‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 916 sur 1577 · ACTE I, Ier TABLEAU, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, Ier TABLEAU, SCÈNE VII

mizAel, se levant.

Mon Dieu!... serait-il possible!... Suzanne, pourquoi détournes-tu tes yeux?... pourquoi ta main veul-elle s'échapper de la mienne?... Suzanne, je suis bien faible encore... je ne sais si la vie revient en moi, ou si la mort arrive... J'avais renfermé là un secret que je neveux pas emporter dans la tombe... Suzanne, les paroles d'un mourant sont toujours chastes et pures... écoutemoi donc sans rougir, comme si ma voix descendait du ciel... Suzanne, je l'aime!...

SUZANNE

Aimée de Mizaël... moi!...

mizaël, se levant.

Oui, toi, qui ne voulais pas me survivre, qui m'as tout avoué par un mot... toi qui renfermais dans ton cœur même secret et même amour.

SUZANNE

Oh ! revenez à vous, Mizaël... Votre tendresse ne peut être que celle d'un frère... Suzanne n'est qu'une pauvre orpheline élevée par pitié, et qui saura reconnaître les bienfaits d'Azarias. Elle aura le courage de dire au fils de son maître : Mizaël, étouffez un amour insensé, impossible... oubliez Suzanne, qui n'avait jamais rêvé l'instant de bonheur que vous lui avez donné... Suzanne gardera ce bonheur dans le fond de son âme, comme on y garde la crainte du Seigneur ou le ! souvenir d'une mère.

MIZAEL.

Ecoule, Suzanne, quand je croyais ton cœur in sensible et glacé, j'hésitais à obéir à mon père, ! je me refusais à former des nœuds sacrilèges, \ puisque j'aurais apporté à ma fiancée un cœur plein de ton image... Mais aujourd'hui que je sais que tu m'aimes, je jure, et Mizaël n'a jamais manqué à son serment, je jure de le consacrer la vie que Dieu m'a rendue, je jure de n'être jamais qu'à toi... On vient, c'est mon père, amené par Ruben. Laisse-moi seul avec lui, Suzanne.

SUZANNE

Ah! ton père va te maudire.

MIZAEL.

Demain, il bénira sa fille.

(Il conduit Suzanne, qui sort à gauche, en avant de la fontaine. — Azarias arrive du fond à gauche, précédé de Ruben et suivi de quelques serviteurs.)

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SCÈISE VII.

RUIŒN, MIZAEL, AZARIAS, Serviteurs,

au fond.

AZARIAS

Mizaël !.., mon enfant!...

MIZAEL.

Pardonnez-moi, mon père, l'inquiétude que je vous ai causée. Le danger n'était qu'apparent... Voyez.,, ayee la vie, la force est déjà revenue.

Azarias.

Tous tes frères de la tribu, prévenus aussi par Ruben et mes autres serviteurs, vont quitter la plaine, comme moi, tout à l'heure, ils tremblaient pour toi... et avec moi, ils rendront grâce à l'Eternel.

Mon père, avant qu'ils arrivent... je voudrais... J'ai à vous parler, mon père, à vous... seul.

(Azarias d'un geste renvoie ses serviteurs, qui emportent le brancard.) AZARIAS.

Parle, mon fils, je t'écoute.

MIZAEL.

Mon père, pour resserrer encore, les liens d'amitié qui vous unissent à Simèon, le riche pasteur de la tribu de Nephtali, vous aviez pensé à me donner sa fille pour épouse. Siméon avait approuvé ce projet... Hier encore vous en pressiez l'accomplissement... Hier, j'hésitais. .. aujourd'hui, je n'hésite plus.

AZARIAS

Tu acceptes?

MIZAEL.

Je refuse... Oh! ne maudissez pas votre fils, sans l'avoir entendu... Vous savez si pour lui votre volonté fut toujours sainte et sacrée. Mais vous n'ordonnerez pas ce mariage, car ce mariage serait un mensonge, une trahison... Je ne puis être l'époux de la fille de Siméon... j'aime une aulre femme.

AZARIAS

Tu aimes?... qui donc?...

MIZAEL.

Une jeune fille de notre tribu.

AZARIAS

Rebecca n'est-ce pas?... Rebecca, dont j'ai souvent surpris les regards qu'elle attachait sur toi... Rebecca, qui prend pour de l'amour ce qui n'est peut-èlre que de l'ambition... Rebecca, dont la tristesse et la pâleur disaient assez le dépit et la jalousie?...

MIZAEL.

Non, mon père, ce n'est pas elle que j'aime.

AZARIAS

Qui donc alors?... n'oses-tu pas la nommer ?...

MIZAEL.

Oh! vous dire ^on nom, c'e<t vous dire, au contraire, d'un seul mot, que c'est un ange de candeur et de vertu... Son nom?... mais l'excuse de mon amour est lout entière dans le nom de Suzanne.

AZARIAS

Suzanne!... une orpheline, élevée par charité... une fille, qui plus adroite que Rebecca peut-être. .

MIZAEL.

Ne douiez pas de Suzanne, qui cachait son amour comme un crime, et qui ne s'est Iratù

LU TEMPLE DK SALOMON

que par un cri de désespoir, alors qu'elle me croyait mourant.

AZARIAS, après un silence.

Mizaël... la raison et l'honneur me défendent de songer maintenant à voir se réaliser un projet qui était le plus eher de mes vœux... Tu iras loi-niénie rendre à Siméon la parole qu'il m'avait donnée... Pour ménager tes forces à peine revenues, tu mettras trois jours à faire ce voyage... Pendant ton absence, je verrai... j'interrogerai Suzanne... Mais je ne promets rien, ear il faut que ta fiancée soit sainte et pure comme était ta mère... Tu vas partir, en laissant ignorer à tout le monde, à Suzanne surtout, la rupture de ton mariage avec la fille de Siméon... Je le veux...

MIZAËL.

J'obéirai, mon père.

AZARIAS

Voici tes frères qui viennent à toi... Les filles de la tribu qui ont fini leur journée de travail regagnent nos tentes... Tu vas leur faire tes adieux... mais n'oublie pas ce que tu m'a promis.

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