanter à perdre haleine!...
Nous en chant'rons tant, Tant, tant, tant , Qu'ça f'ra plaisir a la reine !
Nous en chant'rons tant, Tant , tant, tant , Que le roi mèm' en sera content !
MARIE
Ma mè e me l'avait bien dit : Sois sage, travaille , et Dieu ne t'abandonnera pas; et il ne m'a pas abandonnée, comme vous voyez !...
PIERROT
Mam'zellc Marie , vous êtes une brave et honnête fille , et je l'écrirai au pays!... marie , vivement.
Ah]! c'est vrai; tu sais écrire, toi!... mais moi aussi, Pierrot , bientôt je vais...
CHO.TiCUON et PIERROT.
Quoi donc?
marie , à part.
Imprudente! (Haut.) Je vais... je vais apprenre!...
pierrot.
En attendant, c'est moi que je serai votre crivain?. . Comme ça , c'est ici que. vous habiez?...
HABIB
Toute seule.
PIERROT
Comment! vous ne recevez personne?.
marie, hésitant, et les yeux baissés.
Non... personn" !
pierrot, avec joie.
Ah ! c'est gentil ça.
Ciio^CUON , élo'irdiment.
Pas trop!... je pourrais pas vivre comme ça moi ! en hiver, y fait trop froid!...
pierrot.
Pour lors, je suis le seul, l'unique de mon sexe , avec Chonchon... qui entre ici?... comme c'est flatteur'.... Hé ben , ce que vous me ditesla , mam'zellc Marie , me fait diantrement plaisir; car , tout à l'heure , j'ai rencontré au premier, dans l'escalier...
marie , avec effroi.
Qui donc?
pierrot.
Un grand escogriffe en livrée... qui m'a parlé de la Perle... de marquis!...
marie, à part.
Je respire!... ce n'était pas lui !...
pierrot.
El ça m'avait tout chiffonné le cœur.
• marie, à part.
Biais, j'y pense!... s'il allait venir... ( En ce moment on entend frapper trois coups dans les mains au dehors. ) C'e-t lui !
Tiens ! que que c'est que ça?
CHONCHON , à part.
Je connais ça!... je connais ce genre-là! . c'est pour nous dire de filer !
MARIE , a part.
Que faire ? (On recommence.) PIERROT.
On dirait d'un signal !...
CHONCHON
Qui m'avertit de rentrer au magasin !
PIERROT
Ah! bah!
marie , à part.
Que dit-elle ?
CliONCUON , d'un ton impératif, à Pierrot El vous allez me reconduire!
PIERROT
Bloi !
CUOXCUON.
Et vous porterez mon carton!
PIERROT
Eh bien ! et ma vielle?...
CHONCHON
En sautoir I... Adieu, Marie, au revoir. (Ton bas.) J'ie débarrasse!... à charge de revanche!
Salut ben , mademoiselle Marie! je reviendrai, oh ! je reviendrai. ( Il reprend sa vielle. )