‹ [Magasin théâtralChapitre 1045 sur 1545 · GUSMAN PEDRO · texte numérisé non relu

GUSMAN PEDRO

PEDRO, regardant Emerance s'éloigner.

Aimable enfant! hélas!., trop aimable pourmoi...

A Gusman avec gaîté.

Mais je puis t'adresser un compliment, à toi. Celui qui, maudissant et le ciel et la terre, Hier manquait d'asile... habite au ministère! N'es-tu pas enchanté, ravi de ton bonheur?

GUSMAN. [peur...

Oui... pourtant quelque chose à présent me fait

PEDRO

Quoi?

GUSMAN

Parbleu, les devoirs où ma place m'oblige. Pour être rédacteur.-, il faut que l'on rédige...

PEDRO, vivement.

Donne-moi les dossiers ; n'est-ce pas convenu?

GUSMAN, ému.

Tu ne me surprends pas, car ton cœur m'est connu. .Mais il est une chose encor plus naturelle. Qui doit, dès ce moment, avoir lieu.

Quelle est-elle?

GUSMAN

Communauté do bourse et d'habitation, Nous devons faire aussi celte convention. Uegarde comme tiens mon réduit, mon salaire;

Pedro fait un mouvement.

Point de remerclmenls; ne suis-jo pas ton frère? J'en remplis les devoirs; ainsi, c'est par moitié Que tu partageras le pain de l'amitié.

,I1«; s'embrassent.

VEDUO, d'un ton solennel et avec gaieté. Avec un point d'appui, l'on soulève le monde,

LE BACHELIER DE SÉGOVIE

A dit un Grec fameux, de science profonde. Si ce Grec a raison, à dater d'aujourd'hui, L'univers est à moi; car j'ai mon point d'appui.

GUSMAN

Quel est ce point d'appui?

FEDRO, avec feu.

C'est toi, c'est ta famille, Toute ta parenté, l'éclat dont elle brille; C'est ton emploi, Mendoce, et le pouvoir qu'il a.

S'animant par degrés jusrju'à l'exaltation. Tout cela m'appartient, j'exploite tout cela. Dès ce jour, vigilant, actif, homme de tête, Je ne rencontre plus d'obstacle qui m'arrête. Mes travaux remarqués te donnant du crédit. J'obtiens un faible poste, et le tien s'agrandit. Encouragé par là, je redouble de zèle ; Je me surpasse... alors ton talent se révèle. Alors, on t'apprécie, ou s'occupe de toi, Partout, au ministère, à la cour, chez le roi; Sortis, dés ce moment, de la route commune. Nous avons devant nous puissance, honneurs,

[ fortune, Avec ivresse.

Et nous en amassons tous les deux, est-ce clair?

GUSMAN, d'un air endormi.

Tu vas te donner là bien du tourment, mon cher.

PEDRO, avec humeur.

Eh ! de quoi te plains-tu ? Te fait-on violence ? Parle-t-on de troubler ton heureuse indolence? La seule chose, ami, que j'exige de toi. C'est de te laisser faire et de compter sur moi.

GUSMAN

C'est bien aisé.

PEDRO

Tu vas loger ici, j'espère?

GUSMAN

Mais comme toi.

PEDRO

Bureaux, police, ministère, Tribunaux et palais se trouvent en ces lieux ; Tant mieux pour nous! Tu vas y fixer tous les

[ yeux.

Avec joie, pendant que Gusman va s'asseoir. Mon avenir a pris une teinte plus rose; Car, si je ne suis rien, Gusman est quelque chose. Ne vivant pas en moi, je vis dans mon ami. Et je vois fe malheur disparaître à demi!... Pedro s'assied devant la table et lit un dossier,

GUSMAN, étendu.

Que les Orientaux ont un proverbe sage! Il vaut beaucoup mieux être arrivé qu'en voyage. Être assis que debout, être couché qu'assis.

PEDRO, le contrefaisant d'une voix dolente. Être mort que vivant, on a moins de soucis.

ODSHAN.

Quel plaisir peut valoir celui de ne rien faire? C'est là le vrai bonheur. Tiens, Pedro, sois sincère : Connais-tu rien d'égal à cet état charmant Où, sur un lit bien doux, étendu mollement. On savoure à longs trait une langueur aimable. De veille et de sommeil mélange inexprimable ? Les yeux déjà fermés, l'esprit ouvert encor. On veille juste assez... pour sentir que l'on dort. Là, tout vient chatouiller et vos sens et vos âmes; On possède de l'or, des parfums... et des femmes... On est au ciel... on voit l'univers à genoux, Et les songes dorés... voltigent devant vous!...

PEDRO, se levant, la plume à la main.

Il dort !... Vite à l'ouvrage, et sans reprendre ha- • [leine;

Montrant de la main son ami endormi.

Gusman fait sa besogne, il faut faire la mienne. Il se rassied et lit. Gusman dort, le rideau tombe.

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PEDRO, rêveur et assis.

Des rigueurs du destin dois-je me plaindre encore? Je suis près maintenant de celle que j'adore. Je la vois, je lui parle, et mon cœur est charmé!... En ai-je bien sujet? Suis-je heureux ? Suis-je aimé ? Et quand je le serais... Émerance! Emerance! Puis-je prétendre à vous, moi, sans nom, sans

[naissance?

Se levant avec résolution.

Un autre a tout cela ; que cet autre aujourd'hui Dans son propre intérêt devienne mon appui. Pour que la protégée à mes vœux soit propice. Il faut que don Lousaimc la protectrice. 0.1a bonne pensée! essayons... Hier soir, Notre veuve a sur iuilixé son grand œilnoir; •

Il faut alimenter cette faible étincelle.

Il sonne.

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SCÈInE II.

JUANiTO, entrant par le fond, PEDRO.

PEDRO

Juanito, c'est demain la fête d'Isabelle; Va donc avec mystère à son appartement. Et remets-lui ces vers... de la part de Gusman. Il lui donne un papier orné de rubans.

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