SCÈNE VIL GUSMAN ET PEDRO, se montrant
PEDRO
L'étrangère, qui fait trembler tout le palais, Lîi fameuse Berlips, enfin lu la connais?
GUSMAN
Et je ne suis pas fier de cette connaissance!
PEDRO, effrayé.
Parlons plus bas, ami; car lu vois sa puissance. Elle ordonne, elle règne, elle opprime surtout.
GUSMAN
Je ne sais qu'une chose; on la maudit partout. Les affaires d'État n'ont rien qui m'inquiète; Jamais je ne regarde au-dessus de ma tête. Pourtant, depuis dix jours, j'ai fort bien observé Qa'on s'agite beaucoup; qu'est-il donc arrivé?
PEDRO. [france,
Tu sais que jeune encor, mais vieux par la souf- Charles deux va finir sa trop longue existence?
GUSMAN
Oui, sans doute.
PEDRO
Tu sais, avec le monde entier.
Que, marié deux fois,;^il n'a point d'héritier?
GUSMAN
Poursuis.
PEDRO
Dans ce pays, l'inquiétude est grande, L' Aragon s'est ému, la Castille demande Qu'un successeur du roi soit désigné par lui ; Ces demain qu'il le nomme et peut-être aujour-!
[d'hui.
Tu dois juger combien il s'est formé d'intrigues, Combien de factions, de complots et de ligues? De là vient, mon ami, notre agitation.
L'Europe entière aspire à la succession ; La France, l'empereur et la Grande-Bretagne OlTrent leurs candidats et caressent l'Espagne. Certes, le duc d'Anjou l'eût emporté vingt fois, N'était cette Berlips, qui repousse un tel choix. Une étrangère, ici, commande en souveraine!
GUSMAN
D'où lui vient son crédit?
PEDRO
Elle a servi la reine, Simple femme de chambre, elle arriva bientôt, A force de souplesse, au poste le plus haut.
GUSMAN
On dit qu'elle a beaucoup de talents?
PEDRO
Qui le nie?
Ce qu'en elle je hais, c'est surtout son génie. Elle a, je le sais trop, un courage éprouvé, Un caractère bas, un esprit élevé.
ciiSMAN, indolemment, et avec «n peu d'humeur. Ehl faut-il de cela nous tourmenter la tête? Que ce soitl'archiduc ou d'Anjou qu'on nous jette, Qu'importe ?. .. Mais venons à toi, mon pauvre ami.
PEDRO
Hélas ! tu ne connais mon malheur qu'à demi; Je suis amoureux.
.r,OSM.VN.
Toi?
PEDRO , d'un ton sentimental.
D'une femme accomplie , Que j'ai vue une fois, en lui sauvant la vie.
GUSMAN, le contrefaisant.
Incident tout à fait romanesque!... Dis-moi, Qui t'amène en ce lieu?
PEDno.
Je demande un emploi.
GUSMAN
Eh ! j'en veux un aussi.
PEDRO
Dans les bureaux?
GUSMAN
Sans doute.
PEDUO , tristement.
Je ne suis pas heureux!
GUSMAN , avec gaieté.
Comment! il me redoute?
PEDKO , avec élan. [arriver,
Ahl connais mieux mon cœur! Quoi qu'il puisse Puisque mon bon destin m'a fait le retrouver, Jamais, Gusman, jamais le démon de l'envie Ne pourra délier le saint nœud qui nous lie. Ils se serrent la main.
FABiucio, entrant.
Messieurs, pour un instant passez de ce côté. Us sortent par le fond ; Fabricio regarde Gusman avec surprise.
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