‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 856 sur 1577 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

LA MARQDISE , froidement.

Vous allez le savoir.

Elle va à la porte , parle à son valet qui s'éloigne, et revient avec le commandeur ; il reste sur le carré, et la marquise lui donne de nouveaux ordres, pendant les premiers mois du commandeur.) MARIE.

Quel air hautain!... quel ton glacial ! que me eut donc celte grande dame?

LE COMMANDEUR

La peste soit des petites gens , qui vont nicher sous les toits ! D'honneur, je suis tout disloqué :... (Apercevant Marie.) Mais je ne me trompe pas!... marie, à part.

Le commandeur!

LA MARQUISE, rentrant en scène.

Qu'y a-l-ildonc?

LE COMMANDEUR

C'est elle! (A part.) Oh! comme elle est embellie !

LA MARQUISE

Connaîtriez-vous mademoiselle?

LE COMMANDEUR, à part.

Qu'allais-je faire ? (Haut.) C'est-à-dire je la connais... sans la connaître... Vous la connaissez aussi, marquise; eh! pardieu! c'est la fllle d'un de vos fermiers de Savoie !... la petite Loustalot... c'est une Loustalot!

(Il offre une chaise à la marquise.) LA marquise, s'asseyant.

Est-il vrai , petite , que nous vous connaissions déjà?

Oui, madame, si, comme je le crois, j'ai l'honneur de recevoir madame la marquise de Sivry.

LA MARQUISE, à part.

Cela confirme mes soupçons. Et, dites-moi, pourquoi étes-vous venue seule à Paris?

LE COMMANDEUR

Ah! oui... pourquoi?... car je ne serais pas fâché desavoir...

MARIE, sans l'écouler, et répondante la marquise.

Nous autres pauvres enfans de la montagne , nous avons tous le même motif pour quitter le pays... la misère!...

LE COMMANDEUR, à part.

Elle n'a pas l'air de me reconnaître ! c'est fort adroit !

LA MARQUISE

Mais, si j'ai bonne mémoire , cette ferme dont parle mon frère , et que j'ai accordée à sa prière , devait suffire pour occuper et nourrir toute votre famille ; il y a donc quelque autre raison?

MARIE

C'est vrai , madame ; et je vais vous la dire (Regardant le commandeur.), car je ne sais pas mentir. .

LE COMMANDEUR , à paît.

Oh ! la petite niaise ! est-ce qu'elle irait dire à ma sœur ?... Mais ce serait fort maladroit !

M. le curé m'avertit un jour qu'un grand danger me menaçait !...

LE COMMANDEUR , à part.

Ah ! c'est le curé! c'est bon à savoir!

MARIE

Que la personne était puissante... (Regardant le commandeur.) et qu'il me filait partir sur-lechamp, pour éviter ses poursuites.

LA marqcise, se levant.

J'entends. Et quelle était celte personne ?

LE COMMANDEUR, à part.

Que va-t-elle dire ? Je suis sur de la braise ardente!...

marie , avec dignité, et sans regarder le commandeur.

J'ai oublié son nom !

LE COMMANDEUR, à part.

Oh! la petite rusée!... Très bien! très bien ! (Il lui fail signe qu'il approuve son silence.) LA MARQUISE.

Mais alors , depuis que vous êtes à Paris , qui donc a pourvu à vos besoins? (Et en disant cela, elle monlre le mobilier.)

marie , simplement.

Dieu, madame.

la marquise, souriant.

Dieu?

marie, avec fierté.

Et mon travail.

LA MARQUISE

Quoi! cette vielle ?..

MARIE

Suffit pour me donner du pain.

LA MARQUISE, à part.

Ses réponses m'étonnent; m'auroit-on trompée, ou bien, celte candeur ne serait-elle qu'un masque, pour détourner habilement mes soupçons? LE commandeur, avec légèreté.

Marquise, il me vient une idée!... idée bizarre, mais spirituelle!... Demain, vous avez nombreuse compagnie ?

LA MARQUISE, observant Marie et avec intention. Oui... pour la présentation de Mlle d'Elbée, qui doit épouser mon fils , le marquis Arthur de Sivry. (Marie écoule avec indifférence.)

LA MARQUISE, à part.

Pas la moindre érnolion !

LE COMMANDEUR

Eh bien ! la Perle est à la mode, dans tous le9 salons de la place Royale; il faudra l'avoir après le dîner, avant d'aller au bal de la cour : ce sera un délicieux divertissement pour ces dames ! (Passant près de Marie, bas.*)ctungrand bonheur pour

* Marie, le Commandeur, la Marquise

ir>

LA GRACE DE DIEU

mon cœur, ah ! (Haut.) Qu"cn dites-vous, marquise ?

LA marquise, aver une joie marquée.

Je dis, commandeur, que l'idée est excellente!

LE COMMANDEUR, à pari.

Et sert merveilleusement mes petits projets séducteurs.

LA MARQUISE, à part.

Oui... de cette manière, je sautai bien décou- \ tir la vérité. (Haut, à Marie.) Eh bien ! mademoiselle, consentez-vous à nous donner, demain, un échantillon de vos talens et de votre gentillesse ?

HABIB

Je suis entièrement aux ordres de madame la marquise.

LA MARQUISE

Fort bien.

(En ce moment, André, trop impatient, ouvre la porte; mais ù la vue de la marquise , il la referme vivement, en disant: « Qu'ai-je vu?...» Le bruit fait retourner la marquise.)

LA MARQUISE

Hein?

O ciel!

Quoi ?

marie, a part.

LE COMMA>'DEUR

LA MARQUISE, à part.

S'il était là. (Haut.) Mais, voyez donc, commandeur, tout cela est petit, mais d'une propreté ! d'un goût ! d'une élégance !...

LE COMMANDEUR, a part.

Quelque clerc de procureur qui se ruine pour elle !

LA MARQUISE , se dirigeant vers le cabinet. Et ici, encore une chambre, je crois...

LE COMMANDEUR

Le boudoir, sans doute !

LA MARQUISE

Voyons!

marie, s'élançanl, et passant devant le commandeur.

Madame!

LA MARQUISE , qui a déjà ouvert vivement la porte

du cabinet , à part.

Personne!... je me trompais.

(Le commandeur entre un instant dans l'intérieur en

fredonnant : C'est ici que liose respire!...)

marie, à part.

Ah ! mon Dieu ! que j'ai eu peur !.. (Appuyant.) 11 sera parti par les toits.

LA MARQUISE

Vous aviez tort de craindre, mademoiselle; tout ce que je vois ici m'enchante , et je vous en lais mon compliment.

le commandeur, rentrant.

Je vous en fais mon compliment.

Ain: Pantalon de la figurante.

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