DOLORÈS, LA COMTESSE, PEDRO
LA COMTESSE, à. part.
Son œil fin me plait, son air doux m'intéresse. Haut.
Que veux-tu?
PEDRO
Vous oHrir mes services, comtesse.
LA COMTESSE
Dans quel poste?/
PEDRO
A mesyeux le poste ne fait rien ; Si je puis être à vous, je serai toujours bien. LA COMTESSE, Vobservaiit.
Il ne me faut ici, tu l'ignores peut-être
Qu'un valet?
PEDRO
Je le sais.
LA COMTESSE, l' observant toujours.
Et tu consens à. l'être?
PEDRO
Mais... oui.
LA COMTESSE, à part.
Cela m'étonne, et tant d'humilité M'est à bon droit suspect... Sachons la vérité.
Haut. • Mais un moyen encor te reste en ta misère.
PEDRO
Lequel?
LA COMTESSE, l'observont de près.
C'est de rentrer dans l'état de ion père? l'Eiu-.o, avec feu.
iN'en crovez rio:i, nia'iamc Ah! qui connut doux
[jours
Le fruit de la science, en veut goûter toujours. Ferez-vous, dites-moi, travailler à la terre L'ami de Cicéron, de Virgile et d'Homère? Le sort en est jeté ; j'aime mieux aujourd'hui Expirer de besoin que d'expirer d'ennui. L\ COMTESSE, à part, avec joie.
C'est l'homme qu'il me faut.
» Haut.
« Ton pays ?
» PEDRO
» Salamanque.
» LA COMTESSE
» Ton ège?
» PEDRO
» Vingt-six ans.
» Ton nom?
» PEDRO
» Pedro Delplanque.
» LA COMTESSE, à part, avec joie.
» Delplanque!...
» Haut.
« Le recteur est-il connu de toi?
» PEDRO
» Oui, beaucoup.
» LA COMTESSE, à part.
» Dieu lui-même a prononcé pour [ moi!
» Haut.
» Pedro, tu m'appartiens, j'arrête ton entrée.... »
Avec bienveillance.
Et le dispenserai de porter la livrée.
PEDRO
Ah ! je respire.
LA COMTESSE, ovec Solennité.
Ecoute. On t'a sûrement dit Quel est depuis longtemps mon immense crédit? Des destins de l'Etat maîtresse souveraine, Arbitre de la cour, je puis tout sur la reine. Qui peut tout sur le roi. Les grands humiliés. Les !\Iédina-Cœli s'inclinent à mes pieds. Pour m'aider à porter le fardeau qui m'opprime. Je cherche un secrétaire, un confident intime. Qui, de tous mes projets dépositaire heureux, Recueille ma pensée et rédige mes vœux. Je cherclieun homme jeune, ignoré, sans naissance, Qui soit bien malheureux, bien dans ma dépcn-
[ dunce, Qui se dévoue à moi, ne connaisse que moi; Eli bien ! ce confident, je l'ai trouvé... c'est toi. Tu conviens à la place; examine en ton âme .Si la place en retour te convient.
PEDHO, vivcmcnf.
Oui, madame; Beaucoup!
A part.
Je changerai de poste et non d'ennui ; Gaiempiit.
Hier, j'étais exploité, je vais l'être aujourd'hui.
LA COMTESSE
Hcsumons-nous. Ici, tu vns bientôt connaître
Les destins de l'État, de l'Europe peut-être! Aussi, quand je t'aurai mis dans ce cabinet. J'exige que tu sois sourd, aveugle et muet.
Avec force.
Oui, muet! c'est à toi d'en prendre l'habitude: Il me faut un muet... J'aime la solitude; Quand tu seras assis au bureau que voilà , Je veux pouvoir penser que personne n'est là; Et soit que je travaille ou que je me repose. Pour moi tu seras moins.. .un homme qu'une chose.
PEDRO
Permettez-moi, madame, une observation.
LA COMTESSE
Sois bref.
' PEDRO
Vous exigez de la discrétion ; IH^is cette camériste?...
Elle entendsanscomprendre ; D'un ton menaçant.
Toi qui comprends, mon cher, tune dois pas enlen- Dolorès sort. * [dre.
C'est parce qu'il me faut ce mutisme absolu. Que ton admission est un point résolu.
On prétend qu'à Sladrid tu ne connais personne? Reste sur ce pied-là, je le veux, je l'ordonne. Renonce au monde entier, tiens-toi pour enterré...
Gracieusement.
A ces conditions ton sort est assuré.
PEDRO, avec énergie.
J'accepte.
LA COMTESSE
Au monde entier?
PEDRO
J'accepte.
LA COMTESSE
Bien, mon • [brave!
PEDRO, à part, avec effusion.
Chers amis, c'est pour vous que je deviens esclave! Je pourrais les sauver !... ,
LA COMTESSE
Prends place à ce bureau, Et gouvernons l'Espagne et l'univers, Pedro.
PEDRO, s'asseyant aussi.
Gouverner!!!
LA COMTESSE, souriant.
Tu vas voir que c'est facile à faire.
Que faut-il pour guider l'Europe tout entière? Un peu de sens, et même, en ces sortes d'emplois,
Laissant la voix avec malice.
J'observe que l'on sait s'en passer quelquefois... Nous ferons tout à l'heure un traité d'alliance
Avec force.
Des quatre grands états pour accabler la France. Un tel acte toujours est écrit en latni ;
D'un air enjoué.
Voilà pourquoi, Pedro, je choisis un Romain. . Pour deux ou trois objcis qu'ici je me propose, » Ton fatras de. collège est bon à (luelque cliose..
LE BACHELIER DE SEGOYIE
» Mais avant de parler de l'intérêt du roi, » De celui de l'État... occupons-nous de moi.
Elle se lève.
» PEDRO, entre ses dents, » La justice avant tout!
» LA COMTESSK.
» Hier j'ai f.ut, par avance, [sance. » Mettre au cachot des gens qui gênaient ma puis-
» (îaieraent.
» Cela manquait un peu de régularité; » Je veux léj^aliscr ce coup d'autorité.
PEDRO, d part, la plume à la main.
Oh! si par un moyen facile, à ma portée, Je les délivrais tous?...
LA COMTESSE
Écris sous ma dictée:
« Le ministre, de grâce, est invité par moi » X faire transférer" dans les prisons du roi » Isabelle, Gusman, Mendoce de Tolède » Et leur jeune compagne... à qui Dieu soit en
[ aide!,.. »
PEDRO, étonné et avec vivacité.
Excellence, daignez m'éclairer sur un point; Vous parlez de prison, mais ils n'y sont donc point?
'la comtesse.
lis sont captifs. chez moi.
PEDRO
Chez vous? Quel badinage'!
LA comtesse, jouant avec ses cheveux.
Dans de petits cachots que j'ai pour mon usage.
Elle s'assied à sa toilette.
PEDRO, à part, la plume à la main, avec inspiration.
Certes' je combattrai ses projets... Mais comment?
('jomme frappé d'un trait de lumière.
Par un double billet!
Ecrivant.
Heureux expédient !
Je les mène en lieu sûr, et je prends l'offensive! ! !...
LA COMTESSE
As- tu fini?
PEDRO, quittant sa place et allant à elle.
Montrons la première missive!...
Haut quand elle a lu et qu'elle va signer. Ah! le timbre, pardon !... N'allons pas l'oublier!.. Après avoir tiiiihré à droite, retournant à la Comtesse. Glissons-lui doucement le deuxième papier. Il sonne et met la lettre signée dans une enveloppe. LA COMTESSE o Fabricio.
Au cardinal.
Fabricicf sort avec la dépêche.
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